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LA VIE DES. DANIEL LE STYLITE XLVII

permettre de retourner au temple abandonné. Le concours de peuple recommença, tandis que ses adversaires d’auparavant devinrent son meilleur soutien.

Neuf ans s'étaient écoulés, lorsqu'il vit en extase Syméon Stylite, qui parut l’inviter à marcher sur ses traces. Quelques jours après arrivait un messager, le moine Sergius, apportant la nouvelle de la mort du stylite et chargé de remettre son froc à l’empereur. L’audience impériale se faisant attendre, Sergius voulut se retirer au couvent des Acémétes. Il fallait passer en bateau près de l'endroit où vivait le serviteur de Dieu. Sergius, qui avait entendu parler de lui, voulut ‘le voir. Daniel lui raconta sa vision, ce qui décida Sergius à * lui donner le souvenir destiné à l'empereur et à se fixer auprès de lui. Sergius eut un songe, et reçut le message de dire à Daniel que le temps était venu d'engager de nouveaux combats. C’est alors que Daniel prit la résolution d'entrer dans la voie tracée par Syméon Stylite, et il pria son ami de chercher dans les environs-un endroit propice pour élever une colonne. Marc le Silentiaire, qui s'était lié d’amitié avec Daniel, offrit de la fournir. Deux jours après arrivaient les ouvriers amenant la colonne. Un disciple de Daniel et son homonyme prit les mesures et alla chercher en ville une balustrade que l’on ajusta au chapiteau de la colonne. Cela se fit durant la nuit, car les voisins nourrissaient de mauvais desseins. Quand = tout fut prêt, Daniel sortit du temple, monta sur la colonne, et renvoya tout le monde.

Un certain Gelanius, officier de la Cour, et maître du domaine, ayant appris par ses paysans ce qui venait de se passer, se montra extrêmement irrité et se plaignit à l’empe- reur et à l’archevêque Gennadius (458-471). Gelanius se ren- - ditsur les lieux. Il faisait beau. Mais tout à coup une violente tempête s’éleva et détruisit toute la récolte du vignoble. Gelanius commença par ordonner au stylite de descendre, au nom de l’empereur et de l’archevêque. Mais il se ravisa, se contenta d’un simulacre d'exécution, et laissa le saint en paix. Il vint même lui proposer de remplacer sa colonne par une autre de plus grandes dimensions. Daniel accepta et les ouvriers apportèrent les matériaux. Sur ces entrefaites, Sergius, qui s'était éloigné, revint. Le stylite lui confia la direction des disciples qui s’établirent vis-à-vis de la colonne.

Les travaux de construction demandèrent une semaine. Le passage du stylite sur la nouvelle colonne se fit avec une certaine solennité, et ce jour-là un possédé fut guéri. On vit alors commencer, au pied de la colonne, le défilé des grands personnages. L’impératrice Eudoxie, revenue d'Afrique, vint saluer Daniel et lui offrit l'hospitalité sur ses terres. Une des filles de l’ancien consul Cyrus avait été guérie par le saint, lorsqu’il était encore dans le temple. Il regretta de n’avoir pu en reconnaissance lui offrir la colonne, plutôt que Gelanius. Mais voilà que sa fille aînée aussi est délivrée du mauvais esprit par la puissance du stylite. En mémoire de cette guérison il fait placer sur la colonne une inscription dont le texte nous est parvenu. L'empereur Léon lui-même fit demander au saint des prières à l’effet d'obtenir un héritier. La prière fut exaucée, et en témoignage de gratitude, l’empereur fit jeter les bases d’une nouvelle colunne.

Les hérétiques essayèrent de tendre un piège au stylite en lui envoyant une femme de mauvaises mœurs. Le démon s’empara d'elle et elle fut délivrée par Daniel lui-même.

Ici se place l'épisode de l’ordination sacerdotale de Daniel. L'empereur fit exprimer à l'archevêque son désir de voir le saint homme élevé à la prêtrise. Gennadius se fit prier ; mais il finit par se rendre, et partit pour la colonne, accompagné de quelques clercs. Feignant de n'être venu que pour rendre visite à Daniel, il lui demanda de faire approcher l'échelle.

Mais le stylite avait des soupçons sur le dessein de l’archevêque,

et ne donna aucun ordre. Le temps passait, et la chaleur devenait accablante. Alors l'archevêque procéda à l’ordination à distance, « par la prière, » dit le biographe, et il dit au saint : « Bénissez-nous, seigneur prêtre, car vous êtes prêtre maintenant par la grâce du Christ ; pendant que je disais les prières, du haut du ciel Dieu vous a imposé la main. » L’archevéque lui dit alors : « Faites placer l’échelle ; ce que vous voulez éviter s’est réalisé. » L’échelle fut apportée, l'archevêque et le nouveau prêtre se donnèrent la communion l’un à l’autre. Bientôt on vit arriver l’empereur en personne ; il trouva la double colonne, dont il avait ordonné la construction, terminée, donna une gratification aux ouvriers, puis monta jusqu’au stylite, qu’il invita à passer sur la nouvelle colonne. On y appuya une seconde échelle, et des planches furent placées d'un

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