PREMIER SEPTEMBRE, SAINT GILLES
PIllÈRE A. SAINT GILLES CONTRE LA Peur.
Tirand saint, à qui Dieu a accordé un pouvoir spécial contre la Peur, daignez nous protéger contre toute Frayeur et nous obtenir le courage au milieu des dangers du monde, la force dans les tentations et la résignation dans les épreuve de celte vie. Mais s il est une crainte que nous devons avoir, c’est la crainte du Seigneur ; demandez donc, pour nous, au divin Maître, ce don précieux et la grâce de vivre dans son saint amour.
Secourez-nous surtout â notre heure dernière, alors que notre âme tremblante à la vue de ses crimes, sera saisie des horreurs de la mort ; dans ce moment terrible, accourez à notre aide, défendez-nous contre les terreurs de l’enfer et, lorsque nous paraîtrons devant le Souverain juge pour entendre l’arrêt irrévocable qui fixera notre sort, suppliez-le de ne point nous repousser, mais de nous recevoir dans les bras de sa miséricorde. Ainsi soit-il.
L’invocation contre la Stérilité conjugale parait remonter à l’an 1085, époque à laquelle Judith, épouse de Wladislas, roi de Pologne, après une longue stérilité, s’adressa à saint Gilles et obtint, le 23 décembre 1085, un fils qui depuis fut Boleslas III. Suivant les conseils de l’évèque Lambert, elle déposa sur le tombeau de saint Gilles un enfant d’or massif.
Saint Gilles était invoqué, surtout en Belgique, contre le Cancer que l’on appelait Mal de saint Gilles. L’origine de cette invocation est probablement basée sur la guérison que le Saint, encore très jeune, opéra sur un mendiant couvert de Plaies en l’enveloppant avec son propre manteau. La plaie qu’il voulut toujours conserver à la suite de sa blessure à la main, peut en avoir été également le point de départ.
Dans plusieurs circonstances, saint Gilles , avait montré sa puissance contre le diable, et entre autres à l’entrée de l’église de Sainte-Croix, où il délivra un Possédé par sa seule présence. Comme la possession du Démon, à certaine époque, fut souvent confondue avec la Folie et l'Epilepsie, notre Saint a été invoqué contre ces deux affections, et la dernière était ordinairement désignée sous le nom de Mal de Saint Gilles. pour marquer qu’il en était le médecin spécial.
En fuyant sa patrie, comme nous l’avons dit plus haut, Gilles avait apaisé une affreuse Tempête qui menaçait d’engloutir le vaisseau sur lequel il était monté ; c’est là l’origine de l’invocation contre les Orages.
La Légende Dorée s’exprime ainsi sur celle qui lui est adressée contre le Respect humain : Pendant le séjour de saint Gilles à la cour de Charles- Martel, le roi commit une faute grave qu’il n’osait avouer à aucun prêtre, tout en se recommandant aux prières du Saint. Or, pendant que le serviteur de Dieu disait la messe, un ange lui apparut, lui révéla la faute du roi et lui remit un écrit. Le roi, bientôt touché de la grâce, confessa sa faute et reçut l’absolution. L’écrit de l’ange, ayant été ouvert, rectifiait la sentence de Gilles et spécifiait que désormais, à sa prière, les plus grands pécheurs obtiendraient le courage de confesser leurs péchés et la grâce du pardon.
Pendant que saint Gilles était auprès de saint Yercdème, il avait obtenu, en priant avec lui, la cessation d’une désolante sécheresse qui affligeait le pays depuis de longs jours. Dès ce moment, il a été justement invoqué contre ce fléau.
L’abbé Corblet (iv, 304) explique ainsi l’origine de l’invocation contre l’Incendie : « Le culte de saint Gilles, dit-il, était fort antique à l’abbaye du Mont-Saint-Quentin, en Picardie ; vers la fin du XIe siècle, un moine
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très dévot de Saint-Gilles avait laissé sur l’autel un cierge allumé qui avait mis le feu à la chapelle. A son retour, il trouva 1 autel en feu ; mais les linges du calice avaient été respectés par la flamme ; de nombreux témoins constatèrent ce miracle qui fut attribué à la protection de saint Gilles.
« On invoque aussi saint Gilles, dit M. Jules de Kerval, d’une manière toute particulière pour protéger les Enfants, les guérir de la Peur, des Convulsions et les préserver de tout mal. Il était naturel, continue-t-il, que ce Saint à l’ame si pure et si tendre, le soutien et le défenseur de la faiblesse, aimât les Petits Enfants et les prît sous sa paternelle protection. Nous trouvons cet usage établi dans plusieurs pays;\il existe depuis fort longtemps en France, où les rois et les princes s’y conformèrent souvent. C’est ainsi qu’en 1632, Louis XIII et Anne d’Autriche ordonnèrent des prières solennelles à saint Gilles lors de la naissance de Louis XIV, et durant neuf jours, une députation du clergé et de la noblesse se rendit à l’église Saint-Leu-Saint-Gilles, de Paris, pour demander la conservation du prince nouveau-né. Lamême cérémonie eut lieu en 1716, àl’avénement de Louis XY. »
* Dans beaucoup de contrées, on fait toucher à la statue de saint Gilles les langes et les vêtements des Petits Enfants sur lesquels on veut appeler sa bénédiction. Dans la Manche et dans les Cbtes-du-Nord, dans plusieurs paroisses, sous le vocable de saint Gilles, le jour de la fête patronale, appelé Jour du Pardon, les fidèles s’y rendent de loin ; ils viennent présenter leurs enfants à évangéliser, c’est-à-dire à bénir par la récitation sur eux d’un touchant passage de nos Livres Saints. Le curé prie poulies enfants et, posant sur leur tête le bout de son étole, récite l’Evangile de saint Jean, ou, lorsqu’ils sont nombreux, celui des fêtes de la sainte Vierge. » Nous reproduisons la prière suivante citée par M. Jules de Kerval et qui a trait à l’invocation contre la Peur ou les Convulsions des Enfants :
Seigneur Jésus, qui disiez à vos apôtres : « Laissez venir à moi les Petits Enfants », Seigneur Jésus, vous qui aimiez à les caresser et à les bénir, nous vous présentons aujourd’hui notre Enfant : il a peur ; cette affreuse maladie trouble son sommeil ; à celte vue, notre cœur est agité de mille inquiétudes. Daignez , Seigneur, par l'intercession du puissant saint Gilles, dont vous avez récompensé l’innocence dès l’âge le plus tendre, par des miracles éclatants, mettre lin à nos alarmes en rendant à cet enfant, qui nous est si cher, le calme et la santé ; préservez-le de tout mal, protégezle au milieu des dangers de cette vie et daignez le faire arriver au séjour de bonheur éternel. Ainsi soit-il.
Ces deux vers d’un cantique catalan ( Goigs ) indiquent que dans la Catalogne saint Gilles est le patron des bergers :
Advocat seu dels pastors i Vous ôtes l’avocat des Bergers, glorieux abbé
Glorios A bel s ant Gil. | saint Gilles.
L analogie de la sollicitude que le Saint montra pour la biche qui le nourrissait, avec celle que les Bergers déploient ordinairement pour la direction de leurs troupeaux, a été probablement le point de départ de ce patronage, et naturellement les Bergers l’ont invoqué pour la santé de leur bel ail.
Le patronage des Archers est un souvenir de la Flèche qui blessa saint Gilles a la main. Les. Archers de Pcronne (A. Corblet, IV, 304) avaient placé leur compagnie sous le double patronage de sainte Radegonde et
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de saint Gilles. Un article de leurs statuts condamnait à une amende de trois deniers à appliquer au service de saint Gilles « les Comparions Archers qui jureront et blasphémeront Dieu. »
Saint Gilles, à cause de ses nombreux et éclatants miracles, a été mis au rang des quatorze saints auxiliateurs. Il est ordinairement représenté en costume d’abbé, avec une flèche à la main et une biche qui se réfugie auprès de lui.