O DEUX JANVIER, SAINT VIANCE
sept années, ne se nourrissant <jue d herbes crues ou de légumes trempés seulement dans 1 eau froide. Bientôt Macaire voulut aller reconnaître lui-mème la discipline de Tabeunes. Après avoir quitté son habit et traversé d allreux déserts, il arriva incognito à la porte du monastère de Pacôme qui refusa de l’admettre, étant trop vieux pour qu’il put s habituer au régime de la maison : ce ne fut qu’au bout de sept jours qu’on finit par se rendre à ses sollicitations, et là il étonna tellement les religieux par ses austérités qu’ils vinrent porter plainte à leur Abbé, disant qu’il leur avait amené un homme qui vivait comme s’il n’était qu’un pur esprit, sans chair et sans os, et qui semblait n’être venu chez eux que pour les condamner. Ce ne fut que par une révélation divine que Pacôme parvint à savoir qu’il avait dans son couvent Macaire dont il avait enLendu parler depuis longtemps, et il se jeta dans ses bras en remerciant Dieu d’avoir comblé son désir le plus cher, celui de pouvoir contempler le grand solitaire.
De retour dans son couvent, Macaire s’était proposé de combattre le sommeil et comme épreuve, d’après le récit de Pallade, il passa vingt jours et autant de nuits à découvert, brûlé pendant lejour par la chaleur et transi par le froid durant la nuit ; mais, au bout de ce temps, il fut obligé de se jeter promptement dans une cellule où il s’endormit, sans quoi il serait tombé en défaillance.
Une autre fois, ayant éprouvé des tentations contre la pureté, il alla au désert de Sceté s’exposer nu aux moucherons dont les aiguillons, dans cet endroit, sont si pénétrants, que la peau môme des sangliers n’est pas à l’épreuve de leurs piqûres. Puis, après avoir passé six mois en cet état, il revint avec son corps tellement couvert de pustules et d’ampoules, qu’on ne put le reconnaître qu’au son de sa voix.
Saint Macaire avait passé au moins soixante ans dans la solitude quand il termina par sa mort une vie de prodiges et de saintes austérités (1).
(Pallade, — les Bollandistes, — iabbè Paul Guérin).
SAINT VIANCE ou VINCENTIEN, PALEFRENIER
Contre les maladies des animaux.
Viance naquit en Anjou, dans une condition servile. Le duc d’Aquitaine, son seigneur, le üt élever à sa cour avec son fils. Un jour, il l’emmena à Cahors ; l’évêque de cette ville, charmé de ses qualités et de ses talents supérieurs, le demanda au duc pour la cléricature et l’obtint malgré l’opposition de son fils Barontus. Le duc étant mort peu de temps après, Barontus réclama son camarade Viance, et l’envoya surveiller ses écuries dans son pays natal.
(I) La danse Macabre ou le Triomphe de la Mort, est le développement d’abord sérieux, puis grotesque d’une vision célèbre que le moyen-âge attribuait à saint Macaire : Dans le principe elle se composait d’un seul sujet : Les trois morts et les trois vifs. C’est pour cela que Macaire, sur une fresque de l’Orcagna au Campo sancto, est représenté désignant du doigt à trois rois qui vont à la ebasse avec leurs maîtresses, les cadavres de trois autres princes, emblèmes de la misère humaine. C’est le fond de la légende et du poème des Trois morts et des trois vifs. Puis on fit une série dans laquelle chaque condition était successivement appelée. Le nom de saint Macaire demeura en tète de cette singulière procession qu’on appelle la danse de Macaire ; puis, par une altération fréquente dans le langage du peuple, fa danse de Macabre ou danse Macabre (Le Pèlerin, J8 octobre, 1882).
TROIS JANVIER, SAINTE GENEVIÈVE. 9
Viance, foulant aux pieds ses goûts, ses inclinations, ses talents, ses lumières acquises, accepta humblement ce triste emploi, où il eut beaucoup à souffrir de la part de son capricieux et violent maître, ainsi que de ses compagnons jaloux de sa supériorité. Ceux-ci ne lui épargnaient point les sarcasmes, les injures, les calomnies, les coups même ; celui-là, les reproches amers, les soufflets jusqu’au sang, les coups de bâton jusqu’à lui briser l’os de l’épaule, enfin les infects cachots. Notre saint souffrait tout avec une douceur, une résignation et une patience admirables !
Toutefois, voyant que son maître voulait absolument le marier, et ne trouvant pas d’autre moyen de lui résister, il s’évada, et se cacha au fond d’une profonde forêt, pour y vivre dans la solitude, la prière et la mortification. Mais Barontus. grâce à ses chiens, découvrit sa retraite en chassant, et donna ordre de le lui amener. L’officier qui leva la main pour le saisir, sentit son bras se déssécher. Barontus effrayé supplia Yiance de le guérir ; le saint répond qu’il le fera, mais seulement à sa mort, et il suivit librement son maître à sa villa de Rouffiac.
Peu de temps après, le 2 janvier, vers l’an 667, après $ voir reçu les derniers sacrements de Rustines, évêque de Limoges, il expira en disant : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains. » L’officier au bras desséché assista à sa sépulture et y recouvra l’usage de son membre. Beaucoup d’autres guérisons miraculeuses suivirent et firent éclater la sainteté de l’humble palefrenier.
L’abbaye de Solesme possède l’os du bras fracassé par Barontus. Saint-Viance , au diocèse de Tulle, conserve précieusement la plus grande partie des reliques de son saint Patron, sauvées pendant la révolution. Le dimanche dans l’octave de l’Assomption, les habitants amènent leurs bestiaux a la porte de l’église, et on les bénit avec les reliques de notre saint qui est spécialement invoqué contre les maladies des animaux, en raison sans doute du grand soin qu’il en prenait pendant sa vie.
( Bollandistes , t. 5, juillet. — • Petits Bollandistes, 2 janv. — Mabillon, AGtaSa.net. sœcul. III).