DIX-SEPT MARS, SAINT PATRICE
ainsi : a II fit en Irlande, pendant trente ou quarante ans, des choses si prodigieuses qu’on aurait de la peine à les croire si l’on ne considérait qu’en face de peuples aussi barbares il fallait pouvoir les amener à la foi par des actions tout à fait surprenantes. Il fit mourir par sa seule parole trois magiciens qui empêchaient la propagation de l’Evangile : l’un fut suffoqué en l’air par les démons, l’autre fut consumé par le feu et le troisième englouti dans la terre, comme Dathanct Abiron. Il ressuscita plusieurs morts, rendit la vue à plusieurs aveugles, guérit une infinité de malades, chassa partout les démons du corps des possédés et des idoles, transporta des rochers qui paraissaient immobiles, fit naître des fontaines en des lieux arides et où il n’y avait pas d’eau ; enfin, il opéra tant de merveilles si étonnantes, qu’à peine en peut-on trouver de semblables dans tous les siècles précédents ; mais la plus importante fut la conversion de toute l’île , qu’il fit en peu d’années, obligeant même les rois à reconnaître la vérité de l’Evangile. » D’après Jocelin, avec lequel s’accorde la tradition populaire, Patrice aurait délivré l’île de toute espèce de bêtes venimeuses, effectivement, dit aussi Godescard, elles ne se rencontrent jamais en Irlande (1). Mais les Bollandistes font remarquer qu’aucun auteur avant Jocelin n’a parlé de ce fait, et ils estiment que les serpents ne sont ici que la figure de tous les démons qu’adoraient les peuples de ces contrées. D’après le Bréviaire romain, Patrice adorait Dieu trois cents fois par jour, les genoux en terre, en récitant chaque heure du Bréviaire, il faisait sur lui cent signes de croix. Partageant la nuit en trois parties , pendant la première, il récitait cent psaumes et faisait deux cents génuflexions ; il passait la deuxième à réciter cinquante autres psaumes, plongé dans l’eau froide, le cœur, les yeux et les mains élevés vers le ciel ; il consacrait la troisième à un léger repos, étendu sur la pierre nue.
Il avait fondé plus de trois cents églises, et entr’autres celle d’Armagh où il établit son siège et dont l’archevêque est encore aujourd’hui primat d’Irlande; enfin après avoir consacré un grand nombre d’évêques, ordonné plus de trois mille prêtres, Patrice rendit son àme à Dieu dans un âge fort avancé. Comme Dieu avait promis à saint Patrice que ceux qui honoreraient sa mémoire et célébreraient dévotement le jour de sa fête, obtiendraient miséricorde à l’heure delà mort, il n’est pas étonnant qu’il soit invoqué contre les peines de l’enfer.
Une autre circonstance peut avoir donné lieu aussi à celte invocation et au patronage des Mineurs qui creusent des puits et des galeries souterraines. Patrice avait entrepris de jeûner quarante jours entiers sans prendre aucun aliment et pour cela il s’était retiré sur une montagne. Afin d’exciter à une conversion parfaite ceux qui venaient le voir, il aurait touché la terre de son bâton et il se serait formé une excavation profonde d’où il sortait des flammes et d’où l’on entendait des gémissements et des cris. C’est ce que l’on appelait le Puits et le Purgatoire de saint Patrice. Un couvent s’était fondé sur ces lieux mêmes, sous la juridiction des moines de Citeaux. Le pénitent ne pouvait entrer dans
(1) La prose de son office (Paris, 1620) citée par le Père Cahier, p. 749, en fait mention :
Virota repiilia Prece congregaU Pellit ab Hibernia Mari liberata.
Par sa prière, il précipite dans la mer les Reptiles venimeux assemblés, et en délivre l’Irlande.