‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 731 sur 734 · APOTRE DE L’AQUITAINE ET PREMIER ÉVÊQUE DE LIMOGES · texte numérisé non relu

APOTRE DE L’AQUITAINE ET PREMIER ÉVÊQUE DE LIMOGES

I"t SIÈCLE. — 74.

Invoqué pour les Enfants surtout au-dessous de sept ans, contre la Peste, les Epidémies et dans les Calamités publiques.

AiNT Martial était Hébreu d’origine et de la tribu de Benjamin. Il naquit près de Rama, petite ville de la Palestine, vers l’an 15. Son père s’appelait Marcel et sa mère Elisabeth. Le père Bonaventure de Saint-Amable, carme déchaussé d’Aquitaine, dans son Histoire de Saint Martial, 1683, établit que ce Saint était parent de saint Pierre, de

TRENTE JUIN, SAINT MARTIAL

saint André, de saint Etienne et de saint Paul. 11 avait à peine quinze ans lorsque Notre Seigneur Jésus-Christ commença à prêcher et à faire de grands mil acles dans la Caillée et dans la Judée 5 il eut le honneur de le voir et de l'entendre avec ses parents, et il fut baptisé avec eux par saint Pierre. D’après les Verrières de Tours (abbé Bourasset), saint Martial et Gléophas, également de la tribu de Benjamin, servirent la dernière cène ; mais saint Martial versa de l’eau sur les mains de Notre Seigneur, et à la fin, il offrit l’eau pour laver les pieds des apôtres et le linge pour les essuyer. Aux termes du Propre du diocèse de Limoges (1854). saint Martial, d’après le témoignage de plusieurs interprètes et surtout de saint Thomas, est cet enfant, dont parle l’Evangile, qui avait cinq pains et deux poissons, que Jésus-Christ multiplia miraculeusement pour nourrir cinq mille personnes dans le désert.

C’est également une tradition constante et très ancienne que saint Martial fut ce petit enfant que Jésus-Christ proposa comme exemple aux apôtres et aux disciples. Le même Propre du diocèse de Limoges s’exprime ainsi au troisième verset du Ier Nocturne de l'Office de saint Martial : « Jésus, appelant un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : « A moins que vous ne deveniez comme ce petit enfant, vous n’entrerez « point dans le royaume des cieux. »

Cette tradition a été admise par les hommes les plus éminents (1). Les actes de saint Martial disent qu’il eut l’honneur de servir Notre Seigneur avec les apôtres à table, lorsqu’il institua le sacrement adorable de l’Eucharistie, et qu’il le suivit au Jardin des Oliviers, où il fut témoin du baiser de Judas el de la capture de Jésus ; enfin, d’après une dernière conjoncture, que le P. Bonaventure regarde comme très vraisemblable, saint Martial aurait été ce jeune homme dont il est parlé dans saint Marc, que les soldats prirent par son habit et qui s’échappa nu de leurs mains en leur abandonnant son vêtement.

Saint Martial, étant un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ, fut témoin de la Résurrection, assista au glorieux triomphe de l’Ascension et reçut le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte. Depuis la Pentecôte, il s’attacha à saint Pieme qui lui avait communiqué le nom de Cèphas que Notre Seigneur lui avait donné. Ce nom de Céphas a donné lieu à une discussion des plus intéressantes sur le passage de l’épître aux Galates, dans laquelle saint Paul réprimanderait saint Pierre. M. Edouard Dumont (2) se demande, avec quelque vraisemblance, pourquoi saint Paul, après avoir coup sur coup (3) appelé Pierre en deux versets, l’aurait-il aussitôt appelé Céphas au verset suivant, en plaçant le chef de l’Apostolat au deuxième rang des colonnes de l’Eglise, entre Jacques et Jean ? « Pourquoi, dit-il, n’aurait-il pas existé un autre Céphas ?» Et il cite saint Martial qui aurait pu être réprimandé par saint Paul, puisqu’il portait ce même nom ? Si cette opinion de M. Edouard Dumont était adoptée, ce serait une arme de moins (un peu rouillée, il est vrai) à retrancher du vieil arsenal gallican.

(1) Au XI" siècle, par Anselme, de Laon ; au XIIe siècle, par Pierre Comestor ; au XIIIe siècle,

par Albert-lc-Grand, saint Thomas d’Aquin et Durand de Mende ; au XIVe siècle, par Nicolas de Lyre et Ludolphe de Saxe ; au XVe siècle, par Davis le Chartreux ; au XVIIe siècle, par saint François de Sales. (Ch. Barthélémy, 1860, Vies des Saints de France).

(2) Voir le numéro du 1er juin 1865 du journal le Monde.

(3) Ad Galat. II, 7, 8, 9.

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Après avoir combattu, comme un vaillant apôtre, à la suite de saint Pierre, pendant cinq ans à Jérusalem, sept ans à Antioche, un an à Rome, saint Martial fut envoyé par le grand apôtre, avec saint ; Alpinien et saint Austriclinien, pour évangéliser les Gaules. Il était à peine arrivé à Else, petit bourg d’Italie peu éloigné de Rome, qu'il eut la douleur de voir mourir Austriclinien. Eperdu, il revient sur ses pas, reçoit de saint Pierre son propre bâton conservé autrefois religieusement dans l’église de Saint-Séverin, à Bordeaux, et, après en avoir touché le corps d’Austriclinien, il eut la joie de le voir revenir à la vie et de pouvoir continuer son voyage avec lui. Lorsqu’il fut arrivé en Aquitaine, son premier séjour fut dans le fort de Toulx-Sainte-Croix (t), ancienne ville du département de la Creuse, à une lieue de Boussac. Là, il délivra de la possession du Démon la fille de son hôte, le seigneur Arnould. Il ressuscita ensuite le gouverneur du pays, Nerva, parent de Néron. Ces miracles amenèrent la conversion de trois mille six cents personnes qui demandèrent à être baptisées.

De Toulx, il passaàAhun (2) , ville de la Marche limousine, à trois lieues de Guéret et à cinq de Toulx-Sainte-Croix, et prêcha la vraie foi aux idolâtres. Leurs prêtres, après avoir frappé violemment les saints prédicateurs, furent tout à coup atteints de cécité. Vainement s'adressèrentils à leurs dieux pour être guéris. Ils ne recouvrèrent la vue qu’en se prosternant aux pieds de saint Martial et en demandant grâce. Le Saint s’en alla avec eux et avec tout le peuple devant la statue de Jupiter, et là, il ordonna de la part de Jésus-Christ au Démon d’en sortir et de briser la statue. L’idole fut en un moment réduite en poussière et deux mille six cents personnes furent encore baptisées en ce même lieu.

Pendant que saint Martial séjournait dans ce pays, Jésus-Christ lui apparut et l'engagea à entrer sans crainte dans la ville de Limoges, qu’il serait toujours avec lui. Il y vint avec ses disciples, l’an 46 de Jésus- Christ, et ils arrivèrent près d’un château où est à présent l’église de Saint-Martial , et où ils reçurent l'hospitalité d’une noble dame, Suzanne, veuve de Léocade, gouverneur d’Aquitaine. Le premier acte de Martial fut de guérir un frénétique que l’on tenait chargé de chaînes dans cette maison. A la vue de ce miracle, la noble femme et sa fille Valérie reçurent le baptême avec six cents personnes de sa famille et de sa maison.

Saint Martial se rendit alors au Théâtre avec ses disciples pour y prêcher l’Evaugile ; mais les prêtres des idoles, après les avoir cruellement fouettés, les mirent en prison. Le jour suivant, à la prière du Saint, leurs chaînes et les portes de leurs cachots furent brisées miraculeusement ; un grand tremblement de terre s’étant fait sentir, la foudre tua les prêtres des idoles qui avaient frappé les serviteurs de Dieu. Les païens, éperdus, se jetèrent aux pieds de Martial , demandant pardon pour leurs prêtres. Après une prière du Saint, ceux-ci, en revenant à la vie, confessèrent le vrai Dieu et demandèrent le baptême avec vingtdeux mille personnes qui furent baptisées par saint Martial.

Le saint évêque entra dans le Temple où étaient les statues de Jupiter, .e Mercure, de Diane et de Vénus, renversa les idoles et consacra en ce lieu une église en l'honneur du premier martyr, saiuL Etienne.

(1) Caslellum tullum.

(2) Agedunum.

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Pendant ce temps-là, l’hôtesse de saint Martial, Suzanne, vint à mourir. Sa fille Valérie, douée de toutes les grâces de l’àme et du corps, avait été fiancée à Julius Silanus, proconsul de toute l’Aquitaine, appelé le duc Etienne ; mais, à la mort de sa mère, elle avait offert, par un vœu, sa virginité au Seigneur. Aussi quand son fiancé vint réclamer sa main, elle s’opposa fortement à son désir ; alors celui-ci, dans un moment de fureur, ordonna à un de ses officiers, Hortanus, de conduire Valérie hors de la ville et de lui couper la tête. D’après une tradition de l’Eglise de Limoges, cette glorieuse martyre, ayant été décapitée, prit sa tète entre ses mains et la porta à l’autel de Saint-Etienne où saint Martial disait la messe. Hortanus courut pour en donner avis au duc Etienne ; mais au moment où il venait de terminer son récit, il tomba mort à ses pieds. Etienne, épouvanté, fit prier Martial de venir le trouver, lui promettant de faire pénitence et de se convertir à la religion de Valérie s’il pouvait ressusciter Hortanus. Il fut témoin lui-même de cette résurrection et tint fidèlement la promesse qu’il avait faite en aidant saint Martial à étendre le christianisme dans tout le pays.

Il serait de toute impossibilité de signaler ici tous les prodiges opérés par saint Martial ; nous nous bornerons à relater qu’aprês avoir évangélisé Toulouse, Agen, Mende, Saintes, Bordeaux, et avoir établi des églises, ordonné des prêtres et des évêques dans toute l’Aquitaine, il revint à Limoges où il rendit son âme à Dieu l’an 64, le cinquanteneuvième de son âge et le vingt-huitième de sa mission. D’innombrables miracles se produisirent à son enterrement et n’ont pas cessé de se produire au contact de ses reliques.

Il était particulièrement invoqué pour les Petits Enfants, ce qui s’explique facilement quand on songe qu’étant enfant, il avait été luimême, d’après la tradition, proposé pour modèle par Notre Seigneur à ses disciples. Le chanoine Collin expose qu’il était favorable à ceux qui meurent avant l’âge de sept ans, et que, fréquemment, il les rappelait à

la vie.

Saint Martial est invoqué également contre la Peste et les Maladies contagieuses. Cette invocation paraît dater de 994 à l’occasion de la maladie des Ardents qui fit périr plusieurs milliers de personnes. Elle fut renouvelée, d’après M. Maurice Ardant[\), en 1094, en 1317, en 1404, au milieu de diverses Calamités publiques qui avaient engendré des Maladies contagieuses. Un cantique catalan (Goigs), en l’honneur du saint, signale cette invocation :

Contra de la Pesth.encm 1

Son amparo y defensor.

Un autre (Goigs) le qualifie ainsi :

, , I Avocat contre V Incendie, les Fièvres et les

Advocat de Foch febres y dolors. | Douleurs

En effet, le 2 septembre 1790, les reliques de saint Martial, portées en procession arrêtèrent un furieux incendie qui menaçait toute la ville de Limoges. Il en fut de même également le 15 août 1864. Dieu permit que les feux fussent maîtrisés à l’heure précisément où paraissaient ^les saintes reliques et que, dans un désastre qui menaçait la vie de tant de personnes, aucune cependant n’ait perdu la vie (2).

Contre la Peste vous êtes un protecteur et défenseur.

(t) Oslensions,\l8ll2.

(2) Voir le journal le Monde,' 10 octobre 1864.

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A Limoges, une grande confrérie de saint Martial avait un frère servant qui portait le nom d 'Eveillé, et tous les premiers lundis du mois allait à la porte de chacun des confrères, après minuit, chanter d’un ton lamentable et sépulcrale : <t Réveillez-vous , vous qui dormez; ne dormez pas si fort que vous ne pensiez à la Mort , priez Dieu pour les trépassés ; que Dieu leur daigne pardonner : c'est un chemin par lequel il nous faut tous passer; Requiescant in pace. Sancte Marlialis (ter). Amen. Après avoir frappé trois coups à la porte en criant : Il est telle heure ; il agitait sa sonnette et se rendait à une autre maison (1).

Lorsque de grands personnages, des princes, des rois de France venaient à Limoges en pèlerinage, la châsse du saint évêque était exposée publiquement à la vénération des fidèles. Ce n’est que depuis 1526 que YOslension de saint Martial se fit régulièrement. Cette cérémonie avait lieu seulement tous les sept ans. Elle commençait le dimanche de Quasimodo pour finir le dimanche de la Trinité. La partie la plus remarquable de cette fête était une grande procession dans laquelle la ville déployait toute sa magnificence. Autrefois, pendant les offices à la fin de chaque psaume, on substituait au Gloria Patri le verset suivant :

San Marceau pregas per nous I Saint Martial, priez pour nous, et nous dan-

Et nous espingaren per bous. I serons en votre honneur (2).

Les habitants des campagnes du Limousin, dont la principale nourriture sont les raves et les châtaignes, faisaient cette prière à saint Martial :

Monsiour saint Marsan, notre bon fondatour , prega pour nous , nostre Seigneur ; qu'ils nous va ïelle bien garda nostra raba, nostra castagna et nostra fama (3).

(Manuscrit du IIe siècle écrit par saint Aurélien, deuxième évêque de Limoges. — Le chanoine Collin. — Le Père Giry. — Maurice Ardant, et le Propre du diocèse de Limoges, 1854).

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