‹ Les saints stylitesChapitre 12 sur 161 · SYMÉON STYLITE L'ANCIEN XXII · texte numérisé non relu

SYMÉON STYLITE L'ANCIEN XXII

dent que Syméon ne resta pas étranger à la grande querelle religieuse qui agita le monde durant les dernières années de sa vie, et que les échos de l’opposition au concile de Chalcédoine n’expirèrent pas au pied de sa colonne. Telle était sa renommée que les partis en présence devaient nécessairement essayer d'exploiter en leur faveur le prestige de l’illustre pénitent, et d'attirer à eux l’homme sur qui l'Orient et l’Occident avaient le regard fixé. Que les monophysites aient tenté de le circonvenir, cela ne paraît pas douteux ; que la tentative ait réussi c'est ce qui n’est affirmé nulle part. D’après Zacharie le Rhéteur, Théodose de Jérusalem se serait mis en route pour aller trouver le stylite, dans le dessein de prémunir sa simplicité contre Théodoret « et autres hérétiques » ; mais il n’arriva pas au terme dé son voyage !.

S’il faut en croire Sévère d’Antioche, Théodoret n’aurait pas manqué d'entreprendre son illustre ami sur la question brûlante. Mais Syméon l’avait éconduit en disant qu'il ne connaissait pas même le synode, et.en affirmant simplement sa croyance au Père, au Fils et au Saint Esprit ?. Ilest fort possible que Sévère ait, en lui donnant un tour particulier, rapporté un fait réel. Que Syméon n’ait pas voulu entrer dans des discussions théologiques au-dessus de sa portée ct se soit refugié dans la formule de foi des simples, cela fait honneur à son ferme bon sens. Mais il y a loin de là à une répudiation des doctrines du synode, comme on pourrait le croire en lisant Sévère. Dans la lettre où celui-ci raconte le trait, il répond au reproche qu’on lui fait d’avoir prononcé le panégyrique de Syméon Stylite, preuve évidente que, dans le camp des monophysites, le saint passait pour appartenir au Camp adverse. Son explication-consiste à dire que dans l’exorde du discours, il a rétabli la vérité au sujet de Syméon : suit l’histoire de l’entrevue avec Théodoret, complétée par cet argument : « qu’un homme ignorant les lettres n’avait pu signer ; les anciens du monastère

qui ont survécu en donnaient mainte preuve 5. » 1 AureNs-Krücen, Die sogenannte Kirchengeschichte des Zacharias Rhelor, p. 258 2 Lettre aux prétres Jean et Jean, BROOKS,

the select letters of Severus, p. 377. dns 8 Ibid.,p. 377-78. Cf. Analect. Bolland., t. XXIV, p. 150. Sévère

a résumé, dans sa lettre, l'exorde de son discours. Celui-ci a été

The sixth Book of

Si l’on comprend bien Sévère, dont le style ne brille pas

par la clarté, et dont nous ne possédons les lettres que dans une traduction, il veut dire : « Qu’on ne m'objecte pas que Syméon n’a pas signé de formulaire ; il ne savait pas écrire. » Il eut sans doute conscience de la faiblesse de son argumentation. Écrivant au rhéteur Étienne, à qui il avait envoyé le panégyrique, il fait remarquer que l’exorde lui déplaira certainement — Étienne était chalcédonien, sans doute — parce qu'il est inacceptable pour les byzantins 1. Quoi qu’il en soit, nous assistons aux efforts de la secte pour se couvrir de l’autorité de Syméon, ou du moins pour secouer sa réprobation. Mais rien ne montre que Syméon dit donné des gages à l’opposition, et les écrivains qui, comme Évagrius, rendent hommage à la pureté de sa foi, doivent avoir raison. Ce qui suffirait à prouver que l'ami de Théodoret s’était rangé résolûment du côté des Chalcédoniens, c’est que son disciple le plus en vue, l’héritier de sa penséeet son continuateur, Daniel, fut toujours reconnu comme un des plus fermes soutiens de l’orthodoxie, et sut le montrer dans des circonstances solennelles, comme on le verra dans sa Vie. |

$ 3. Esquisse de la vie de 5. Syméon.

Syméon naquit vers 389 à Sisan, ou Sis, village des environs de Nicopolis sur les confins de la Syrie et de la Cilicie ?. Ses parents étaient chrétiens et le firent baptiser au berceau. De leurs nombreux enfants, deux seulement parvinrent à l’âge d'homme, Syméon et son frère Semëi, qui embrassa aussi la vie religieuse et mourut longtemps avant lui ὃ. On employa le jeune Syméon à garder les troupeaux, et bien que ses parents ne fussent pas sans avoir, ils semblent ne lui avoir donné aucune sorte d’instruction “.

conservé dans le manuscrit du British Museum, Addit. 12159. Mon collègue le P. Peeters le publiera dans un des prochains volumes des Analecta Bollandiana.

1 BROOKS, t. c., p. 440.

? THÉODORET, 2; Vie syr., 2.

"ία, 1. 15. CAVIeNSUTS, οο-

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