SAINT FURSY (*), ABBÉ DE LAGNY, PATRON DE PÉRONNE
Invoqué contre les maux d’Yeux, les Fièvres, la Paralysie, la Pierre, l’Hydropisie, les Coliques, les Hernies, la Gale et les Dartres.
Au commencement du VIIe siècle, l’Irlande était divisée en six royaumes dont les quatre principaux étaient sous la domination de Finloga, Brendin, Feradrach et Aedfind. Le fils de Finloga , Finfanépousa Gelgès , fille unique d’ Aedfind, à l’insu de son père, et fut converti par sa femme à la foi chrétienne. Saint Fursy devait naître de cette union. Aedfind ayant appris le mariage secret de sa fille, fit allumer un bûcher pour la punir de sa désobéissance par le supplice du feu. En ce moment, dit le Biographe du XIe siècle de saint Fursy, l’enlant que Gelgès portait dans son sein parla d’une voix intelligible et fit de graves reproches à son grand-père de sa cruauté envers sa mère et envers lui. Puis les larmes versées par Gelgès s’étant changées en une fontaine merveilleuse, le
(1) Fursé, Fursèe , Fursi, Fursy, Foursy, Foursèe, Facour ( Fursèus , Fursœus, Fursius, Fursyus). Hagiog. d’Amiens, t. il, p. 232.
bûcher fut éteint. A edfind n’osant persister dans sa vengeance se contenta de bannir sa fille et son gendre. Les jeunes époux vinrent se réfugier dans une île du lac d’Orbsen d’où saint Brendan dirigeait le monastère voisin de Clunaferte. Quand Gelgès fut accouchée, saint Brendan baptisa le nouveau-né et le nomma Fursy. Aussitôt qu’il eut atteint l’âge de raison il fut admis dans le monastère de Clunaferte où il fit les progrès les plus rapides en sciences et en vertus, sous la direction du saint abbé.
Afin de pouvoir se livrer à la méditation dans un plus grand recueillement, Fursy s’était retiré dans un petit ermitage voisin du monastère C’est là qu’il ressuscita deux jumeaux, qui n’étaient autres que les enfants du roi Brendin dont l’eau lui avait apporté les corps près de sa cellule. N’ayant pas de bateau pour les faire repasser à l’autre bord, il les renvoya à ses parents en les faisant marcher sur les eaux comme sur la terre ferme.
Fursy quittait souvent sa solitude pour aller évangéliser les peuples voisins. Un jour qu’il partait pour aller prêcher dans le royaume dont il avait hérité après la mort de son père, il tomba très malade et on le ramena dans son monastère. C’est alors qu’il eut une série de visions que le Vénérable Bède raconte dans son histoire d’Angleterre : « Des Anges (1) lui apparurent et le défendirent contre diverses accusations des démons qui poursuivaient sa condamnation. Ils lui firent connaître qu’il y avait principalement quatre feux qui enflammaient le monde et perdaient les chrétiens, savoir : l’infidélité aux promesses de leur baptême, la convoitise des richesses de la terre, l’esprit de dissension, et la cruauté envers le prochain... » L’âme d’un usurier se fit voir encore à lui et Dieu permit que cette image s’étant jetée sur lui, lui laissât à l’épaule et à la mâchoire des marques du feu qui le brûlaient, en punition de ce qu’il avait accepté un habit que cet usurier lui avait légué. C’est probablement par analogie avec cette douleur du feu qui lui resta et qu’on ressent ordinairement dans les maladies de peau, qu’il est invoqué dans quelques localités du diocèse d’Amiens, contre les dartres et contre la gale.
D’après une révélation qui lui fut faite par un ange, Fursy devait encore prêcher l’Evangile pendant douze ans dans les îles de la Grande- Bretagne. Ce fut dans une de ces excursions apostoliques qu’il impressionna tellement Sigisbert, roi de la Saxe orientale, que ce prince lui fournit les moyens nécessaires pour bâtir un grand monastère sur le bord de l’Océan, dans le comté de SufTolk.
Après avoir gouverné quelque temps ce monastère, il se démit de sa charge d’Abbé en faveur de son frère, saint Foillan, et se retira dans la solitude avec saint Ultan, son second frère ; mais à la suite de l’irruption du roi de Mercie, il vint en France et son voyage fut signalé par les miracles les plus éclatants, et entre autres dans le Ponthieuil ressuscita le fils du duc Haymon. Quelques auteurs pensent qu il s’achemina ensuite vers Rome ; ce qu’il y a de plus certain c’est qu’après avoir évangélisé les contrées de Liège et du Brabant, il vint à Paris où le roi Clovis II, frère de Sigebert, et sainte Bathilde, sa femme, le comblèrent d’honneurs. C’est grâce aux libéralités de cette reine qu’il pût fonder la célèbre abbaye de Lagny, à six lieues de Paris. Le Patrice Erchinoald, avec la permission du roi, l’emmena dans son duché de Péronne, afin qu’il donnât le saint baptême à son nouveau-né; puis après être revenu
(1) Petiti BollandUtes, i. i,r, p- 403.
DIX-SEPT JANVIER, SAINT ANTOINE
à Lagnv, sentant que sa fin approchait, il entreprit un voyage poui allei revoir ses frères de la Grande-Bretagne, mais étant tombe subitement malade à Mézerolles, domaine du duc Haymon, dans le 1 ontiueu, u rendit son âme à Dieu et l’on croit que Clovis II et son maire du Palais Erchinoald, qui s’étaient empressés d’accourir, furent témoins de sa mort. Il s’éleva alors une contestation entre Haymon et Erchinoalü, chacun voulant posséder les reliques du Bienheureux. On remi a c ose au jugement de Dieu. Le corps fut placé sur un chariot alteie de deux taureaux indomptés qui le conduisirent à Péronne. Une femme aveug e de naissance fut guérie au contact de son linceul, et la femme d Li e 1noald ayant voulu s’opposer à l’érection d’une église que son man c esirait faire construire pour y recevoir les reliques du saint, fut fiappee e cécité, et elle ne recouvra la vue qu’ après avoir supplié le Bienheuieux et confessé sa faute. Ces deux faits miraculeux justifient suffisamment l'invocation contre les maux d'yeux.
Voici, d’après une hymne en latin, chantée aux Laudes de sa fête, les six autres affections pour lesquelles saint Fursy était invoqué. Nous donnons en regard la traduction en vieux français par Jehan Miélot, aumônier de Philippe, duc de Bourgogne, en 1468 :
Les seigneurs d’Eglise à Péronne
Febris, spasmus, paraliiis Calculus et liernia Curantur ac hydropiiis Breviter et omnia.
Quœ sanare nequit pliisis Sanat ejut gratia.
Afferment que toute personne Qui a fièvres ou pammoison Ou paralysie à foison Ou une pierre en la vossie Ou l’enflure d’idropisie,
Ou d’entrailles de rompisons [coliques).
Ou de boyaulx à valisons ( descentes ).
Et briefment tout quanque (ce que) physicque Ne puet saner [guérir) par sa practique En priant Dieu et saint Foursy Et tost guarie et sane aussy.
(Ribadaneira. — Petits Bollandistes. — Surtout Hagiographie du diocèse d'Amiens. — Saints de France de Ch. Barthélemy).
DIX-SEPT JANVIER