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CHAPITRE VIII

M. deChateaubriaad, les Musulmans n'ont point perdu Hiabitude de les rançonner. C'est toujours de leur part la même exigence et la même avidité, et ni les siècles, ni les révolutions, n'ont pu changer un peuple stationnaire dans son égoisme. Ce voyageur peint énergiquement la misère et les souffrances des religieux latins. 11 les montre « occupés pendant plusieurs siècles à se défendre, jour par jour , de tous les genres d^insultes et de tyrannie. Il faut qu'ils obtiennent la permission de se nourrir, d'ensevelir leurs morts; tantôt on les force de monter à cheval , sans nécessité , aOn de leur faire payer des droits ; tantôt un Turc se déclare leur drogman malgré eux , et exige un salaire de la communauté ; on épuise contre ces infortunés moines les inventions les plus barbares du despotisme oriental. En vain ils obtiennent à prix d'argent des ordres qui semblent les mettre à couvert de tant d'avanies ,* ces ordres ne sont point exécutés : chaque année voit une oppression nouvelle, et exige un nouveau firman. Le commandant prévaricateur, le prince protecteur en apparence, sont deux tyrans qui s'entendent, l'un pour commettre une injustice avant que la loi soit faite , l'autre pour vendre à prix d'or une loi qui n'est donnée que quand le crime est commis. »

Ces saints personnages opposent à ces persécutions une patience évangélique. « Rien ne peut les faire abandonner le tombeau de Jésus-Christ. Ni spoliations , ni mauvais traitements , ni menaces de mort. Leurs cantiques retentissent nuit et jour autour du Saint-Sépulcre. Dépouillés le matin par un gouverneur turc , le soir les retrouve au pied du Calvaire , priant au lieu où Jésus-Christ souffrit pour le salut des hommes. Leur front est serein, leur bouche est riante. Ils reçoivent l'étranger avec joie. Sans forces et sans soldats, ils protègent des villages entiers contre les iniquités. Pressés

par le bâton et par le sabre, les femmes , les enfants, les troupeaux se réfugient dans les cloîtres de ces solitaires. Qui empêche le méchant armé de poursuivre sa proie, et de renverser d'aussi faibles remparts? La charité des moines ; ils se privent des dernières ressources de la vie pour racheter leurs suppliants. Turcs, Arabes, Grecs, chrétiens schismatiques , tous se jettent sous la protection de quelques pauvres religieux, qui ne peuvent se défendre eux-mêmes. » [ Ilin. de Paris à Jér. ]

Le témoignage de M. Poujoulat est conforme à celui de M. de Chateaubriand. « L^église du Saint-Sépulcre estcomme une ferme que les autorités de Jérusalem exploitent à leur profit avec tous les raffinements d^une cupidité barbare. Le temple de la Résurrection n'a pas un autel , pas une relique, pas une pierre, qui ne rapporte de For au sérail , et tous les autres sanctuaires de Jésus-Christ sont autant de riches domaines où le gouvernement recueille à pleines mains , sans avoir rien semé. « Là où git le corps , les aigles s'assemblent »9 dit rÉcriture; le muetsin, le cadi , le sous-cadi , et tous les officiers du sérail , font Toffice des aigles et des vautours sur ces nations chrétiennes que TEurope leur abandonne comme un cadavre. » \Corresp. d^ Orient y t. 5, p.]

Le père Géramb vit les trois gardiens de Téglise , armés de longs fouets , frapper , jusqu'à les couvrir de sang , ceux qui tentaient de pénétrer dans Tintérieur sans payer le tributr [r. II, p. >I01 .] « Si les Turcs, dit-il, tolèrent les religieux au milieu d'eux, s'ils leur permettent de célébrer les saints mys* tères selon le rite catholique , c'est bien moins parce que les catholiques ont chèrement payé ce droit, que parce que cette tolérance tourne constamment au profit de leur sordide avarice , de cette avidité , de cette soif d'argent que rien ne peut éteindre. » [T. ii, p. iiS.]

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