VINGT-DEUX JANVIER, SAINT VINCENT
qui va bientôt devenir le sang du Christ. » Je préfère cette interprétation à celle du P. Cahier: « Cela, dit-il à propos de ce patronage (1), doit avoir son origine dans le mot vin qui commence le nom du martyr. »
Sur une estampe publiée par Landry, saint Vincent , en dalmatique, a sous le bras droit le livre des Evangiles et tient de la main droite un raisin et une palme. La main gauche est élevée en l’air et porte une serpette. Dans le fond, sont des vendangeurs et un cuvier rempli de raisins. Au bas, on lit cette oraison :
Sancte Vincenti, ora pro nobis.
« Adorable Trinité, Dieu éternel, seul puissant de faire des miracles, qu’il vous plaise d'estre glorifier en vos saints, à cette fin octroyés des faveurs signalez à ceux qui les demandent par leurs intercessions, nous supplions votre Majesté infinie par les mérites de la glorieuse Vierge Marie et de saint Vincent, d’accorder à N affligez de maladie et lan-
gueur, une parfaite santé du corps et de l’âme, que nous puissions avec le temps, accomplir vos saints commandemens en terre et parvenir à vostre gloire. Ainsi soit-il. »
Les Bollandistes, d'après un manuscrit d’Etienne de Lisbonne, signalent également la jouissance de saint Vincent pour faire retrouver les choses volées et ils citent à l’appui plusieurs faits qui justifient parfaitement cette invocation. Nous n’en citerons qu’un seul. Un homme, qui avait été riche autrefois, n’avait pour le nourrir qu’une seule vache. Elle lui avait été volée, pendant qu’elle paissait sans gardien dans la montagne. Après l’avoir cherchée inutilement pendant plusieurs jours, exténué par le froid, par la faim et par une course inutile, il se jeta à genoux en sanglotant : « O glorieux martyr Vincent, s’il est vrai et indubitable que « vos saintes reliques sont à Lisbonne, en considération de ma misère, « je vous en supplie, rendez-moi ce que je cherche. » Il avait à peine cessé de prier, qu’un mugissement assez rapproché se fit entendre, et bientôt il rentra chez lui avec sa vache en rendant grâce à Dieu et au glorieux martyr. Les Bollandistes mentionnent également des sommes d’argent, du linge et des peaux volés, retrouvés par l’intercession du bienheureux Vincent.
Guillaume Vatar raconte (dans ses Processions de l'Eglise, Paris, 1705, p. 73) que le siège de Sarragosse, formé par Ghildebert et Clotaire, rois de France, fut levé à la suite d’une procession extraordinaire où tous les habitants, vêtus en pénitents, portaient pour bannière la tunique de saint Vincent.
(Actes des Martyrs. — Grands et Petits Bollandistes. — Verrières de Tours).
Quand saint Vincent est clair et beau Il y a du vin comme de l’eau
(Charente et midi de la France).
Si le jour de saint Vincent est trouble Il met le yin au double
(Loiret).
Saint Vincent clair et saint Paul trouble Mettent le vin dans la gourde
(Aube).
Prends garde au jour de saint Vincent Car si ce jour tu vois et sens Que le soleil est clair et beau Nous aurons plus de vin que d’eau
(Côte-d’Or).
Aube claire à la saint Vincent Beaucoup de fruits pour tout le monde
(Bouches-du-Rhône).
(I) P. 634, note 5. Caractéristiques des saints.