LA VIE DE S. SYMÉON STYLITE LE JEUNE LXV
nommé Pila, où il vécut parmi les animaux. Un peu plus loin se trouvait un petit monastère, et un stylite nommé Jean. Eelui-ci avait été surnaturellement averti de l’arrivée. de Syméon. L’enfant fut reçu au monastère, et s’y fit remarquer aussitôt par ses progrès en sagesse et en austérité. Il arrivait déjà à ne prendre de nourriture qu'après trois jours, parfois même après sept jours. Α sa demande, une colonne fut dressée près de celle de Jean. Lorsqu'il y monta, Syméon avait sept ans ; il y perdit ses premières dents.
Dès lors commencent pour lui les assauts du démon: il leur résiste courageusement, et durant une violente tem. pête qui se déchaîne la nuit, il demeure intrépide sur sa colonne. Déjà alors, il jouissait du pouvoir de guérir les malades et de délivrer les possédés ; il adresse aux moines des exhortations spirituelles. Le peuple accourt, et parmi les visiteurs on signale l’évêque d’Antioche Éphrem. Syméon s’entoure les reins d’une corde grossière, qui l’étreint jusqu’à entrer dans les chairs et mettre ses jours en danger. Son maître lui ordonne de la desserrer peu à peu. Il trace aux moines qui viennent l'écouter une sorte de règle de vie. La sagesse lui vient d’enhaut, et un des moines voit une colombe descendre auprès de l'enfant.
Il lui arrive souvent de donner, pendant l'hiver, à un mendiant l'unique vêtement qui le couvre. Son maître finit par lui dire : « Il ne te reste qu’à prendre une épée et te tuer. » Cela ne l'empêche pas d'inventer de nouvelles tortures. Pendant toute une année il demeura accroupi. D’horribles plaies se formèrent ; il en fut miraculeusement guéri.
C’est alors qu’il se fit dresser une colonne de quarante pieds. Il y monta solennellement, en présence des évêques d’Antioche et de Séleucie, qui lui conférèrent préalablement le diaconat. Il prédit à son maître sa mort prochaine. Enveloppé d’une sorte de tente qui ne laisse pas même passer la lumière, il prolonge sa prière jusqu’à la neuvième heure ; il prie encore la nuit entière, se tenant suspendu par la main gauche, et se frappant vigoureusement la poitrine de la main droite. Il lui arrive de se priver de sommeil durant trente Jours, et comme il demande à Dieu d’être entièrement délivré de ce besoin, il entend une voix lui dire τς I faut que vous dormiez un peu. »
Les visions et les miracles se succèdent ; un, mort est res-
suscité. La foule des malades et des possédés qui viennent implorer leur délivrance augménte à tel point que le saint est obligé de se faire aider par des disciples ; il leur donne des baguettes bénites, au moyen desquelles ils opèrent les guérisons en son nom. En reconnaissance, on lui apporte des cierges ; mais il les refuse énergiquement, malgré ses disciples. Les malheurs d’Antioche qu’il a prédits s’accomplissent, et Chosroes (540) dévaste le pays. Le monastère est épargné grâce -aux prières du saint. ..
L’affluence des pèlerins πο cessant de croître, il prend la résolution de se retirer sur une montagne Voisine peu accessible. Une vision lui apprend que cette montagne s’appellera désormais le Mont Admirable. Il avait vingt ans.
Dans la nouvelle solitude, dont les malheureux apprirent bientôt à connaître le chemin, il dut d’abord se tenir sur un rocher. Α un pauvre qui lui demande l’aumône, il donne le seul bien qu’il possède, son vêtement. On était au mois de novembre. Il resta presque nu, exposé à toutes les intempéries, jusqu’au mois de juin suivant. Il continua à guérir les malades et à venir en aide au prochain de mille manières. Son esprit prophétique se manifeste en plusieurs circonstances. C’est ainsi qu'il prédit la mort de l'archevêque Éphrem (545), qui fut remplacé par Domninos. De même le tremblement de terre d’Antioche de 557, et un autre tremblement de terre qui se fit sentir à Constantinople, à Nicomédie, à Rhégium et à Nicée 1. |
Ἡ n’y avait sur la montagne d’autre habitation qu’une hutte pour les disciples. Une révélation fit connaître à Syméon que Dieu voulait qu’on y bâtit un monastère, dont un ange traça le plan. Des Isauriens guéris par le stylite témoignèrent leur gratitude en travaillant à la construction. On lui bâtit en même temps une colonne ; quand elle fut terminée, le Christ lui-même vint la bénir, et le saint voulut que les frères οὐ]όbrassent à l’avenir l'anniversaire de ce jour. Le lendemain, il fut conduit en procession à sa nouvelle demeure. Il avait passé dix ans sur le rocher ; sur cette colonne il n’habitera pas moins de quarante-cinq ans.
La peste s’abattit sur Antioche et les environs. Plusieurs
1 Sur cetle date voir S. PÉTRIDÈS, Saint Syméon le nouveau stylite mélode, dans Échos d'Orient, t. Ν (1902), p. 270-74,