PREMIER APOTRE ET PREMIER ÉVÊQUE DE PARIS (DY0N1SIUS
Invoqué contre la Rage, contre les Maux de tête, dans les Combats. — Patron des Arbalétriers et des Arquebusiers. — Un des quatorze Auxiliateurs.
Depuis longtemps, le bréviaire romain, appuyé sur l’autorité d’Hildain et de Baronius, avait clairement établi que saint Denys, l’aéropagite et saint Denys, premier évêque de Paris, étaient un seul et même personnage; mais les travaux récents des abbés Davin, Barras et Arbellot, en corroborant cette thèse, ont à peu près imposé silence à une école, qui soutenait, avec obstination, que Paris n’avait été évangélisé qu’au IIIe siècle, par un autre saint Denys.
Denys était né à Athènes ; ses parents païens, l’ayant de bonne heure élevé dans l’étude des lettres, il devint très savant et à cause de la noble extraction de sa famille, il fut l’un des premiers gouverneurs de la ville. A l’âge de vingt-cinq ans, étant allé en Egypte pour y étudier l’astronomie, il se trouva dans la ville d’iléliopolis lorsqu’apparut surtoute la terre, pendant trois heures, l’éclipse de soleil qui se produisit au moment où notre Seigneur crucifié rendit le dernier soupir, il conclut de deux choses l’une : ou le Dieu de la nature souffre, ou la machine du monde se détraque. Quand saint Paul vint à Athènes et qu’il annonça aux habitants ee Dieu inconnu qu’ils adoraient sans le connaître, des Grecs qui hésitaient à croire, le conduisirent devant l’aréopage présidé ce jour-là par Denys. Ce dernier n’eût pas plutôt appris que l’éclipse qui l’avait effrayé en Egypte, avait été causée par la mort de Jésus-Christ, qu’il inclina immédiatement vers les doctrines précitées par l’apôtre. Comme il discutait avec lui l'Incarnation, la Mort et
neuf octobre, SAINT DENYS l’aIUîOPAGITE.
la Résurrection de celui qui s’était Tait homme pour nous sauver, un aveugle vint à passer : « Vous m’avez dit, interrompit 1 Athénien, que « tout était possible à ceux qui avaient foi en votre Dieu, faites que cet « aveugle recouvre la vue en son nom, et moi-môme je croirai. » Saint Paul voulut que Denys prononçât lui-même la formule qu il avait indiquée : « Au nom do Jésus-Christ, né d’une vierge, crucifié, mort, res- « suscité et monté aux cieux, vois. » A peine Denys eut-il prononce cette formule que les yeux de l’aveugle s’ouvrirent a la lumière.
Après s’être converti, Denys se distingua tellement, non seulement par son zèle et sa vertu, mais encore par sa science, qu’il fut fait premier évêque d’Athènes. Il mérita d’être présent avec les apôtres au trépassement, aux funérailles et aussi à l’Assomption'de la très sainte Vierge Marie.
De Jérusalem, Denys vint à Rome et se présenta devant saint Clément, disciple et successeur de saint Pierre. Clément l’envoya dans les Gaules avec plusieurs compagnons. Saturnin, l’un d’eux, prêcha l’Evangile dans l’Aquitaine. Denys , après avoir évangélisé Arles, y laissa Rieul, comme premier évêque ; puis, ayant installé Lucien à Beauvais, il se dirigea lui-même vers Paris avec les deux prêtres, Rustique et Eleuthère ; il y érigea un temple au vrai Dieu et comme il convertissait un grand nombre de personnes, tant par sa parole que par ses miracles, il fut dénoncé au préfet Fescenninus, qui le fit arrêter avec ses deux compagnons. On le fouetta de verges, on l’étendit sur un brasier ardent, il n’en souffrit pas ; alors, il fut livré aux bêtes et précipité dans un four à chaux, dont il sortit intact. Il fut enfin conduit, avec ses deux compagnons, sur une colline qui a pris depuis le nom de Mont des Martyrs ou Montmartre, et là ils furent décapités tous les trois. Denys, qui avait plus de cent ans, porta sa têto jusqu’au lieu même où s’est élevée depuis sa basilique. Une pieuse femme, du nom de Catule, recueillit et ensevelit avec honneur les précieux restes du Saint. Pendant qu’il disait la messe, Rieul (Regulus), évêque d’Arles, qui avait été sacré par saint Denys, vit les trois martyrs, sous la forme de trois petites colombes, se poser sur la croix de l’autel et les invoqua à la communion.
Théophile Raynaud [Hag. Lugd. 527) dit que « les Français imploraient surtout le secours de saint Denys dans les combats. Clovis, étant encore païen et ayant imploré plusieurs fois en vain la puissance de Jupiter, se mit sous la protection de saint Denis, d’après les conseils de saint Rémy et il avait coutume de dire dans son langage barbare : Mont joie saint Denys. Peu d’auteurs, continue-t-il, ont compris la signification de ces paroles ; le vrai sens est celui-ci : Meus Jupiter est sanctus Dyonisius , mon Jupiter est saint Denys, comme l’a si bien expliqué Hubert Thomas, dans son ouvrage sur les Tongres et les Eburons. »
D’après l’abbé Berthoumieu (p. 200), <t Charlemagne déposa un jour, sur le tombeau du Saint, sa couronne, son sceptre et sa vaillante épée, en prononçant ces paroles, qui furent consignées dans une charte :
« Très saint Denys, je me dépouille volontiers de ces insignes du “ royaume de France, afin que vous en possédiez le domaine royal et « que tous, présents et avenir, sachent que c’est de Dieu et de vous que « je tiens le trône et que c’est par votre secours que je le défends avec « cette épée ; je prie les rois, mes successeurs, de faire chaque année de « même; non comme soumis à une servitude humaine, mais divine, la-
NEUF OCTOBRE, SAINT DENYS l'ahÉOI'AGITE.
« quelle doit être appelée souveraine liberté ; puisque servir Dieu c’en « régner. »
La bannière de l’abbaye de Saint-Denys, sous le nom d'oriflamme devint la célèbre bannière de France de couleur rouge ou de l'eu et semée de llamnies d or, qui, en temps de guerre, pendant plus de trois siècles (üuXlr au XVe), était portée à la tète de nos armées ; il était rationel quel® Saint, invoqué dans les combats, fût choisi pour patron par les Arbalétriers et les Arquebusiers , qui payaient de leur personne sur les champs de bataille.
Quand saint Denys lut exposé aux hôtes féroces qu’on avait fait jeûner, il fit sur elles le signe de la croix et les bêtes se prosternèrent à ses pieds. Là. pourrait bien être l’origine de l’invocation qui lui était adressée contre la raye. Une plaquette assez rare, du XVI F siècle, composée de 39 pages (1), donne les détails suivants pour pratiquer celle invocation avec fruit :
« Le peuple reconnaît encore, tous les jours, les effets delà protection « de saint Denys, principalement pour les morsures de chiens et autres “ bCsles enragées et Dieu, tous les jours parles mérites du Saint et de “ ses compagnons, opère des miracles à leur autel : et les personnes « affligées de ce mal, y viennent de loutes parts, et en sont préservées
« aussi bien que les animaux mordus Pour donc se préparer di-
« gnement à recevoir cette grâce, ceux qui sont mordus de quelque « bête enragée, s’acheminent a 1 église de saint Denys et se disposent à « faire une entière confession de leurs péchés et, après avoir reçu « 1 absolution, viennent devant l’autel où le sacristain dit un évangile « sur leur teste et leur fait baiser les clefs des châsses des saints mar- « tyrs, en disant leur oraison, puis ils présentent un pain qu’on leur a bénit, duquel ils mangent à jeun tous les jours pendant leur neuvainc «• et durant icelle (s’ils savent lire) pourront lire quelque chose de la vie, « passion et martyre de saint Denys et de ses compagnons, ainsi qu’elle « est en ce présent livre, avec leur oraison qui s’ensuit :