‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 600 sur 724 · SAINTE LUCIE OU LUCE, VIERGE ET MARTYRE · texte numérisé non relu

SAINTE LUCIE OU LUCE, VIERGE ET MARTYRE

Patronne des Tisserands, Verriers, Huissiers, Notaires & Ecrivains, Oocliers, Selliers - Harnacheurs, Paysans, Tailleurs, Couturières. — Invoquée pour les Laboureurs. — Contre les Hémorrhagies, le Flux de sang, la Dyssenterie, l’Incendie, les Maux de gorge, les Maux d’yeux, les Maladies contagieuses.

cie naquit de parents nobles et riches dans la ville de Syracuse, en Sicile. Elevée, dès l’âge le plus tendre, dans la foi chrétienne, elle eut, de bonne heure, le projet bien arrêté de conserver sa virginité pour l'offrir au Seigneur son Dieu. Après la mort de son père, sa mère Eutychia promit, contre le gré de sa fille, de l’unir à un jeune homme qui était païen ; mais cette même Eutychia, ayant été frappée d’une hémorrhagie très grave, dont elle soutirait depuis quatre ans, se décida, sur les instances de sa 1111e, à invoquer sainte Agathe dont le nom, en Sicile, était dans toutes les bouches. Elles allèrent donc en pèlerinage à Gatane et prièrent longtemps devant le tombeau de la Sainte. Pendant ce temps-là, Lucie s’étant endormie, Agathe lui apparut, richement vêtue, au milieu d’une multitude d’anges : « Ma sœur Lucie, lui dit-elle, « vierge consacrée à Dieu, pourquoi me demandez-vous ce que vous pou- « vez obtenir vous-même pour votre mère : si mon nom a illustré la

(1) Catalogue sanclorum. llaliœ... Médiolan. 1613, p. 769.

(2) Dictionnaire Hagiographique, publié par l’abbé Migne.

(3) Histoire populaire des papes (3* vol. p. 192 y

« ville de Catane, le vôtre doit illustrer de même la ville de Syracuse ; « car vous avez préparé en vous une demeure digne du Seigneur, et « vous êtes le temple du Saint-Esprit. »

Lucie s’éveilla pleine de joie et dit à sa mère : « Mère, vous êtes maintenant guérie. »

L’invocation adressée à sainte Lucie contre les Hémorrhagies , le flux de sang et la Dyssenterie a pour point de départ cette guérison d’Eutychia. Dans le Limbourg belge et hollandais (1), sainte Lucie est honorée comme patronne spéciale contre la Dyssenterie et les Maladies contagieuses en général. Vers 1770 ou 1775, une Dyssenterie s’étant déclarée dans le village de Cirsbeck, le curé reçut, des dames nobles du couvent de Gerlach près de Fauquemont, une insigne relique de la Sainte. Il existe encore à Anvers (Belgique) (2), une confrérie antérieure d’un grand nombre d’années à 1804. Elle a pour but d’obtenir du Tout-Puissant, par l’intermédiaire de sainte Lucie , toutes sortes de faveurs spirituelles et corporelles. De nos jours même, le directeur de la confrérie bénit des ganses de soie rouge que l’on doit porter au cou pour être préservé des maladies contre lesquelles sainte Lucie est invoquée et dont elle obtient, le plus ordinairement, la guérison (Maladies de la gorge , des yeux, Dyssenterie , Hémorrhagies).

Le 1er décembre 1877 (3), à Malines, ont paru, revêtues de l’imprimatur du vicaire-général, J. -B. Lauvers, les Litanies suivantes, qui portent ce titre :

Litanie Der Iieilige Maagd en Marlelares Lucia

Bijzondere Palrones legen Rooden, Loop, Bloedvloed, Kwode Kelen en Oogen Heete Koortsen en andere Kwoode Ziechten.

Litanies de la sainte vierge et martyre Lucie.

Patronne particulière contre la Dyssenterie , les Maux de gorge et les Maux d’yeux.

Dans ces Litanies, la Sainte est ainsi qualifiée :

H. Lucia troosleres in den Rooden Loop. I Sainte Lucie, consolatrice dans les Dyssen-

I leries.

Après avoir obtenu la guérison de sa mère, Lucie revint avec elle à Syracuse. Son premier soin fut de lui réclamer sa dot pour l’employer au service de son fiancé du ciel. Eutychiafit d’abord quelque opposition à ce désir, puis elle finit par céder; Lucie, aussitôt en possession de sa dot, s’empressa de la réaliser et de la distribuer aux pauvres.

Celui auquel elle avait été promise en mariage, et qui tenait au moins autant à la dot de sa fiancée qu’à la fiancée elle-même, entra en fureur à cette nouvelle, et, pour se venger, la dénonça comme chrétienne au gouverneur Paschase qui la fit comparaître devant son tribunal.

Le juge essaya vainement de la vaincre par des paroles doucereuses puis, de guerre lasse, ordonna de la conduire dans une maison dé débauche ; mais, ô prodige ! quand on voulut mettre la main sur elle pour l’y entraîner, il fut impossible de la mouvoir, ni à l’aide de la force humaine, ni à l’aide de corde, ni à l’aide de plusieurs attelages de bœufs. Dans l’église de Notre-Dame du Camp (diocèse de Pamiersî on voit effectivement, sur un tableau, plusieurs bœufs s'efforçant de traîner

(1) Augustin Beaugrand ( Sainte Lucie de Syracuse, Pari?, 1882) n 113

(2) Même auteur, p. 129. "

(3) Même auteur, p. lvui.

la sainte vierge. L'intervention de ces animaux pourrait bien être l’origine du patronage des Laboureurs.

1 aschase, ne se tenant pas pour vaincu, ordonna d’entourer la vierge d’une grande quantité de bois, de poix et d’huile puis d’y mettre le feu ; mais Lucie était aussi tranquille au milieu de ce bûcher que si elle eût été au milieu d’un beau jardin. La flamme ne l'effleura même pas. Aussi c’est avec raison qu’on l’invoque contre l'incendie. Papebrock, dans sa petite Vie des saints, que nous avons citée plusieurs fois, donne cette oraison spéciale.

Deus, qui S. Lukiam, inter circumpositas flammas illesam conservasti; ipsius intercedentibus mentis, incendiorum damna averle à domibus et in cordibus nostris iracundiœ motus effervescentes compesce.

Dieu, qui avez conservé saine et sauve sainte Lucie au milieu des flammes qui l’entouraient, par ses mérites et son intercession, éloignez de nos maisons les dommages de l'incendie et comprimez dans nos cœurs les mouvements tumultueux de la colère.

Enfin Paschase ordonna qu'on lui transperçât la gorge avec une épée. C’est là visiblement l’origine de l’invocation contre les maux de gorge.

Blessée à mort, Lucie annonça au peuple que l’Eglise allait jouir de la paix, que Dioclétien était renversé de son trône et que Maximien était déjà mort. Elle ajouta que, comme la ville de Catane avait sa sœur Agathe pour protectrice, de même elle protégerait la ville de Syracuse, si les habitants se convertissaient à la foi de Jésus-Christ.

Au même instant, des envoyés de l’empereur chargeant Paschase de chaînes, l’emmenèrent à Rome où il fut condamné à mort.

Les reliques de Lucie furent transportées plus tard de Syracuse à Constantinople, et de là enfin à Venise. AuX° siècle, une église de Metz fut dotée d’une grande partie de ces précieuses dépouilles. Sainte Lucie était surtout invoquée contre les Maladies d’yeux, et les fidèles se lavaient les yeux avec la poussière recueillie des piliers qui soutenaient sa châsse, et qu’ils détrempaient dans un peu d’eau. Pendant notre première Révolution, les reliques de la Sainte furent sauvées par des mains pieuses, qui en ont fait don à l’église d’Ottange (Moselle) où, de nos jours, Mgr Du Pont des Loges en a constaté l’authenticité.

Depuis un temps immémorial, le nom de sainte Lucie est inscrit au canon de la messe, et c’est vainement que Baillet a essayé de jeter un doute sur la question de savoir si c’était bien de Lucie de Syracuse qu’il s’agissait ou d’une autre vierge.

On représente sainte Lucie avec deux yeux sur sa main, dans un plateau ou sur un livre. Le savant archéologue Didron affirme (Ann. Arch., XIX, 121) que si elle est invoquée contre les Maladies des yeux, c’est, spécialement et avant tout, parce que les bourreaux lui ont arraché les yeux ; les biographes de la Sainte ne font aucune mention d’un pareil supplice. « Sainte Lucie, dit Théophile Raynaud (II ag. Lugd., 515), est invoquée pour la guérison des yeux, parce que son nom vient de lux, lumière. Les peintres se trompent grossièrement et ils propagent leur erreur parmi le peuple, lorsqu’ils peignent cette Sainte avec des yeux placés sur un plat, comme si le tyran les lui avait fait arracher. Ils confondent sainte Luce de Syracuse avec une autre sainte Luce qui vécut plusieurs siècles après, et qui, pour éloigner d’elle un prétendant passionné, s’arracha elle-même les yeux et les lui envoya. »

Ces yeux, placés à côté de sainte Lucie, peuvent d’ailleurs n’être

une communauté de vierges nobles. Plus tard, Adalric se retira avec sa femme dans le monastère et y mourut vers 690.

Odile consacra une partie des biens laissés par son père à la fondation d’un nouveau monastère, placé au bas de la montagne, afin de permettre aux pauvres de pouvoir y monter. Il fut appelé Niedermunster et fut fondé vers l’an 700. Visitant un jour ce monastère, Odile rencontra, sur son chemin, un lépreux mourant de fatigue et de soif. Frappant de son bâton le rocher contre lequel était appuyé le malheureux, elle en lit jaillir une source abondante, qui porte encore aujourd’hui le nom de la Sainte, et dans les eaux de laquelle les fidèles cherchent un remède contre les maux d’yeux. Après avoir reçu la vue d’une façon si miraculeuse, Odile , tout naturellement, devait être invoquée contre ces affec-

tions.

Le père Cahier (p. 105) rapporte cette prière qu’il avait tirée du missel

de Frisingue, in-fol. :

Deus illuminator omnium genlium, qui mira opéra tua in virtute Beat.e ütii.iæ virginis demonstrasti, quœsumus clementiam tuam,ut siculab ilia nativœ cæcitalis tenebras effugasti ; ita nobis, meritis et precibus ipsius, corporalis luminis graliam et œternœ daritatis gloriam largiaris, etc.

PRIONS

Dieu, lumière de toutes les nations, qui avez fait éclater les merveilles de vos œuvres dans la perfection de la vierge, sainte Odille, nous supplions votre clémence, comme vous l’avez délivrée des ténèbres de sa cécité native, de nous accorder de même par ses mérites et ses prières, la grâce de la lumière terrestre et la gloire de l’éternelle clarté, etc.

Après sa mort, la bienheureuse vierge fut enterrée à Hohenbourg, dans la chapelle de saint Jean-Baptiste. Son culte remonte presque au moment de son décès ; car l’auteur contemporain de sa vie lui donne déjà le titre de bienheureuse, et l’ancien martyrologe du VIIIe siècle place le jour de sa mort au nombre des fêtes solennelles qu’on célébrait à cette époque dans le diocèse de Strasbourg (A. Hunckler, p. 572). Le pèlerinage que l’on fait à la montagne de Hohenbourg. qui a pris le nom de Sainte-Odile, est l’un des plus anciens et des plus fréquentés de tout le monde catholique, et ceux qui souffrent de la vue trouvent en elle une patronne spèciale qui opère des cures merveilleuses.

La sainte patronne de l’Alsace est ordinairement représentée en abbesse, dans le costume noir de son ordre, un livre à la main, sur les feuillets duquel se voient deux yeux , en mémoire de la vue qu’elle avait recouvrée si miraculeusement.

(Saints d’Alsace, par l’Abbé Hunckler.)

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