SAINT MÉDARD, ÉVÊQUE DE NOYON
Patron des Laboureurs, des Brasseurs en Belgique. — Invoqué pour la Fertilité des champs, la Pluie, la Vigne, la délivrance des Prisonniers, contre la Fièvre, la Folie, les Maux de dents, dans les Calamités publiques.
Il naquit à Salency, village de Picardie. Bien que par la noblesse et la fortune de sa famille, il fût d’une haute condition, il avait un goût très vif pour le travail des champs et il lui arriva maintes fois de veiller à la garde des troupeaux qui appartenaient à ses parents. Dès l’âge le plus tendre, il brillait par sa charité ; il étudia successi-
(1) Pierre Grognet. Louange el description de la noble ville de Troyes en Champaigne.
(2) Au moyen âge on l’appelait : Mcard, Mard, Mars, Marc, Miard, Mczard. (LAbbe Corbi.et. Hagiographie d' Amiens, volume IV, page 824.)
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vement à Vermond et à Tournay, pnis vint se mettre sous la direction de l’évêque de Vermond qui l’éleva à la prêtrise à l’âge de trentetrois ans. De concert avec saint Godard, son frère, avec saint Waast et surtout avec saint Rémy, il hâta le baptême de Clovis et contribua a la conversion de ses soldats.
Le siège de Vermond étant venu à vaquer, Mèdard, malgré sa résistance, fut porté par acclamation sur le trône pontifical. Comme la ville de Vermond était mal défendue contre les invasions de l’ennemi, le nouvel évêque fut, en quelque sorte, obligé de transférer le siège de Vermond à Noyon. Vers l’an 531, à la' mort de son ancien condisciple et ami, Eleuthère, évêque de Tournay, l’église de Tournay s’obstina à le demander pour évêque. Il ne fallut rien moins que l'intervention du pape Hormidas, pour que Mèdard consentît à accepter cette nouvelle dignité. Malgré son grand âge, il se mit à parcourir son diocèse dans lequel la foi était plus ou moins oblitérée à la suite des invasions des barbares du Nord. Au bout de quelques années, grâce aux efforts et aux luttes incessantes livrées p ar leur évêque, les habitants de la province de Tournay furent entièrement transformés et vinrent se ranger sous la bannière du christianisme. A peu près à la même époque, Mèdard donna le voile à sainte Radegonde dont l’union avec Clotaire n’avait été qu’une longue suite de chagrins et d’humiliation. Radegonde, après avoir embrassé la vie du cloître, fonda l’abbaye de Sainte-Croix de Poitiers. Saint Mèdard avait à peu près quatre-v-ingt ans, quand il mourut. Le roi Clotaire voulut lui-même porter son corps dans le caveau qu’il lui avait fait préparer à Soissons.
Nous avons vu que Mèdard, pendant sa vie, ne dédaigna pas les travaux de la campagne. Le saint évêque ne craignait pas dans sa jeunesse de prendre part à ses moindres détails. Conduisant un jour les chevaux et les poulains de son père à l’abreuvoir, où s’élève aujourd’hui une petite chapelle commémorative, il rencontra un voyageur attristé qui portait sur sa tête une selle et des étriers. Le cheval de ce
pauvre homme était mort en route, Mèdard lui donna un de ceux qu’il conduisait ; le soir, quand il fut rentré chez son père, le palefrenier vint se plaindre de ce qu’un cheval manquait à l’écurie ; le jeune Mèdard allait sans doute subir quelques remontrances ; mais après un nouvel examen, on reconnut qu’aucun cheval n’était absent. C’est sans doute par allusion à cette légende, ajoute l’Abbé J. Corblet, qu’on donnait le nom de Palefroi de saint Mèdard à la belle Haquenée sur laquelle l’évêque de Noyon faisait sa première entrée dans sa ville épiscopale. Le seigneur de Salency était obligé d’en faire présent à l’évêque qui, après la cérémonie, la rendait à l’écurie du seigneur. « Cette histoire, dit le père Cahier, est tellement reçue en Picardie que, quand il pleut le 8 juin, on dit que c’est pour abreuver les poulains de saint Mèdard.
Une autre fois, pendant son enfance, une querelle interminable était engagée entre plusieurs paysans au sujet des limites de leurs propriétés. Ils étaient sur le point d’en venir aux mains, quand Mèdard, accourant sur les lieux, posa son pied sur une pierre en disant : « Voici la vériable limite de vos champs. » Sous la pression de cet enfant, la pierre s etaff amollie comme de la cire en présence du feu, et l’empreinte de son pied y était parfaitement marquée. Les paysans se hâtèrent d’obtempérer a cette injonction miraculeuse. 1
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Un voleur avait dérobé les ruches de Médard. Pour venger leur maître les abeilles poursuivirent le ravisseur dans tous les lieux où il voulait se réfugier et ne l’abandonnèrent qu’après qu’il fût venu faire amende honorable aux pieds du Saint. Un autre voleur lui avait pris un bœuf et s était empressé de détacher la clochette suspendue à son cou, qui aurait pu donner 1 éveil ; mais partout où il la posait elle sonnait d’elle-même et l’exposait à être découvert ; ce qui le força à restituer ce qu’il avait volé.
Tous ces faits miraculeux s’étaient produits sous les yeux des gens de la campagne qui en avaient transmis la tradition à leurs successeurs, aussi les Laboureurs s’empressèrent-ils de prendre pour Patron un Saint qui pouvait les aider si puissamment dans toutes les circonstances critiques.
Fortunat raconte que Médard fut un jour assailli par une pluie torrentielle et qu’il en fut garanti par un aigle qui l’abrita sous ses vastes ailes. Il nous apprend également qu’à la mort du Saint, il survint une pluie très chaude et très abondante. Ce pouvoir d’être garanti de la Pluie ou de la faire tomber en abondance, (ce qui est le véritable secret pour conduire à bien toute espèce de culture), est probablement l’origine de Vinvocation pour la fertilité des champs, pour obtenir la pluie.
On devait également s’adresser à lui pour la Vigne à laquelle les pluies chaudes sont très favorables ; mais qui a besoin surtout d’être garantie pendant le mois de juin de celle qui fait couler les raisins.
C’est ici le lieu de parler de la fameuse quarantaine de pluie si faussement attribuée à saint Médard.
Si l’on en croit le Journal des Curieux (1er juin 1881) le proverbe :
S’il pleut à la saint Médard Il pleut quarante jours plus tard.
serait, d’après la légende, fort ancien.
Saint Médard avait prêché plusieurs fois contre la profanation du dimanche. Néanmoins, la jeunesse n’en continuait pas moins à cultiver la danse ce jour-là, au grand détriment des offices. Un dimanche le saint évêque, après avoir chanté les vêpres dans sa cathédrale à peu près vide, se rendit dans une prairie où les jeunes gens et les jeunes filles chantaient et dansaient ; il les admonesta sévèrement, mais voyant que ses paroles ne produisaient aucun effet, il adressa une prière à Dieu, et aussitôt une pluie violente s’abattit sur les récalcitrants. Cette pluie dura quarante jours, jusqu’au moment où touché des prières et du repentir de ses diocésains, il supplia le ciel de mettre fin au châtiment.
« Nos pères, dit l’Abbé Corblet, ont remarqué que le mois de juin est « parfois attristé dans nos climats par des pluies prolongées qui commente cent souvent vers le 8 juin ; ils n’en ont pas recherché la véritable cause « dans l’influence des vents équinoxiaux qui soufflent à cette époque. »
Quoi qu’il en soit, il importe surtout de rendre justice à saint Médard si faussement accusé et de le mettre hors de cause.
Le docteur Ad. Berigny (voir le journal La France 21 août 1868) a relevé sur les tableaux des observations météorologiques faites à l’observatoire de Paris, de 1812 à 1844 inclusivement, c’est-à-dire pendant trente-trois années, le nombre des jours de pluie qui ont suivi immédiatement la fête de saint Médard. Pendant ces trentetrois années consécutives, le fameux dicton ®’a pas reçu une
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seule application. En 1830 où il avait plu le jour de saint Médard, il y a eu trente-deux jours de pluie, mais ce chiffre ne s est produit qu une
seule fois en trente-trois ans. . , . ,
Pendant dix-huit années de cette période, il a plu le jour de saint Médard, et deux cent soixante-sept jours de pluie ont suivi. Dansles quinze années qui complètent les trente-trois ans, il n’a pas plu le jour desami Médard, et deux cent cinquante-quatre jours de pluie ont suivi.
M. l’Abbé Gorhlet a relevé la note suivante dans les travaux de la société d’agriculture de l’Ain :
« De 1844 à 1856, il a plus cinq fois le 8 juin. En ces cinq années qui sont 1845, 1848, 1849, 1850 et 1852, la période de quarante jours qui suit la saint. Médard a donné en moyenne treize jours de pluie seulement au
lieu des quarante prédits par le dicton.
Saint Médard ne saurait trouver un avocat plus éloquent que ces chiffres. Aussi, nous n’insisterons pas davantage pour prouver l’absurdité du dicton qui, cependant, est dans toutes les bouches.
D’après saint Grégoire de Tours (livre V. chapitre L) un jeune ouvrier en bois, nommé Modeste, avait été emprisonné pour avoir pris la défense du saint évêque. On le chargea de chaînes, deux gardiens furent placés près de lui. Pendant la nuit, les gardiens s’endormirent ; mais le prisonnier priait Dieu et le suppliait de lui venir en aide par Tintercession de saint Martin et de saint Médard : les chaînes se rompirent et la porte s’ouvrit.
Cette citation justifie suffisamment l’invocation adressée pour la délivrance des Prisonniers ; aussi jusqu’à la fin du siècle dernier, on qualifiait Y Emprisonnement de Mal de saint Médard.
Dans l’almanach de Sarrogosse de 1876, saint Médard est qualifié :
Abogado contra calenturas. | Avocat contre les Fièvres.
Cette invocation n’est pas spéciale à l’Espagne. Au hameau de Sans près Sennecey (Saône-et-Loire) (1) , dans une petite chapelle sous une tombe romaine renversée, jaillit une source fermée par un grillage en fer, et le jour de la fête de saint Médard de nombreux pèlerins y puisent de l’eau qui guérit de la Fièvre.
A Chailly-en-Brie (Seine-et-Marne) (2), une fontaine dite de saint Médard, patron de cette paroisse, se trouve au nord, au bord de la route et à trois cents mètres du village. Non seulement les habitants de la paroisse, mais encore ceux des environs la visitent souvent. Les malades viennent tremper du linge dans son eau, en emportent dans des bouteilles et en boivent pendant une neuvaine de prières, en invoquant le Saint pour être guéris des Fièvres.
Quant à l’invocation contre les Maux de dents, saint Grégoire de Tours (3) raconte qu’avant que l’église de saint Médard fût construite, son tombeau était entouré d’une charmille formée en voûte à l’aide de petites branches et que souvent ces baguettes un peu taillées en pointe avaient soulagé des douleurs aiguës de dents. Il possédait lui-même une
(1) Histoire du canton de Scnnecey-le-Grond par Léopold Niepoe. Lyon, 1875. l,r volume, page 23.
(2) Lettre de l’Abbé Cendrier, curé de cette paroisse, à la date du 13 juin 1873.
(3) Gloire des Confesseurs. Chapitre 95.
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de ces baguettes dont il avait plus d'une fois expérimenté la vertu contre cette même affection.
Charimer, alors référendaire du roi Ghildebert, ayant entendu parler de ce remède contre un mal dont il souffrait lui-même en ce moment, vint à la basilique du Saint dans le but de se procurer le bois qui devait atténuer ses douleurs ; mais il trouva les portes fermées. Plein de foi néanmoins, il saisit son couteau, et, après avoir extrait une parcelle du bois de la porte, il l’appliqua sur ses dents dont les douleurs se calmèrent à l’instant.
A cause de cette invocation, dit le Père Cahier, on avait coutume de le représenter la bouche entr’ouverte pour montrer un peu les dents ; ce qui donna lieu à l’expression un Ris de saint Médard, pour indiquer un faux air de contentement, comme nous disons aujourd'hui rire du bout des dents.
D’après les Bollandistes, la ville de Judoigne, en Brabant, possédait la mâchoire du Saint, dépouillée de ses dents depuis un temps immémorial. On l’appliquait pendant neuf jours alternativement sur la tête des Fous et des Frénétiques , et, après avoir fait une neuvainede prières et de messes dites en présence de la relique, un grand soulagement pour les malades, sinon la guérison entière, ne tardait pas à se faire sentir
On attribue à saint Médard l’institution de la fête de la Rosière à Salency où il était né. Il avait affecté une redevance de vingt-cinq livres tournois qui était donnée chaque année à la fille la plus vertueuse de la paroisse. Le dimanche qui précédait la cérémonie de la fête de la Rosière, tous les habitants assemblés élisaient trois jeunes filles parmi celles de la paroisse et les présentaient au seigneur qui faisait choix d’une d’entr’elles. Médard eut ainsi la satisfaction de placer le chapeau de roses sur la tête de sa propre sœur. Cette institution s’est propagée jusqu’à notre époque, et a été à peine interrompue pendant les plus mauvais jours de la Révolution.
[Bollandistes. — Vie des Saints de l’Atelier (Marne, Tours). — L’Abbé Corblet. — Dictionnaire des Pèlerinages ).