‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 73 sur 734 · SAINT ANTOINE LE GRAND, ABBÉ, PATRIARCHE DES CÉNOBITES · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE LE GRAND, ABBÉ, PATRIARCHE DES CÉNOBITES

Patron des Porcherons, Boucliers, Charcutiers, Marchands de porcs, Fermiers, Laboureurs , Vanniers, Fossoyeurs, Sonneurs, Tisserands, Faïenciers de Nevers, Gantiers, Confiseurs, Tondeurs de draps, Tisseurs de draps, Arquebusiers de Reims. — Contre les Erysipèles, le Feu sacré, le Feu de saint Antoine, la Gale, le Prurit et les Démangeaisons, les Maladies de peau, le Scorbut, la Peste, les Epidémies, les Feux de l’Enfer, les Incendies, les Varices, les Furoncles, les Maux de tête, la Peur, les Epizooties. — Pour les Pourceaux, les Animaux domestiques.

ntoine naquit en Egypte de parents nobles et pieux qu’il perdit encore jeune. Un jour, étant entré dans une église au moment où on lisait ce passage de l’Evangile : « Si vous « voulez être parfait, allez , vendez tout ce que vous avez et « donnez-en le prix aux pauvres, » il crut entendre un avertissement du ciel et il s’y conforma immédiatement en se

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dépouillant de tout ce qu’il possédait, puis il fut se placer immédiatement sous la direction d’un saint vieillard qui vivait à l’écart dans une profonde solitude. En peu de temps, il s’éleva à une haute perfection.

Le démon, comptant déjà le nombre des âmes que le saint devait lui arracher, résolut de l’attaquer par toutes les tentations de la chair, en lui présentant les attraits de la vie sensuelle en regard des privations et des austérités de la solitude : prenant même la figure d’une femme effrontée, il tenta de le provoquer au péché ; mais Antoine, se souvenant des feux de l’enfer et des ténèbres perpétuelles, repoussa tous les efforts de l’ennemi.

Antoine, voulant encore mener une vie plus rude, s'enferma dans une caverne où on lui apportait sa nourriture. Le diable résolut de le tenter ; aidé de tous les suppôts de son royaume, il se précipita sur le saint et le frappa si cruellement que son pourvoyeur le trouva à demi-mort et le porta au village voisin pour le faire guérir.

A peine revenu à lui, Antoine voulut absolument qu’on le reportât dans la caverne pour soutenir de nouveau le combat, chantant ce verset : « Quoique je sois environné de l’armée de mes ennemis, mon cœur ne « tremblera pas. » En entendant ce défi, le démon entra dans une rage épouvantable. A sa voix, toute la caverne trembla, les parois s’entrouvrirent et les monstres infernaux se ruèrent sur Antoine, prenant pour l’effrayer diverses figures horribles de lions, de taureaux, de loups, d’aspics, de serpents, de scorpions, d'onces, d’ours et d'autres bêtes féroces, criant et hurlant. Antoine, déchiré par leurs dents et leurs griffes, haletait de douleur sous leurs coups répétés ; mais le cœur toujours ferme, il les raillait de leur lâcheté et de l’impuissance de leurs attaques contre un serviteur de Dieu; puis, regardant au ciel, il vit descendre une clarté qui, en dissipant l’obscurité, fit disparaître tous les monstres. Après avoir livré ce combat, Antoine se trouva plus fort et plus vigoureux qu’il n’avait jamais été. Ne serait-ce pas là l’origine de l’invocation qui lui est adressée contre la Peur.

Antoine avait trente-cinq ans, lorsque voulant s’enfoncer plus avant dans le désert, il vint se retirer au-delà du Nil, dans un vieux château délabré dont il habita la cave pendant vingt années ; un serviteur lui apportait deux fois l'an un peu de pain et d’eau qu’il lui jetait par un soupirail. C’est aussi par cette ouverture qu'on venait le consulter et lui demander des conseils. Sa renommée se répandit bientôt dans tout le monde, en Afrique, en Espagne, en France, en Italie et dans les pays les plus reculés. Les déserts se trouvèrent bientôt peuplés d’anachorètes et de monastères, et comme Antoine en avait la direction, il fut obligé d’abandonner sa prison.

A cette époque, sévissait la persécution de Maximin. Antoine pensa qu’il ne pouvait rien faire de mieux que de verser son sang pour la gloire de son divin Maître ; mais il eut beau se montrer dans les rues d’Alexandrie vêtu d’une robe blanche, réconfortant les martyrs et les accompagnant au lieu de leur supplice, Dieu ne permit pas qu’on touchât à un seul de ses cheveux. Force lui fut donc de retourner à son monastère.

Pendant la persécution des Ariens, saint Athanase appela Antoine à Alexandrie pour s’opposer à la fureur des Hérétiques et rendre courage aux Catholiques, mission que notre saint accomplit merveilleusement par sa prédication à la fois si solide et si simple ! Les plus grands per-

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sonnages, d’ailleurs, les princes, les rois, et entre autres Constantin, imploraient la faveur de ses prières et correspondaient avec lui.

A l’âge de quatre-vingt-dix ans, Antoine résolut d’aller visiter saint Paul, le premier ermite, qui, pendant son sommeil, lui avait été montré comme plus parfait que lui. Malgré la grande distance à parcourir et les obstacles du chemin, il finit par arriver jusqu'à Paul qui habitait une caverne depuis soixante années. Chaque jour, un corbeau lui apportait une moitié de pain. Ce jour-là, il mit à leurs pieds un pain entier. Paul savait par révélation qa' Antoine devait venir pour l’ensevelir. Son premier soin fut donc de le supplier d’aller quérir le manteau que saint Athanase lui avait donné et qui devait lui servir de linceuil. Antoine reprit immédiatement le chemin qu’il avait suivi, et après avoir tiré le manteau de sa cellule, il se hâta, malgré son grand âge, de revenir à la caverne de Paul. En entrant, il ne trouva plus que son corps mort, à genoux, la tête levée et les mains étendues vers le ciel. Après l’avoir enseveli dans le manteau de saint Athanase, il se mit en devoir de vouloir l’enterrer ; mais il n’avait aucun instrument pour creuser la terre et elle était très dure. Ayant prié Dieu, il vit tout à coup deux lions qui, sortant du fond du désert, grattèrent le sol avec leurs ongles et firent une fosse dans laquelle Antoine fit descendre le corps de Paul et jeta de la terre par dessus, selon la coutume de l’Eglise. C’est là certainement l’origine du patronage que les Fossoyeurs réclament de saint Antoine.

Saint Antoine s’endormit paisiblement dans le Seigneur, le 17 janvier 356, à l’âge de cent cinq ans. Craignant qu’on embaumât son corps à la manière des Egyptiens, il avait ordonné à ses disciples de l’enterrer comme les patriarches et de garder le secret sur le lieu de sa sépulture ; aussi il ne fut découvert qu’en 561 et transféré avec beaucoup de pompe à Alexandrie, et plus tard à Constantinople. L’empereur Constantin VIII en ayant fait présent à Joscelin, seigneur dauphinois, celui-ci le rapporta dans sa patrie et le déposa dans une petite chapelle de la sainte Vierge, à la Mothe-Saint-Didier, vers l’an 1050 (1).

Depuis le commencement du IX0 siècle sévissait un Erysipèle contagieux qu’on appelait Feu sacré , Herpès ou enfin Feu de saint Antoine. Quarante ans après la translation du corps de saint Antoine à la Mothe- Saint-Didier, il arriva qu’un nommé Guarin , fils d’un autre noble appelé Gaston, fut atteint du Feu sacré. Tous deux, pour obtenir guérison, invoquèrent la protection de saint Antoine ; ils firent vœu que, dans le cas où leur prière serait exaucée, ils se consacreraient au service des étrangers et de tous ceux qui viendraient se faire soigner à l’hospice pour cette même maladie. Guarin, ayant été guéri, le père et le fils vinrent à la Mothe-Saint-Didier, appelé bourg Saint- Antoine, établirent en 1095 une maison auprès de l’église commencée par Joscelin et y prirerft tous deux l’habit monastique. Quelque temps après, huit frères se joignirent à Gaston, et ainsi fut fondé l’ordre destiné à venir en aide aux malades atteints du Feu sacré. Cette maison prit le nom d’abbaye sous Boniface VIII et l’ordre des Antonins se répandit dans toute l’Europe. Telle est l’origine du recours à saint Antoine contre les Erysipèles,

(1) A Châlons-sur-Marne, l’église de Saint-Antoino avait été bâtie en 1380 aux dépens des isnei cni s e la ville. Des navettes peintes et sculptées l'ornaient en plusieurs endroits. Archambaud, soixante-treizième évôquede Châlons, la dédia à. saint Antoine. Elle fut démolie pendant la Révolution ( Histoire de la Ville de Châlons-sur-Marne, par Barbat, 1860, p. 107.)

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le Feu sacré ou Feu de saint Antoine et (par analogie à cause du caractère inflammatoire) contre les Maladies de peau, la Gale, le Prurit et les Démangeaisons, le Scorbut, la Peste (1), et en général toutes les épidémies.

Dans le Missel d’Amiens de 1529 (2), on lit à la collecte :

Dtut qui concedis B. Antonii meritis... Mor- i O Dieu qui accordez par les mérites du bidum ignem extingui, etc. | bienheureux Antoine d’éteindre le feu morbide.

Les Bollandistes (3) donnent cette autre oraison tirée d’un antique bréviaire romain et de la plupart des vieux bréviaires. Elle se trouve également dans un missel romain du XV0 siècle qui fait partie de ma bibliothèque et aussi dans le livre d’heures manuscrit (n° 835) de la bibliothèque de Moulins (fin du XVe).

OREMUS

Deus qui concedis obtenlu B. Antlionii confessoris lui atque Abbatis Morbidum ignem extingui etmernbris ægris refrigeria prœstari, fac nos propilius, ipsius meritis à Gehennæ incendiis liberatos, integros mente et corpore tibi féliciter in gloria prœsentari.

PRIONS

O Dieu qui accordez par l’intercession du Bienheureux Antoine , votre confesseur et abbé, d’éteindre le feu morbide et d’apporter des rafraîchissements aux membres malades, nous étant propice, faites que, par ses mérites, délivrés des feux de l'enfer et purs de corps et d’esprit, nous soyons heureusement introduits dans votre gloire.

On remarquera que cette oraison est dirigée à la fois contre le Feu morbide et aussi contre les Feux de l’enfer que saint Antoine, comme nous allons le voir, avait le privilège d’éloigner.

Quelques auteurs ont pensé que les flammes placées ordinairement à côté de saint Antoine , doivent être considérées comme l’image de ces affections morbides qui se manifestent le plus souvent par une inflammation intérieure ou extérieure plus ou moins considérable ; mais d’autres avec beaucoup plus de raison considèrent que ces flammes représentent surtout le feu des passions charnelles complètement éteintes par Antoine, au milieu des austérités et des mortifications les plus rigoureuses. Saint Thomas d’Aquin (4), pour expliquer ces flammes, en exprime ainsi le motif : « Quia datum est illi patrocinari ad ignem infernalem, » parce qu’il lui a été donné de protéger contre les flammes de l’enfer. Il était bien juste que ce pouvoir fût dévolu à un saint qui avait résisté si énergiquement à tout l’Enfer réuni I

On trouve à ce sujet cette oraison dans Papebroch (5) :

Deus qui bealum Antonium, per sanctce crucis signum , quascumquc Satanæ tentationes superare facisti, nos quoque, eodem munitos prœsidio et meritis illius defensos, in tuœ proteclionis securitale constitue.

Dieu qui avez fait triompher le bienheureux Antoine, par le signe de la sainte croix, de toutes les tentations de Satan , faites qu’à notre tour, munis du même secours et défendus par ses mérites, nous vivions en toute sécurité à l’ombre de votre protection.

Celle-ci est tirée d’un bréviaire manuscrit du XVe siècle (6).

(1) A Conty (Somme), tous les ans se fait une célèbre procession le lundi de la Pentecôte à la fontaine Saint-Antoine. Un vœu fait, il y a trois siècles, lors d'une peste qui ravageait la contrée est l’origine de cette procession. La Révolution n’a pas interrompu ce pèlerinage.

(Bulletin archéologique, ier volume, p. 271).

(2) Le P. Caiuer, p. 411.

(3) Aria sanclorum, 2* volume de janvier, p. 158.

(4) Molanus, p. 248.

(5) Acta sanclorum, 2 volumes in-32, 1694.

(fi) Bibliothèque de l’Ecole de Médecine de Montpellier, n° 408.

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