‹ Les saints stylitesChapitre 25 sur 161 · LA VIE DES. DANIEL LE STYLITE LI · texte numérisé non relu

LA VIE DES. DANIEL LE STYLITE LI

pour trouver un peu de repos ou pour déposer un livre. Il ne prenait qu'une fois par jour une légère réfection. Ce rude pénitent édifiait beaucoup ses visiteurs, parmi lesquels on compte l’empereur Léon. Un jour il parut plus absorbé dans la prière que de coutume. Cet état d’immobilité se prolongeant de façon inusitée, on s’approcha : il était mort. La cérémonie funèbre se fit devant la colonne, et Daniel ordonna de déposer le corps de Titus dans le tombeau des prêtres. Un de ses compagnons, à qui Daniel donna le nom d’Anatolius, mena quelque temps le même genre de vie, au même endroit. Plus tard il fonda un petit monastère, qui existait encore lorsque le biographe écrivait la Vie de S. Daniel.

Lorsque l’empereur Léon, qui avait donné sa fille Ariadne en mariage à Zénon, envoya ce dernier en Thrace, il vint en avertir Daniel, et le recommander à ses prières. Le saint prédit ce qui attendait Zénon ; et quand celui-ci devint empereur, Daniel lui fit connaître d’avance le sort qui lui était réservé.

Bientôt se produisit l’usurpation de Basilisque, le protecteur des monophysites. L’archevêque Acace se trouvant menacé, les moines se réunirent dans la grande église pour le couvrir de leur protection. Ordre fut donné de revêtir les églises des ornements de deuil, et du haut de l’ambon, l’archevéque exhorta le peuple à défendre la foi. De concert avec les archimandrites, il décida de faire connaître à Daniel la gravité de la situation. En même temps Basilisque cherchait à mettre le stylite de son côté. La réponse du solitaire fut telle que le messager n’osa se charger de la transmettre, et pria le saint de la donner par écrit, à quoi il consentit. Cette attitude énergique provoqua l’enthousiasme du peuple. À la prière de l'archevêque, les archimandrites se rendirent auprès du stylite et le supplièrent de descendre de sa colonne pour venir au secours de l’église en détresse. Daniel leur répondit d’abord d’avoir confiance dans les promesses du Sauveur. La nuit, il entendit une voix qui lui ordonnait de descendre. Il obéit, malgré ses souffrances, et, avant le jour, il entrait à l’église.

Le bruit de son arrivée se répandit aussitôt, et la foule accourut de toutes parts. Le saint parla au peuple par l’intermédiaire’ du diacre Théoctiste. Aussitôt les signes de deuil furent enlevés. Il écrivit à Basilisque une seconde lettre, très

énergique, qui fit sur l’usurpateur une impression telle, qu’il se retira au palais de l’Hebdomon. ‘ À cette nouvelle, Daniel confia aux moines le soin de garder l’archevêque, et partit avec la foule précédé des « crucifères ». Ses pieds lui refusant leur service, il fallut le porter ; en route il guérit un iépreux et d’autres malades. Au palais, le cortège fut arrêté par les gardes, et l'entrée interdite au saint. Alors il invita le peuple à secouer, selon la parole évangélique, la poussière de ses pieds, et donna l’exemple en secouant son vêtement. La plupart des gardes désertèrent leur poste et le suivirent.

Deux officiers de Basilisque vinrent lui dire de sa part de revenir sur ses pas. Il refusa énergiquement, et tandis qu’on rapportait sa réponse à l’empereur, la tour du palais s’écroula.

A l'entrée de la ville Daniel engagea tout le monde à rentrer chez soi. Mais le peuple ne voulut pas se séparer de lui. En passant près de l’église des Studites, il y entra pour prier. Les moines eurent un instant l’idée de le soustraire à la foule en le faisant passer par le jardin jusqu’à la mer, et de le conduire plus loin en barque. Mais le peuple menaça de mettre le feu à l’église et il ne fut pas donné suite au projet. Le patrice Dagalaïphus vit passer le stylite devant sa maison. Pour le protéger des indiscrétions de la foule, il le fit mettre dans sa litière, et c’est ainsi que Daniel arriva à la grande église, où il fut reçu avec joie. Une femme de distinction, Iraïs, alla le trouver dans la sacristie dans l'espoir d'obtenir par ses prières que Dieu lui accordât un fils. Elle vit l’état lamentable où étaient réduits son pied et sa jambe, et obtint, non sans peine, que le saint voulût enrouler une petite corde autour de son pied et la lui donner. Daniel lui promit en même temps que son désir serait exaucé. Et il en fut ainsi.

Cependant Basilisque, ému de la chute de la tour du palais, avait quitté 1 Ichbdomon. Il envoya prier le saint de descendre chez lui. Daniel n’accepta point l'invitation et l'invita luimême à venir à l’église se justifier devant la croix et l'évangile qu'il avait insultés. L'empereur s’y rendit, en cérémonie. Il fui reçu par l'archevêque, et après avoir prié, il alla avec lui se jeter aux pieds du saint. Celui-ci leur parla de la nécessité de s'entendre entre eux. L'empereur essayait de s'expliquer, pendant que le peuple remplissait l’église de ses cris. Daniel engugea l’empereur à adresser au peuple un message pour sa

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