‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 74 sur 734 · SAINT ANTOINE · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE

Dieu tout-puissant et éternel, accordeznous, nous vous en supplions, que, de môme que le bienheureux Antoine, votre glorieux confesseur, a mis en fuile la multitude des démons, par l’intervention du Saint-Esprit, nous soyons pareillement, par ses mérites et son patronage, délivrés des embûches de Satan. Par, etc.

Quant à l’invocation contre les Incendies , ce n’est que par une interprétation toute matérielle du symbole des flammes placées à ses pieds qu’elle a été attribuée à notre Saint. C’est ainsi que, dans le calendrier espagnol de Saragosse 1876, saint Antoine est qualifié d’Abogado contra el fuego : d’Avocat contre le Feu.

Si saint Antoine avait pouvoir contre le Feu de l’enfer, celui des Passions, celui des Maladies, celui allumé parles Incendies; il avait également pouvoir sur le Feu pour punir le blasphémateur et l’impie. Les Bollandistes en citent plusieurs exemples. Nous nous bornerons à un seul (1).

C’était en 1576. La guerre civile avait recommencé et le duc d’Alençon, frère du roi de France Charles IX, commandait les Catholiques. Son armée était à Castillon. Trois de ses soldats , cantonnés dans une ferme voisine, du nom de Soulcy , avaient enlevé de son piédestal une image de saint Antoine, et, après l’avoir coiffée d’un casque et assaillie de toute espèce de quolibets et de blasphèmes : « Si tu as « quelque pouvoir, lui crièrent-ils, montre-nous le et défends-toi. » Puis l’un d’eux, saisissant un fragment de projectile, le lui lance à la tête deux ou trois fois de suite ; mais, tout à coup, ce forcené s’écrie : « Je brûle, je suis brûlé », et à l’instant, il tomba mort sur la terre. Le second, se sentant brûler également, se précipita dans un torrent, espérant éteindre le feu intérieur qui le dévorait, mais il périt asphyxié. Quant au troisième, il fut saisi immédiatement par la fièvre la plus ardente : heureusement pour lui, ses amis et camarades, émus de pitié, se précipitèrent dans l’église voisine et, ayant demandé par un chant solennel à la statue de saint Antoine la guérison de ce malheureux, ils finirent par l’obtenir, et lui-même reconnut combien il avait été coupable.

Saint Antoine est constamment représenté avec un cochon à ses pieds. Cet animal immonde, au pied fourchu, symbole des péchés et du diable, est l’image des jouissances impures et des appétits charnels que le saint avait surmontés si victorieusement par le jeûne et la pénitence. Nous avons sous les yeux une gravure de Thomassin de 1700, qui appuie énergiquement cette interprétation contestée par quelques auteurs. C’est la représentation d’un petit monument du XVI0 siècle, en l’honneur de Dieu et de saint Antoine, qui a servi de sépulture à noble homme Potier, commandeur de l’ordre et chevalerie de Saint-Ladre de Jérusalem. Il est surmonté par un saint Antoine s’appuyant de la main droite sur un bâton en forme de tau, foulant aux pieds des flammes, du milieu desquelles se précipitent des cochons grands et petits. Ce sont là les causes et les effets des passions humaines que l'artiste a voulu caractériser, passions qui sont l’œuvre des démons que le saint met vaillamment sous ses pieds. Et aussi les Bollandistes (17 janvier, p. 158) n’hésitent pas à dire que les

() Acta sanclorum, 2« volume de janvier, p. 159. T. I.

DIX-SEPT JANVIER, SAINT ANTOINE

démons sont convenablement représentés par des porcs : « Dœmones enim per Porcos convenienter signifïcantur. »

Ce n’est donc que par un malentendu sur l’interprétation de ce symbolisme que les Charcutiers (1) , les Marchands de porcs, les Bouchers d’abord, puis les Fermiers, les Porcherons, les Laboureurs ont pris saint Antoine pour patron et que ces derniers mettent les pourceaux sous sa protection.

C’est par extension qu’on l’invoque aussi pour les animaux domestiques et contre les Epizooties qui déciment les troupeaux. Ainsi chaque année, à Rome, le 17 janvier, on amène tous les bestiaux pour les faire bénir devant l’église de Saint-Antoine ai Monti, et le dimanche dans l’octave de saint Antoine, on bénit devant la même église les chevaux de poste, les mules blanches du pape , les équipages de la cour pontificale et des grandes maisons de Rome. Ce même usage est pratiqué dans le midi de la France. En Italie, on suspend une médaille à l’effigie de saint Antoine sur le front des chevaux pour leur servir de protection. Voici l’oraison dont on se sert en Italie pour bénir les chevaux et les autres bêtes de somme. Elle est tirée de la filotea de dom Riva :

Benedizione de cavalli ed allre bestie da soma, net giorno di tan Antonio, é in qualunque altro tempo.

Omnipotens semptterne Deus, qui produxisti fœnum jumentis et herbam servituti hominum et impies omne animal benedictione, exaudi preces nostras et super hos equos tuam sanctam benedictionem infundere dignare, f per intercessionem sancti Antonii abbatis , ut ab eis discedant omnes insidiœ lalentis inimici, liberentur ac preservenlur ab omni maleficio, noxa, et ab omni infestatione dœmoniaca et à quacumque lue, peste ac morbo, et sic illis tua divina virtute adjutis atque protectis illorum domini et custodes gratiarum tibi in ecclesia tua référant actiones. Per Christum.

( Aspergantur aqua benedicta).

Voici une bénédiction du même page III :

Benedictio Armentorum, Equorum, Boum, Ovium, etc.

OREHOS

Deus, Pater Domini nostri Jesu Christit cujus verbo cœli firmati sunt, cui omnis creatura deservit, omnis poleslas subjecta est, cujus audito nomine serpentes conquiescunt, dracones fugiunt, viperœ silent, scorpiones extinguuntur, reguli vincuntur, phalangia nihil noxium operantur, venenata non nocent, cunctaque noxia animalia hcel ferocia terrentur : ad auxilium nostrum le imploramus, tu ab hoc armenlo omnes diaboli fraudes repelle, ferarum incursus amove, venena res-

Bénèdiction des chevaux et autres bêtes de somme le jour de la fête de saint Antoine, ou tout autre jour.

Dieu tout-puissant et éternel qui avez produit le foin pour les bêtes de somme et l’herbe pour les animaux destinés au service de l’homme et emplissez tout animal de bénédiction, exaucez nos prières et daignez répandre sur ces chevaux votre sainte bénédiction f par l’intercession de saint Antoine, abbé, afin que toutes les embûches de l’ennemi caché s’éloignent d’eux, qu’ils soient délivrés et préservés de tout maléfice, châtiment et de toute attaque du démon et aussi de tout fléau, peste et maladie, et qu’étant ainsi aidés et protégés par votre divine puissance leurs maîtres et leurs gardiens vous rendent des actions de grâces dans votre Eglise. Par...

(On les asperge d’eau bénite).

genre tirée de Bernard Sanning,

Bénédiction des Troupeaux, des Chevaux, des Bœufs et des Brebis, etc.

PRIONS

Dieu, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, à la parole duquel les Cieux ont été affermis, auquel toute créature obéit, toute puissance est soumise, au nom duquel les serpents s’appaisent, les dragons prennent la fuite, les vipères arrêtent leurs sifflements, les scorpions sont rendus impuissants, les basilics sont annihilés, les tarentules deviennent inofïensives, les êtres venimeux ne sont plus nuisibles, et tous les animaux malfaisants, même féroces, sont terrifiés, secourez-nous, nous vous

(1) Le Calendrier des Confréries y ajoute la confrérie des Langueyeurs qui examinaient la langue des Porcs, pour voir s’ils n’étaient pas ladres.

DIX-SEPT JANVIER, SAINT ANTOINE

cinde, illudque ab omnibus infirmilatibus, cl periculis libéra : Dignare, Domine, per nomen sanctissimum Dulcissimi Filii lui, per intercessionem B. V. Mariœ malris ejus, per mérita S. Antonii, omnïumque electorum tuorum, conservare hune gregem, expurgare ab omni adversariorum nequitiâ stabulum, salvificare pabulum, fœcunditatem ei Iribuere et tua efficacissima benedictione replere omnia, quee usui hujus armenti adaplantur, et adaptanda erunt. Per...

en supplions. Eloignez de ce troupeau toutes les embûches du démon, repoussez les attaques des bêtes féroces, annulez les poisons et délivrez-le de toute maladie et de tout péril : Daignez, Seigneur, par le très saint nom de Votre Très Cher Fils, par l’intercession de la Bienheureuse Marie, sa Mère, par les mérites de saint Antoine et de tous vos élus, conserver ce troupeau, purger l’étable de tous les maléfices de l’ennemi, purifier les fourrages, leur accorder la vertu de la fécondité et remplir de vos plus efficaces bénédictions tout ce qui est et sera consacré à l'entretien de ce troupeau.

Saint Antoine est encore représenté tenant une clochette , en souvenir de celle que les Antonins faisaient retentir lorsqu’ils allaient quêter pour leur couvent. Ces moines possédaient des Porcs qui avaient le privilège d’errer partout pour y chercher leur pâture ; seulement pour que ce privilège fût apparent pour tous, chaque porc devait avoir une clochette pendue au col. Le vol d’un de ces animaux ainsi caractérisé était regardé comme un sacrilège que Dieu ne laissait pas impuni. De là le proverbe italien, quand il arrivait à quelqu’un un malheur inopiné :

« Ha forse rubato un porco di sa n Antonio. » « Il a peut-être dérobé un porc de saint Antoine. » Ces clochettes ont probablement donné lieu au patronage adopté par les Sonneurs. Les Vanniers l’ont pris pour patron à cause des Nattes et des Corbeilles que fabriquaient les solitaires d’Egypte. Le véritable patron des Faïenciers en général et de ceux de Nevers en particulier est saint Antoine de Padoue , comme nous le verrons au 13 juin ; mais comme les Faïenciers de Nevers , outre cette fête d’été, voulaient en avoir une seconde d’hiver , ils choisirent saint Antoine, Abbé, à cause de la similitude du nom et de l’époque de sa fête. Les Gantiers paraissent avoir emprunté leur patronage à la peau des moutons, des chèvres dont le saint était le protecteur, et les Tondeurs et Tisseurs de draps , à la robe de bure que portaient les Antonins et avec laquelle saint Antoine est représenté. Il est d’ailleurs assez difficile de donner une interprétation quelconque au patronage réclamé par les Confiseurs et les Arquebusiers de Rheims. On prétend que Jean, le saint empereur d’Ethiopie, qui vivait vers 370, fut l’instituteur d’un ordre de saint Antoine, représenté par une croix d’azur fleurdelisée, au haut et aux deux côtés bordée d’un fil d’or, pâtée par le bas. En temps de guerre les chevaliers portaient un étendard noir, chargé d’un lion tenant un crucifix avec cette devise : Vicit Léo de tribu Juda.

Saint Athanase, le grand patriarche d’Alexandrie, a écrit lui-même la vie de saint Antoine, son contemporain, et quelque extraordinaire qu’elle puisse paraître, on ne saurait décliner une autorité aussi considérable.

(Saint Athanase. — Ribadaneira. — Les Bollandistes. — Molanus.

Le Père Giry.)

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