SAINT HONORÉ (HONORATUS), HUITIÈME ÉVÊQUE D’AMIENS
Patron des Meuniers, Boulangérs, Pâtissiers, Oublieurs, Fleuriers ou Marchands de fleurs, de Farine, des Chandeliers, Huiliers. — Invoqué pour et contre la Pluie.
La plupart des Hagiographes et principalement l’auteur de l’excellente Hagiographie du diocèse d’Amiens, l’Abbé Gorblet, faisaient descendre saint Honoré des comtes de Ponthieu ou de quelqu’autre grande famille du pays ; toutefois l’Abbé Corblet avait, en quelque sorte, fait une réserve en publiant en postscriptum à la fin de son IVe volume qui a paru en 1874, la description d’une verrière donnée en 1536 à l’église do Saint-Ouen de Pont-Audemer par les boulangers de cette ville. « Le pre- « mier panneau à droite représente (1) l’intérieur d’une boulangerie,.... « du four allumé, sortent des flammes jaunâtres. Nu, sauf les reins qu’il « a ceints d’un linge blanc ainsi que sa tête, saint Honoré est debout « devant l’entrée du four et en retire son fourgon, qui, loin de sortir « noirci du foyer enflammé, apparaît couvert de fleurs et de feuillage »...
Cette peinture indiquait déjà suffisamment qu’Honoré avait exercé la profession de Boulanger ; mais M. Victor de Beauville (2) a publié, en 1877, un document tiré d’un manuscrit du XIV0 siècle qui est bien autrement concluant :
Sanctus Honoratus.... qui à primevo suce juventutis flore, pietalis operibus et arti pistorie, que b vulgo fürnaiuorum dicilur , se mansi pavit ac blandimenta et gloriam seculi despiciens, divino cullui jejuniis ac vigiliis, elemosinis insistens, carnem domans corpus (aciebat servire spiritui : se ipsum etenim divinis affigens obsequiis, flammacaritatis placabile Deo sacrificium per elemosinarum largitionem in arte pistorie qua vivcbal, proximum nutriendo et alendo, concremabat.
Saint Honoré.... s’adonna dès les premiers jours de sa jeunesse aux œuvres pies et à la profession de boulanger qu’on appelait vulgairement fournier. Méprisant les séductions et les honneurs du siècle, toujours appliqué à l’exercice du culte, comme aux jeûnes, aux veilles, aux aumônes, et triomphant de sa chair, il faisait de son corps le serviteur de l’âme. Tout en s’attachant aux pratiques religieuses, il brûlait du feu de charité et offrait à Dieu un sacrilice agréable en soutenant et en nourrissant son prochain par de larges aumônes qu’il lui prodiguait dans la profession de boulanger dont il vivait.
Quoiqu’il en soit, partageant son temps entre l’étude et la prière, Honoré fit de si rapides progrès qu’il fut bientôt promu au sacerdoce par Béat, VIIe évêque d’Amiens. Lorsque Béat mourut vers 554, il fut désigné par le peuple et le clergé pour lui succéder, et, comme par humilité il refusait d’accepter cette haute dignité, une effusion d’huile sainte descendit du ciel sur son front et le consacra miraculeusement.
Sa nourrice, occupée à faire du pain et à chauffer son four, ne voulant pas ajouter foi à cette nouvelle, s’écria qu’elle croirait plus volontiers que le fourgon ardent qu elle tenait entre les mains prendrait racine et se changerait en arbre ; ce qui arriva effectivement quand elle l’eût
(1) M. Raymond Bordeaux, n» 4 du Bulletin Monumental. (Année 1874).
(-) 3" partie du Becueil de Documents inédits concernant la Picardie, page 181. Vie de saint Honore, évêque d’Amiens.