CHAPITRE II
» Va , licteur, prépare les croix. »
C'est à ce moment que commence le Chemin de la Croix ou la Voie douloureuse. Quaresmius [Voyage 6, ftt;. 4, ch. i .] en évalue la longueur à huit cent vingt pas, savoir : cinq cent soixante-dix du prétoire à la porte judiciaire , et deux cent cinquante de là au calvaire. Ces mesures ont été prises sur les lieux mêmes.
A cent soixante-dix pas du prétoire, un carrefour est formé par la rue qui vient de la porte de Damas. C'est là où Simon de Cy rêne rencontra Jésus-Christ, portant sa croix. Les paroles de saint Matthieu : « Comme ils sortaient, » impliquent qu'ils étaient hors du prétoire, et non hors de la ville, comme Ta prétendu Marianus Victor.
Le chemin dévie vers le nord , passe devant la maison du mauvais riche, et tourne à Touest, à Tendroitoù le Christ rencontra les saintes femmes ; plus loin , à cent pas de la porte judiciaire, est la maison de Bérénice, que l'Église honore sous le nom de Véronique. (Vera icon. Vraie image.)
Jésus-Christ sortit par la porte judiciaire, dont la partie inférieure est maintenant murée à plus de moitié de la hauteur. Il prit à gauche un large chemin situé entre le mont Gion et le mur delà ville, et par un sentier tournant arriva jusqu'au lieu du supplice.
Golgotha, ou le Calvaire, était une roche saillante, dépendant du mont Gion , élevée de douze pieds au-dessus du chemin. Son nom Gulgutha ou Golgotha , en latin Calvaria, signifie : lieu des crânes; ubi capita mortuorum reponuntur. ( Index Biblicus. ) Selon une tradition très ancienne , la tête d'Adam y avait été déposée,et l'une des chapelles de l'églisedu Saint-Sépulcre s'appelle encore la chapelle d'Adam. Une petite cavité creusée dans le roc servit de prison à Jésus- Christ pendant qu'on dressait la croix. Dans une autre cavité, pro-
venant d^une carrière abandonnée, furent jetés pôle-méle, après la mort du Sauveur, les trois coins et les instruments du supplice.
Le jardin de Joseph d^Arimathie occupait le pied du Calvaire, au midi. Le sépulcre que ce saint homme avait fait tailler dans le roc , selon la coutume des riches Hébreux , était dans le vallon qui sépare le Calvaire du mont Sion. La porte d^entrée , à Forient, n^avait que quatre pieds de haut. A côté du tombeau était la pierre sur laquelle le corps de notre Seigneur fut embaumé.
Pour compléter la description des lieux saints de Jérusalem au temps de Jésu&-Christ , il ne nous reste plus qu^à jeter un coup d^œil sur la vallée de Josaphat. Cette vallée est appelée par la Genèse , vallée de Melchisédech ; par le livre des Rois, vallée des Rois etdeCédron; par Flavien Josèphe, vallée de Siloë. Elle est étroite et profonde. Elle sépare Jérusalem du mont des Olives.
Au fond coulait le torrent de Cédron, dont le nom signifie désolation. Il est à sec pendant Tété , et grossit après les pluies. Il a trois pieds de large et environ autant de profondeur. Ses bords sont peuplés de tombeaux , entre lesquels on distingue , vis-à-vis du mont Sion , ceux d^Absalon , du prophète Zacharie, et du roi Josaphat qui a donné son nom à la vallée. Au dessus, à Test, est une espèce de citerne , entouréi? de douze arcades. Ce fut là , dit admirablement M. de Chateaubriand , que les apôtres composèrent le premier symbole de notre croyance. Tandis que le monde entier adorait à la face du soleil mille divinités honteuses , douze pécheurs , cachés dans les entrailles de la terre , dressaient la profession de foi du genre humain , et reconnaissaient Tunité du Dieu créateur de ces astres à la lumière desquels on n'osait encore proclamer son existence. Si quelque