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LA VIERGE

MUSÉE DE BERLIN

suffise de rappeler le nom de Simone Memmi, — s'était laissé gagner par je ne sais quelle paresse intellectuelle, quel esprit de routine. L'on eût dit que, soudainement, le byzantinisme, après une éclipse séculaire, recouvrait sa suprématie, Le manque d'inspiration, tel est le défaut capital de tant de Madones laissées par les Ansano di Pietro, les Matteo di Giovanni et tous leurs complices : leurs figures nous apparaissent comme figées dans un masque

d'hiératisme, sans àäme, sans vie. Dans leur impuissance,

es artistes qui les ont évoquées ont eu recours à de gros-

siers artifices, comme de les revêtir d’étoffes brochées,

aux ornements bizarres — tel le tableau de Sano di Piero, à

‘Académie des Beaux-Arts de Sienne. A peine si, de loin en loin, quelque maitre plus vaillant je citerai le Vecchietta faisait entendre une note grave et recueillie,

sinon vibrante,

Heureusement, le salut n'était pas loin. Que ceux qui souffrent, au contact de l'Ecole florentine, de l'exagtrauon du raisonnement et de l'esprit scientifique, ou bien, au contact de l'Ecole siennoise, de la pauvreté de l’imagination et de l'anémic cérébrale, se réfugient dans les mon-

tagnes de l'Ombrie : ils trouveront, dans la capitale de

cette région jadis remuée et transfigurée par Saint François d'Assise, un maitre au coloris chaud, et, qui mieux vaut, aux accents sublimes. J'ai nommé Pierre Pérugin. Quelles que fussent les convictions religieuses du Pérugin — l’on a douté parfois de leur sincérité, peu de peintres ont autant travaillé à l'édification des fidèles: on dirait que la chaleur de son coloris est faite pour réchautfer les tièdes et pour fortifier les fervents. Il nous montre,en Marie, un type accompli de candeur virginale: son front ignore la notion du mal; jamais encore ses lèvres n'ont murmuré un mot d'amour ; jamais encore ses yeux ne se sont arrêtés avec complaisance sur un homme: elle est comme inconsciente de sa mission et cependant qui oserait nier qu'un rayonnement se dégage d'elle ! Les attitudes calmes et recueillies sont celles où le Pérugin excelle. Voyez ses tableaux du Louvre ou de la « National Gallery ». Cependant, à l'occasion, il s'entend aussi à composer quelque scène auguste, comme lorsqu'il nous montre Marie apparaissant à Saint Bernard (Pinacothèque de Munich, ou même quelque drame pathétique, comme lamentant autour du cadavre

ces saints personnages se

du Christ [Palais Pitti.) L'action y est réduite à son

expression la plus simple ; peu de gestes, presque pas de

mouvements. Et cependant quelle éloquence péné-

trante !

Vis-àa-vis d’un sectateur de l'Ecole ombrienne, devenu

a son tour le fondateur de l'Ecole de Bologne, je veux

parler de Francia, je me sens pris d'un remords : ai-je suffisamment rendu justice, dans mes travaux antérieurs, à ce vaillant artiste, qui, s'il emprunte au Pérugin une certaine pauvreté de type et s'il m'atteint pas à toute la splendeur de son coloris, ressent, devant les scènes de l'Evangile et communique aux spectateurs une émotion si vraic, si profonde? Glissant sur tant de retables ou de tableaux suffisamment admirés, j'insisterai seulement sur la Pieta

Autant il y a de

Crucifixion du Louvre, sur la Sainte Famille et la

de la « National Gallery », de Londres.

douleur dans l’une, autant il y a d'élan dans les deux

autres, si souples, si mouvementées, si éloquentes : les qualités du coloris, qui est vaporeux, quoique la gamme soit claire, ajoutent encore à leffet et éveillent en nous l'impression la plus bienfaisante.

Remontons-nous vers le Nord de l'Italie, nous décou-

vrons, à Mantoue et à Padoue, une tentative d'interpréta-

üon, personnelle de tout point, malgré tant d'emprunts faits aux modèles antiques, et, de tout point aussi, grave, émue, éloquente. Le grand Andrea Mantegna, souverain virtuose du dessin et de la composition, a plus d'une fois, en effet, choisi pour thème les scènes des Evangiles. Il a montré la Vierge présentant son divin rejeton au grand prètre ou le serrant contre son sein, puis le Christ veil-

lant dans le jardin des Oliviers, subissant au Calvaire le

supplice ignominieux, descendant aux Limbes, porté au

mi, pin

Mer

Lippo

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