‹ Les saints stylitesChapitre 14 sur 161 · S. SYMÉON STYLITE L'ANCIEN ΧΧΧΙ · texte numérisé non relu

S. SYMÉON STYLITE L'ANCIEN ΧΧΧΙ

rompt son récit par un plaidoyer en règle, où il essaie de montrer. qu'un dessein aussi extraordinaire ne peut avoir été conçu que sous l'inspiration divine, et il fait remarquer que les prophètes comme Isaïe 1, Jérémie ?, Osée 5, Ézéchiel 4, guidés par l'esprit de Dieu ont également étonné leurs contemporains. Lorsqu'il s’agissait d’impressionner le peuple, Dieu se servait de ces moyens extraordinaires pour toucher les cœurs 5. Nous avons vu que dans le milieu de TellneSin cette argumentation était courante 5, et qu’on y avait réuni tout un arsenal destiné à combattre les détracteurs du stylite.

Évidemment, la masse des gens simples n’avait pas besoin d'être rassurée de ce côté, et ce qui inquiétait l'élite était plutôt fait pour attirer le peuple. Syméon s'était acquis une grande renommée dès avant l'établissement de sa première colonne. Mais c’est évidemment la nouveauté de ce spectacle qui mit en mouvement le grand flot populaire, Ce n’est pas uniquement du voisinage et de tous les coins . de la Syrie qu’on accourut pour le voir. Les Arabes, les Perses, les Arméniens, les Ibères, les Homérites arrivent à leur tour. L’Occident lui-même, l'Espagne, la Bretagne, la Gaule envoyèrent des visiteurs à Tellneëin ? et il ne paraît dès lors plus si difficile d'accepter qu’il ait pu y avoir des communications entre Syméon et SÆ Geneviève ὃ. Il est superflu de parler de l'Italie, ajoute Théodoret. On dit qu’à Rome sa célébrité est telle, que dans le vestibule des ateliers on peut voir une petite image de Syméon qui est exposée là comme une protection et une sauvegarde ?.

1/15, 20, 2. SP Ier 101: 20,012;

Vie Syr., ς. 117. Cf. plus haul,-p. ix.

8 Plus haut, p. ΧΙΧ..

* Nous nous sommes demandé si un marbre gravé trouvé dans le cimetière de Domilille (Wizrunr, Ein Cyelus christologischer Gemälde, Taf. ΙΧ, 1) ne reproduisait pas le Lype d’une de ces images populaires si répandues à Rome. Atfi del Πο Congresso internazionule di archeologia cristiana {δι in Roma nel aprile 1900, Ρ. 101-103.

Et l’on emportait de Tellneëin autre chose que la satisfaction d'une vaine curiosité. Sans compter les effets de son pouvoir d’intercession et les guérisons qu’on venait : implorer de toutes parts, Syméon amenait à se convertir une foule de païens. Les Arabes surtout accouraient par troupes de deux ou trois cents, ou même de mille, renonçaient à leur idolâtrie, se faisaient instruire et recevaient le baptême. Le zèle de ces néophytes était extraordinaire et avait des poussées de ferveur quelque peu .inquiétantes. Théodoret raconte le danger qu’il courut un jour que Syméon avait engagé une de ces troupes à demander sa bénédiction épiscopale. « Ils se précipitèrent, dit-il, comme des barbares, les uns me tirant par devant, les autres par derrière, d’autres à droite et à gauche. Les plus éloignés montaient sur les autres, me tendaient la main, me prenaient par la barbe, saisissaient mes habits, et ils m’auraient certainement étouffé si le saint n’avait poussé de grands cris pour les disperser 1.» Une autre fois une tribu ayant demandé des prières et une bénédiction pour son chef, une autre tribu présente réclama cette faveur pour son chef à elle. L’autre, disait-lle, était un homme injuste, le sien un homme excellent. Après une dispute des plus vives on en vint aux mains. L'évêque essaya d’étouffer cette rixe et de faire comprendre qu'une bénédiction était sans préjudice d'une autre. Mais ils prétendaient, chacun pour sa tribu, qu’elle fût sans partage. Syméon dut intervenir énergiquement et faire retentir des menaces. Il les traita de chiens et eut beaucoup de peine à arrêter la bataille ?.

Le rayon d'influence de Syméon ne s’arrêtait pas à ces grands enfants. Le spectacle de ses vertus surhumaines avait fait taire, les unes après les autres, les voix de la malignité et de la prudence humaines, et l’on conçut pour lui, dans tous les rangs de la société, une admiration et une confiance sans bornes. C’est par ses relations avec de hauts personnages qu’il se trouva amené à intervenir dans des questions d'intérêt général auquel son genre de vie semblait le rendre absolument étranger. «Ἡ ne se désintéressait point, dit Théodoret, du soin des saintes églises, affron-

1'THÉODORET, 14. 3 Ibid.

S. SYMÉON STYLITE L'ANCIEN xxXI1i

tant la lutte tantôt avec l’impiété des païens, tantôt avec l'audace des juifs, ou dispersant les groupes hérétiques. Il envoyait à leur propos des messages à l'empereur, stimulait le zèle des magistrats pour les choses de Dieu, avertissait même les pasteurs des églises d’avoir plus de soin de leur troupeau 1.» D’après la Vie Syriaque il serait intervenu activement auprès de Théodose II dans l'affaire des synagogues ”, et les empereurs lui donnent à plusieurs reprises des preuves de leur vénération en lui envoyant des lettres ou des messagers ὃ. Théodose et ses sœurs lui auraient même député, dans une maladie, des évêques chargés de l'amener à descendre de sa colonne jusqu’à complète guérison 3, démarche qui resta sans résultat. Que Marcien soit allé le trouver en cachette, c'est une assertion que les sources anciennes ne confirment pas 5.

La gloire de Syméon éclata le jour de ses funérailles. A * la première nouvelle de sa mort, l’évêque Martyrius accourut accompagné de six évêques, ainsi que le maître de la milice, Ardaburius, avec six cents soldats pour empêcher qu'on vint enlever le corps. Trois évêques montèrent, et baisèrent les vêtements du saint en disant des psaumes. . Le corps fut mis dans un cercueil de plomb et descendu de la colonne. C’est à ce moment que se répandit dans le peu- Ρίο la nouvelle de la mort de Syméon. Aussitôt l’on voit accourir sur leurs chameaux, les Sarrasins en armes décidés, si on les laissait faire, à s’emparer du corps saint. Mais Ardaburius était là, avec une force suffisante %. Une foule énorme se réunit autour de la colonne avec des parfums, des cierges et des flambeaux, faisant retentir l'air de ses gémissements. Le corps fut placé sur l’autel de marbre qui était dressé devant la colonne, et tous les évêques donnè. rent le baiser au mort”. On déposa le cercueil sur un char,

3 Vie syr., ο. 130, 131.

5 Vie syr., ο. 133. | 4 Vie syr., ο. 87.

5 Plus haut, p. xvII ο,

6 Certains copistes (ceux des mss. X, Y) n'ont pas été de cet avis, et ont porté le chiffre des soldats de 600 à 6.000.

? Vita a. Antonio, c. 29.

Page 1