LA VIE ΡΕ 5. SYMÉON STYLITE LE JEUNE LXIX
illimité sur les démons et sur les maladies ;. la mort même ne résiste pas à ses prières. On est tenté de se demander si ce stylite de sept ans qui a la science infuse, et prononce de longs discours, qui compose des tropaires, ne donne au sommeil qu’un temps insignifiant, finit par s'abstenir de nourriture et accomplit tous les types de miracles qui se rencontrent dans la Vie des saints n'est pas le produit d’une imagination surexcitée. La Vie de Syméon du Mont A dmirable serait-elle un roman de: fantaisie ?
Il est aisé de remarquer que le cadre historique du récit est
‘excellent. Tous les éléments que nous pouvons contrôler sont de bonne qualité. La chronologie ne donne prise à aucune objection ; les personnages importants : empereurs, évêques, officiers ou dignitaires sont de l’époque ! ; la topographie est précise ; le monastère qui s’est formé autour &e la colonne a longtemps subsisté, et le culte du patron s’est répandu bien au delà des frontières du pays. Le moindre doute sur l’existence du stylite, sur sa réputation de thaumaturge et de thaumaturge précoce est exclu par le témoignage d'un contemporain qui l’a connu et a été en relation avec lui : c’est Évagrius. L'historien atteste ? qu'il jouissait d’un renom de sainteté incomparable. La tradition qui le fait monter sur la colonne avänt d’avoir perdu ses dents de lait lui est connue ; il rapporte de ses débuts une version que le biographe a ignorée ou qu'il n’a pas connue avec la même précision. Il sait le nombre d'années qu'a duré sa carrière de stylite ; il vante sa puissance sur les démons, son pouvoir sur toutes les maladies, son esprit prophétique ; lui-même en a éprouvé les effets, et a reçu de lui une lettre où le stylite se montre au courant de ses secrètes pensées. ς
Ses grandes actions, dit-il en terminant, sont dans toutes les bouches. Car on courait à lui de partout. Non seulement
1 À ceux que nous ayons eu l’occasion de citer, ajoutons Longin, qui est nominé en passant au chapitre 168 : ris mAdev * ἀπὸ Καισαρείας τῆς πόλεως τῆς τῶν Καππαδοκῶν ywoas, Λογγίνου τοῦ γενοµένου πατοικίου συγγενής. Ce personnage est connu par plusieurs textes, ét notamment par une inscription de 550, et une autre où il est qualifié. de ‘ro ἀποεπάρχου καὶ πατρικίου καὶ στοατηλάτου. M. von ΟΡ- ΡΕΝΗΕΙΝ et H. Lucas, dans Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, p. 55el FA) :
2 Hist. eccl., 1. VI, ο. 23. Aussi Ἱ. V, ο. 22.
ο Pt et ας.
‘les Romains, mais les barbares venaient lui présenter leurs FEQUÊTES, et s’en retournaient exaucés. Et il ajoute ce détail : ᾧ ἀντὶ παντὸς βρωτοῦ καὶ ποτοῦ 5 κλάδοι τινὲς ἐτύγχανον ἐκ θάµνου τῷ ὄρει φυοµένης.
Ce trait en apparence insignifiant peut jeter quelque jour sur l’état d'esprit du biographe qui nous fait comprendre que son héros se passait de toute nourriture. Il prétend tenir le secret de cette abstinence de la bouche même du saint à ses derniers moments. Ceci est possible. Affaibli par la maladie, sujet aux hallucinations, toute son histoire le montre, Syméon a pu tenir alors des propos que ses disciples ont recueillis avidement, et qu'ils se seraient bien gardés de révoquer en doute. -Sommes-nous bien certains, d’ailleurs, que ces paroles ont été fidèlement rapportées, et n’ont-elles subi sous la plume de l’anohyme aucune déformation ? L'écrivain a du moins oublié en ce moment que, malgré sa rigueur care le jeûne de Syméon n'était pas absolu.
Nous n’aboutirions à aucun résultat en essayant de discuter tous les épisodes extraordinaires de la Vie de Syméon, pour faire le départ entre la réalité et l’exagération. Nier simplement tous les faits de guérison et de clairvoyance que le biographe relate avec précision, et qu’il regarde comme surnaturels, serait un procédé commode, mais qui ne tiendrait ‘aucun compte de la réputation incontestable dont jouissait le stylite. Si, contrairement à ce qu’on nous affirme, les foules qui venaient solliciter au pied de la colonne aide et secours, retournaient chez elles déçues, ou n’emportaient que de bonnes paroles, on se demande comment le renom de: thaumaturge a pu, je ne dirai pas, s’établir, mais persévérer jusqu'à la fin d'une carrière exceptionnellement longue. D’autre part réduire à sa juste valeur chacun des faits rapportés par un panégyriste à outrance dépourvu à un degré peu commun d’esprit critique, c’est ce que nous ne saurions tenter. La Vie de Syméon du Mont Admirable nous apparaît comme un vaste tableau où sont réunis tous les traits dont l’ imagination populaire s'était plu pendant de longues années à orner le portrait d’un héros, objet d’une admiration sans bornes, regardé comme le prodige de son siècle et qui ne pouvait être surpassé par aucun de ses émules. Il doit y avoir dans l’énorme compilation bien des pièces rapportées que nous n’avons pas le