LA VIE DE S. DANIEL LE STYLITE LV
ὅσιος ἀπέλυσεν ἡμᾶς (89, 30) ; — ἡμεῖς πάντες ... µετειλήφαμεν τῶν ἁγίων μυστηρίων (90, 21). Il n’y α pas lieu de contester non plus, semble-t-il, qu'il ait été le premier à écrire la Vie de son maître (13, 25). Rien n’indique qu’il ait eu recours à des documents écrits, et l’allure vive et naturelle de la narration confirme indirectement ses dires. Ἡ a lu deux inscripptions qu'il cite (34, 13 ; 58, 25), mais n’a point compulsé de mémoires.
En tant qu’elle est mêlée à l’histoire du temps, la Vie de Daniel résiste parfaitement au contrôle. La succession des patriarches, la série des empereurs et des impératrices qui défilent dans le récit sont absolument correctes, et les événements auxquels le saint est mélé ou auxquels il est fait allusion sont confirmés par les chroniqueurs, ou ne sont point en contradiction avec ce que les sources nous apprennent. Les personnages assez divers qu'on voit paraître sur la scène ont pour la plupart joué un rôle dans la vie publique. Cyrus, consul en 441, Dagalaïphus, consul en 461, Ardaburius, chef de l’armée d'Orient, Goubazios, roi des Lazes, Genséric, roi des Vandales, ne sont pas des inconnus, et sur chacun d'eux notre hagiographe fournit des données qui complètent leur biographie. Il y a aussi un certain nombre de noms moins célèbres qui apparaissent ici pour la première fois. 15 viennent opportunément enrichir nos connaissances, et nous font pénétrer plus avant dans l’histoire de l’époque ; car décidément notre anonyme est un auteur bien renseigné. Il convient toutefois de ne pas oublier qu'il est hagiographe, qu'il vise nécessairement à mettre en relief son héros, et à faire valoir ses mérites. On est tenté de le soupçonner d’exagération lorsqu'il insiste, comme ..il le fait, sur le crédit de Daniel auprès des empereurs, surtout auprès de Léon I, dont l’admiration pour le stylite touchait à la superstition, et qui n’hésitait pas à le mettre au courant des affaires de l'État. Nous aurions plus de peine à comprendre l’ascendant pris par un solitaire sur les chefs de l’État, sans les exemples récents qui sont dans la mémoire de tous.
distraction que nous ne l’avons pas placée dans le texte. Le biographe indique assez clairement qu’il est plus jeune que Daniel et ne l’a pas connu à 565 débuts.
Un des épisodes les plus remarquables de la vie de Daniel est sans contredit celui de l’ordination sacerdotale conférée à distance et contre le gré du candidat 1. Il ne se trouverait pas aisément de nos jours un théologien pour déclarer valide le sacrement conféré dans de pareilles conditions. L’antiquité avait à cet égard des principes moins rigoureux. Théodoret raconte, sans sourciller, comment Flavien, évêque d’Antioche a ordonné prêtre le solitaire Macédonius, à l’insu de ce dernier, qui faillit traduire son indignation par des voies de fait et menaça l’évêque de son bâton?. Qu’on se rappelle l’ordination de Paulinien, frère de S. Jérôme 3, la consécration épiscopale imposée de force à Bassien, qui devint plus tard évêque d’Éphèse 4, le procédé de Natalis, évêque de Salone, à l’égard de l’archidiacre Honorat ὅ, et l’on n’aura aucune peine à accepter le récit du biographe de Daniel 6, Quant à la difficulté d'accorder avec d’autres renseignements ? le récit de la translation des reliques de S. Syméon Stylite à Constantinople 8, elle n’est pas insurmontable. Il n’est pas nécessaire d’admettre, dans un pays où la division des corps saints n’était pas regardée comme un sacrilège, que l’on n’a pu enrichir la capitale sans dépouiller complètement Antioche.
La chronologie de la Vie de Daniel telle qu’elle est exposée dans un des derniers chapitres ὃ se tient bien. Le saint atteignit l’âge de 84 ans et trois mois ; jusqu’à sa douzième année il vécut avec les siens. Les vingt-cinq années suivantes, il les passa dans le cloître, puis il mit cinq ans à visiter les moines les plus réputés de l’époque, Il avait quarante-deux ans 109 lors-
1 Vita S. Danielis, cc. 42, 48.
3 Hist. religiosa, ο. 13, t. c., p. 1207-1208.
ὃν. Hieronymi epistulae, Lt, ILBERG, t. 1, p. 397.
Son histoire est longuement racontée dans la XIe session du Concile de Chalcédoine.
ὁ Gregorii 1 Registrum, II, 20, EwaALp, p. 117. Cf. II, 21, ibid., p.118.
$ Au cours du VIe siècle nous voyons des doutes s’élever sur la licéité et probablement aussi sur la validité des ordinations à distance. Cf. la lettre des évêques jacobites dont M. F. Ναι a publié la traduction dans la Revue de l'Orient chrétien, t. XIV (1909), p. 11 Voir plus loin, ch. VIII.
? Vie syr. de 5. Syméon, 136. CI. Évagrivs, Hist. eccl., 1, 13.
8 Vita S. Danielis, ©. 58.
8 Vila S. Danielis, ο. 101.
19 Dans Anal. Bolland., t. XXXII, p. 227, nous avons écrit quadragesimo aelalis anno. Le mot secundo a été oublié.