‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 565 sur 724 · SAINT SATURNIN, PREMIER ÉVÊQUE DE TOULOUSE, MARTYR · texte numérisé non relu

SAINT SATURNIN, PREMIER ÉVÊQUE DE TOULOUSE, MARTYR

l,r SIÈCLE.

Invoqué pour l’assistance à 1'h.eure de la mort. — Contre la crainte de la mort, le mal de tête, le tournis des moutons, les fourmis, la peste, la petite vérole.

, fils d’Egée, roi d’Achaïe, fut d’abord disciple de saint Jean-Baptiste et, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ, reçut le baptême de sa main. Ayant donné le baiser d’adieu au saint Précurseur et reçu sa bénédiction, il se mit au service de notre Divin Sauveur, qui le comprit au nombre des soixante-douze disciples.

Après l’Ascension, Saturnin resta avec les Apôtres et reçut le Saint- Esprit le jour de la Pentecôte. Ce fut alors qu’il devint le disciple de saint Pierre qui l’associa à ses travaux et l’emmena avec lui à Antioche, pour remplir le mandat qui lui était confié; il évangélisa successivement la Pentapole, contrée de la Palestine, Hiéropolis, ville d’Asie, et arriva jusque dans le pays des Perses et des Mèdes. Partout sur son passage, les miracles éclataient et la semence évangélique produisait les fruits les meilleurs et les plus abondants.

Ayant suivi, à Rome, le prince des Apôtres, celui-ci le désigna pour l’Apostolat des Gaules, avec saint Papoul, et lui donna la consécration épiscopale, afin qu’il pût fonder le siège de Toulouse et établir des pasteurs dans le reste de l’Aquitaine et dans le nord de l’Espagne.

A leur arrivée à Arles, en Provence, beaucoup de païens ouvrirent les yeux à la véritable lumière et demandèrent le baptême. A Nîmes,

(1) Alias. — Saint Sernin.

VINGT-NEUF NOVEMBRE, SAINT SATURNIN

Saturnin fit la conquête d’un nouveau disciple, du nom d’Honeste, qui abandonna ses richesses et sa famille pour le suivre. Traversant le reste du Languedoc, ils s’avancèrent vers Toulouse, et dès qu’ils furent entrés à Carcassonne, annonçant au peuple le nom de Jésus-Christ, il furent saisis par ordre du président Ruflin et enfermés dans un cachot noir et humide, où ils eurent beaucoup à souffrir de la faim; mais Dieu vint à leur secours en leur envoyant des Anges qui ouvrirent les portes de leur prison.

Ils arrivèrent enfin à Toulouse, où le pouvoir de saint Saturnin se manifesta d’une manière bien éclatante. Sa seule présence rendit muettes les nombreuses idoles devant lesquelles se prosternait le peuple. Puis une femme, nommée Cyriaque, dont le mari appelé Agathon était un des principaux chefs de la ville, s'étant convertie, fut guérie immédiatement d’une affreuse lèpre dont elle était couverte depuis longtemps. Ces deux miracles produisirent une si vive impression dans la population que le maître de la ville embrassa le christianisme.

Lorsqu’il eut évangélisé les villes d’Auchet d’Eauze, Saturnin laissant à Papoul le soin de ses ouailles de Toulouse, se dirigea, avec son disciple Honeste, vers Pampelune, pour entrer en Espagne. Peu de temps après son arrivée, quarante mille personnes, de l’un et de l’autre sexe, renoncèrent au culte des idoles. Son souvenir est encore vivant dans ces contrées où on l’invoque contre la Peste et la petite Vérole , comme l’indique le Goigs suivant (cantique catalan) :

En la voraz Pesti-lencia Y contagi de Verglas Cristià : si be imploras A Sant Saddrni clemencia, Logravas sa assistancia En semblant nécessitât...

Dans la Peste dévorante et la contagion de la petite Vérole, chrétien, si tu implores bien de saint Saturnin la clémence, tu obtiendras son assistance dans les mêmes calamités.

Il est aussi invoqué contre la maladie des moutons, que l’on appelle le Tournis. A ce sujet, dit le P. Cahier (p. 630) : « Je crains fort qu’il « n’y ait là-dessous quelque calembour, comme serait l’allusion à ça « tourne, ou il a le Tournis. » Effectivement, d’après Thiers (1er vol. des Superstitions ), on appelait, dans quelques endroits, saint Saturnin : saint Atome ou Atorni.

Pendant qu’il était éloigné de Toulouse, saint Saturnin eut la douleur d’apprendre que les païens avaient suscité une persécution contre les chrétiens, et que saint Papoul avait conquis la palme du martyre par une mort violente. Il se hâta de revenir dans sa ville épiscopale.

Il y avait alors à Toulouse un superbe palais appelé Capitole, où les païens se réunissaient pour sacrifier aux fausses divinités. Depuis le retour de Saturnin , les prêtres avaient remarqué que les idoles étaient tout à coup devenues muettes et que les démons avaient pris la fuite ; par vengeance, ils excitèrent contre Saturnin la multitude qui l’accabla d insultes et de mauvaistraitements. Le Saint avait appris, par une révélation du ciel, qu’il devait finir sa vie par le martyre, et il avait recommandé à un prêtre et à deux diacres qui l’accompagnaient, de ne le point abandonner ; mais à la vue de toute cette populace qui se précipitait sur lui, ceux-ci prirent honteusement la fuite. C’est là, sans nul doute, le motif de l’invocation qui est adressée à saint Saturnin pour obtenir l'assistance à l’heure de la mort. On l’invoque également

contre la crainte de la mort , car à cette heure suprême, loin de l’effrayer, la pensée de la mort l’avait rempli de joie. Aussi, quand on lui proposa de sacrifier aux idoles, il refusa énergiquement de rendre hommage aux démons, en s'écriant qu’il ne connaissait qu’un Dieu, le seul véritable, et qu’à lui seul il offrirait un sacrifice sur l’autel de son cœur. Comme les païens, de plus en plus exaspérés par cette réponse, portaient sur lui leurs mains cruelles et le déchiraient en le torturant avec la dernière violence, tout à coup toutes les idoles, brisées et réduites en poudre, s’écroulèrent aux pieds de l’invincible martyr. A cette vue, la fureur populaire étant arrivée à son dernier paroxysme, les prêtres de satan attachèrent, par une longue corde, les pieds de Saturnin aux flancs d’un taureau destiné au sacrifice. Pressé par l’aiguillon, le taureau se précipita du haut du Capitole et, sur les premiers degrés, la tête du Martyr fut brisée et son corps mis en pièces.

Deux jeunes filles, connues sous le nom de saintes Puelles, recueillirent son cadavre ensanglanté et l’emportèrent dans un lieu voisin de son martyre. Plusieurs sanctuaires y furent élevés. Ce fut seulement en 1258, dans la troisième basilique qui subsiste de nos jours, qu’eut lieu l’élévation des reliques du Saint. Cette insigne basilique qui, sous le nom de Saint-Serniu , renferme, en très grand nombre, les reliques les plus précieuses des plus grands saints, fait la juste admiration des fidèles.

Saint Saturnin est représenté attaché a la queue d’un taureau furieux, traîné sur une montagne ou sur les marches de l’escalier du Capitole.

Ayant eu la tête brisée sur ces marches, on devait l’invoquer naturellement contre le Mal de Tète. D’après la lettre de l’abbé Chevals, curé de Saint-Wandrille-Rancon (1), à la date du 15 juillet 1878, cette invocation est adressée dans sa paroisse, à Saint-Saturnin, que le peuple, par une bizarrerie inexplicable, appelle saint Atorni ou Racourci. Après la destruction d’un premier sanctuaire, le saint Abbé Gérard reconstruisit, vers 1030, celui qui existe aujourd’hui. « C’est un des édifices « les plus curieux de la Normandie, dit l’abbé Chevals, et c’est à coup « sur le plus ancien du diocèse de Rouen. » Chaque année, onze à douze mille pèlerins viennent le visiter et invoquent saint Saturnin contre le Mal de Tète.

(Petits Bollandistes.)

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