VINGT-DEUX JANVIER, SAINT VINCENT
Pendant ce temps-là le Bienheureux Martyr, après avoir parcouru le cercle entier des supplices avec un visage gai et un courage invincible, proclamait, avec plus de fermeté que jamais, sa première profession de foi que le Christ est le Seigneur. « Nous'sommes vaincus, » dirent enfin les bourreaux, et Dacien, dans un accès de fureur, ordonna de le renfermer dans un obscur cachot, et après lui avoir percé de clous les pieds et les mains, de l’étendre sur une couche épaisse de têts de pots cassés.
( Ces pots fabriqués avec la même matière que les tuiles et les briques ont déterminé le patronage réclamé par les Tuiliers, Briquetiers, et aussi par les Couvreurs ).
A peine le saint Diacre fut-il seul, qu’une grande clarté dissipa les ténèbres de son cachot : une suave odeur remplit la prison ; ses pieds et ses mains furent déliés et des Anges vinrent le consoler et le fortifier. Le parfum qu’exhalaient les fleurs miraculeuses sur lesquelles il reposait, la voix des Anges avec lesquels il chantait, frappèrent si vivement les gardes et les bourreaux, qu’ils embrassèrent la foi chrétienne. Alors Dacien le fit placer dans un bon lit, espérant que lorsque ses plaies seraient refermées, il serait soumis à des tourments nouveaux et plus cruels encore ; mais il fut également trompé dans son projet. A peine Vincent fut-il changé de place qu’il rendit son âme à Dieu.
Sur l’ordre de Dacien, le corps de saint Vincent fut jeté au milieu d’une fosse en pâture aux animaux de proie ; mais des Anges veillèrent auprès de son corps et en éloignèrent toutes les hôtes sauvages ; on vit même pendant plusieurs jours un corbeau le défendant contre un loup affamé. Le gouverneur, dans le dernier paroxysme de sa colère, fit lier le corps à une grosse pierre et ordonna qu’il fût précipité dans la haute mer ; mais les ministres de Dacien qui le croyaient englouti à tout jamais dans les abîmes les plus profonds, le retrouvèrent à leur retour près du rivage avec la pierre qu’ils lui avaient attachée et nageant sur l’eau comme une éponge ; ils en demeurèrent si épouvantés qu’ils n’osèrent plus toucher à ce saint corps que les vagues recouvrirent de sable. Plus tard une pieuse femme nommée Jonica , ayant su par révélation où se trouvait le corps, le prit courageusement et l’enterra hors des murs de Valence, dans une église qui depuis fut mise sous le vocable de cet invincible martyr. Plusieurs villes de France s’enrichirent de ses précieuses reliques et entr’autres Metz, Castres, Paris, Le Mans, Dun-le- Roi, etc.
Les Bollandistes (1), dans le récit des miracles opérés par saint Vincent, constatent que les Marins le considèrent comme puissant sur la mer tant pour apaiser les tempêtes que pour procurer une pêche abondante à ceux qui l’invoquent.
La merveilleuse navigation de son corps, lié à une pierre énorme, pourrait bien être l’origine de cette invocation dont les heureux effets ont été souvent signalés pour les Marins.
Le patronage le plus célèbre attribué à saint Vincent est celui des Vignerons auxquels se sont adjoints les Marchands de vins, les Cafetiers les Vinaigriers, les Inspecteurs de vin. « Cette idée est heureuse, dit Dom Guéranger (2), et nous rappelle mystérieusement la part que le diacre prend au divin sacrifice. C’est lui qui verse dans le calice ce vin
(1) 2» vol., p. 412. . •
(l) Temps de Noël, 2e partie, p. 406.