MARTYR A ROME
Patron des Chasseurs, Routeurs de vin. Drapiers, Merciers, Ohaussetiers. — L’un des quatorze saints auxiliateurs.
ers la fin du premier siècle, sous l’empire de Trajan, Placide, illustre général des armées romaines, se livrait à la chasse pour se distraire du métier des armes. Comme il poursuivait, avec une grande ardeur, un cerf d’une taille prodigieuse, il aperçut tout à coup, entre ses cornes, une croix brillante et lumineuse, et sur cette croix l’image de Jésus-Christ crucifié qui l’appelait par son nom : « Placide, Placide. »
— « Seigneur, qui êtes-vous, lui dit le chasseur en tombant à genoux. »
— « Jésus le Christ, dit-il, mort sur la croix pour te sauver, toi et tous les hommes. » — « Seigneur, que demandez-vous de moi ? — « Va, dit le Christ, va dans la cité voisine, cherche un prêtre des chrétiens, il t’apprendra ce que tu dois faire. »
De retour dans sa maison, Placide révéla à son épouse Tatiana l’apparition merveilleuse de la forêt. Tous deux se rendent auprès d'un prêtre qui leur confère le baptême. Placide reçut le nom d’Eustaclie (tige aux beaux fruits), Tatiana, celui de Théopiste (qui croit en Dieu), le fils aîné, celui d’Agapius (plein de charité), et le plus jeune, celui de Théopistus.
Bientôt après leur conversion, survint, dans leur maison, une peste cruelle qui leur enleva tous leurs serviteurs et leurs bestiaux. Afin de se soustraire à la pauvreté, ils partirent en secret pour l’Egypte. Pendant la traversée, le maître du navire, impressionné par la beauté de Théopiste, déclara, quand vint le débarquement, qu’il la retenait comme prix du passage. Euslache fut obligé de partir avec ses deux fils. Un jour il arrive au bord d’une rivière large et profonde, il prend un de ses fils sur ses épaules et parvient heureusement à l’autre bord. Il était déjà au milieu de la rivière pour venir chercher le second, lorsqu’il voit accourir un lion qui saisit l’enfant et s’enfuit. Comme il continuait à avancer vers celui qui était sa dernière espérance, au même instant un loup furieux se précipitait sur le pauvre enfant et l’entraînait à travers les bois.
Errant seul à l’aventure, Euslache rencontra un petit village et se mit au service d’un habitant du pays qui l’employa à cultiver ses terres. Il vivait ainsi depuis quinze ans, ignoré de tous et gagnant son pain à la sueur de son front, quand il rencontra deux de ses anciens soldats qui parcouraient l’Egypte cherchant leur ancien général Placide. En apprenant les dangers qui menacent l’empire, il se fait reconnaître et reprend le commandement des armées romaines. Il livre bientôt une bataille aux Parthes et les met en pleine déroute. Au retour de l’expédition, il retrouva d’abord ses fils qui servaient comme lui dans l’armée romaine ; quant à
(1) D’après l’abbé Lebeuf (vol. I, p. 119), dès le Xlil" siècle, le nom lalin S. Eustacliius se rendait en langage vulgaire par saint fFitasse ou saint Vitase.
sa femme elle avait vu mourir son ravisseur presqu’immédiatement et elle avait recouvré sa liberté. Après avoir mené une vie obscure, également pendant quinze ans, elle reconnut son mari aune cicatrice qu’il portait et se fit reconnaître de lui. Au comble de toutes les joies humaines, Eustache, avant de monter au capitole pour y recevoir les honneurs du triomphe, fut conduit devant Adrien, qui avait succédé à Trajan, dans un temple pour offrir de l’encens aux faux dieux. Ayant opposé à cette invitation un refus énergique, le vaillant général avec sa femme et ses deux enfants fut condamné par l’empereur à périr dans un taureau d’airain environné de flammes ardentes. Au bout de trois jours, quand on ouvrit la machine d’airain, ils étaient morts, mais on trouva leurs corps parfaitement intacts. Le feu n’avait atteint ni leurs vêtements ni un seul de leurs cheveux.
Le patronage des chasseurs s’explique naturellement par le récit qui a été fait plus haut de la conversion d'Eustache ; les autres patronages ne sauraient s’expliquer par les actes du Saint. L’abbé Corblet dit que les Merciers d’Amiens, les Drapiers et les Chaussetiers d’Abbeville l’ont choisi pour patron, sans en indiquer le motif.
Saint Eustache est ordinairement représenté à genoux en costume de chasseur, devant un cerf portant entre son bois un crucifix que le Saint adore ; c’est ainsi qu 'Albert Durer l’a représenté dans sa fameuse gravure qui, d’après Adam Bartsch, une des plus finies et des plus rares de l’œuvre du maître, en est en même temps la plus grande. L’empereur Rodolphe II en a fait dorer la planche. On a souvent confondu saint Eustache avec saint Hubert, parce que suivant la légende, le crucifix entre le bois d’un cerf a apparu à l’un et l’autre de ces deux saints ; mais Durer, dans le journal de son voyage aux Pays-Bas, donne au sujet de la gravure la désignation de saint Eustache (1).
(Description des vitraux du chœur de l’église métropolitaine de Tours, abbé Bourassiî. — Supplément au Pèlerin, n° 229).