SAINT ALBAN, MARTYR A MAYENCE
IVe SIÈCLE.
Patron des Paysans.
Alban, prêtre africain de naissance, avait quitté sa. patrie avec son évêque Théoneste, afin d’échapper à la persécution d’Huneric, roi des
Vandales-Ariens et était venu à Rome ; de là, il fut envoyé à Mayence pour y combattre les hérésies qui infestaient tout le pays. Pendant qu’il exerçait le ministère apostolique avec toute l’énergie d'une foi ardente, il fut saisi au milieu de ses frères et, après avoir subi les plus mauvais traitements, il fut décapité. « Une tradition constante rapporte que sa « langue murmura encore les louanges de Jésus-Christ, après que sa tête « fût détachée du tronc ; elle ajoute que le martyr ramassa sa tête et « qu’il la porta d'un pas ferme jusqu’à l’endroit où il fut ensuite ense- « veli avec honneur. »
D’après le Père Cahier (p. 605), Alban est signalé comme patron des Paysans ; mais le savant jésuite n’indique ni la source, ni l’origine de ce patronage.
[Propre de Mayence traduit par les Petits Bollandistes).
SAINT MÉEN (MERENNUS (l), ABBÉ EN BRETAGNE
COMMENCEMENT DU VII* SIÈCLE. — 617
Invoqué contre la Gale, la Crasse de la tête, les Maladies de peau, les Scrofules, la Lèpre et pour les Enfants rachitiques.
Mèen, issu de parents nobles et pieux, naquit vers l’année 540 dans la Grande-Bretagne. Lorsqu’il eut atteint l’âge de l’adolescence, il se mit sous la discipline de son oncle, saint Samson, évêque d’York ; mais celui-ci, ayant été obligé de fuir l’Angleterre devant l'invasion des Saxons, vint à Dole, dans la Bretagne Armorique, où il fut aussitôt choisi pour évêque. Mèen l’accompagna et l’aida dans l’exercice de son saint ministère. Dans une pérégrination apostolique, il reçut l’hospitalité du seigneur de Gaël,qui fonda le monastère de Saint-Jean Baptiste* Sous la conduite de notre Saint, ce monastère devint une pépinière d’autres saints. C’est là que Mèen initia à la vie religieuse Judicael, roi de Domnonde. Il prédit à Haïlon, frère du roi Hoël, qu’il mourrait dans, trois jours en punition de ses crimes, et, en effet, trois jours après, il l’assistait à son lit de mort. Mèen fonda un second monastère près d’Angers et mourut au monastère de Gaël, vers 617. Ce lieu et cette abbaye ont pris depuis le nom de Saint-Mèen, à cause des miracles qui s’y sont opérés.
D’après la vie du Saint, relatée par Fr. Albert-le-Grand (2) et transcrite en latin par les Bollandistes pour la faire connaître à leurs lecteurs, comme l’eau nécessaire pour la construction du monastère de Gaël faisait absolument défaut et qu’il fallait la chercher à une très grande distance (ce qui retardait les travaux),Mëen ficha son bourdon en terre et en fit jaillir une source d’eau vive, laquelle existerait encore « maintenant, dit l’auteur, et est encore fort renommée pour la vertu « qu’elle a de guérir d’une maladie nommée par les médecins Prosa, et « par le vulgaire le Mal de saint Méen, qui est une forte Gale ou rogne « qui ronge jusqu’aux os. »
(1) Saint Meven : à Dôle, on dit saint Neven, et on l’appelle en latin ilevenniut. D’après le r. Cahier, on l’appellerait encoro Mem, Mehem, M enevenus, Mainus, Maionus
(2) Fie des Saints de la Bretagne Armorique, Brest, 1837, avec notes et observations de M. de Kerdanet, avocat et docteur en droit.
Le Dictionnaire de Trévoux (4e vol.) appelle également la Gale le Mal de saint Mèen. Dom Lobineau, qui n’est pas tendre à l’endroit des légendes, s’exprime ainsi :
“ On invoque particulièrement saint Mèen pour une espèce de Gale « horrible à voir et qu’on nomme le Mal de saint Mèen. C’est une Gale « opiniâtre et corrosive, dont la malignité attaque particulièrement les « Mains ; ce qui a donné lieu à la dévotion à cause du rapport de Main « à Mèen, comme les rapports d 'Eutrope à hydrope ou hydropisie, et de « Louis à l’ouïe, ont donné lieu d’invoquer saint Eutrope pour guérir de « l’hydropisie, et saint Louis pour guérir l’ouïe affligée de surdité. On « voit tous les jours un grand nombre de pèlerins aller au tombeau de « saint Méen ; ce qu’il faut faire, dit-on , en demandant l’aumône, « quelque riche que l’on soit, et l’on assure qu’ils y sont presque tous « guéris. Il peut se faire que la vertu minéralogique de la fontaine « dans laquelle ils se baignent ne contribue pas peu à leur guérison. » ln cauda venenum, il est bon de montrer ici comment un descendant de la grande école bénédictine a pu préparer ainsi des armes pour les libres-penseurs de notre époque, qui ont en vain essayé de s'en servir contre les eaux de Notre-Dame de Lourdes et de Notre-Dame de la Salette. Dom Lobineau, qui ne jure que par les documents, aurait pu facilement s’en procurer un irrécusable. Il n’avait qu’à faire analyser l’eau de saint Méen par les savants de son époque ; mais si l’eau n’avait contenu aucun principe médicinal, comme les guérisons étaient patentes, on se serait trouvé face à face avec ce monstre qu’on appelle le surnaturel , ce qu’on ne voulait pas à tout prix. On a préféré s’en tenir à l’insinuation malveillante citée plus haut. (
Le P. Cahier (p. 170) semble attribuer l’origine de l’invocation contre la Gale à un double calembour ; car, pour les Gallo-Bretons, saint Méen (ou Mein), abbé de Gaël, semblait un protecteur né contre la gale aux mains vu le double calembour de la gale et des mains.
Quelle que soit l’origine de l’invocation, elle n’en existe pas moins depuis un temps immémorial. On a joint à la Gale toutes les autres affections qui ont quelque analogie avec elles : les Maladies de la Peau , la Lèpre, les Scrofules. Aujourd’hui encore, à Ploermel, on plonge les Enfants rachitiques , issus le plus souvent de parents scrofuleux, dans la fontaine qui est située dans cette ville, près de la chapelle de saint Méen.
Peyronnet, qui publiait son Catalogus sanctorum et sanctarum, en 1706, à Toulouse, mentionne (p. 321) que, dans son diocèse de Toulouse, on conserve une parcelle du crâne de saint Mèen, et que là, la veille de saint Jean-Baptiste, d’après une tradition, ceux qui sont affligés de Gale ou de Crasse à la tête (Psovis ac furfuribus) boivent de l’eau d’une fontaine située près de cette paroisse et sont délivrés de leur infirmité après avoir invoqué saint Mèen.
En 1842, dans le deuxième volume du Bulletin archéologique, publié par le Ministère de l’Instruction publique (p. 223), M. Hubert, membre correspondant à Charleville, signale « une fontaine qui est près de « l’église de Montmarin (Ardennes), et dans laquelle les pèlerins lavent « leurs plaies. Le linge qui a servi à cette ablution doit être attaché à « l’une des branches d’un buisson qui est près de la fontaine. Ce lieu « est très fréquenté le 21 juin, jour de la fête de saint Méen dont le