LA VIE DES. ALYPIUS LE STYLITE £ LXXAI
Néophyte le Reclus, fondateur du monastère τῆς ᾿Εγκλείστρᾶς dans l’île de Chypre 1 est l’auteur de ]ἐγκώμιον de | ». Alypius, que nous publions d’après l’exemplaire unique,
et peut-être autographe, le manuscrit grec 1189 de la bibliothèque Nationale de Paris 3. Comparé à la source, qui est la Vie ancienne, ou un dérivé de cette pièce qui serait un βίος ἓν συντόµῳ, ce panégyrique a les allures d’une Vie abrégée, non sans quelque recherche de style. Pas plus que Métaphraste Néophyte ne nous apprend rien de nouveau sur Alypius, et ce qu'il rapporte n’est pas entièrement exempt d'erreur ; ainsi il fait de Marie, la tante d’Alypius et non sa sœur (c. 8). Ses supputations ne sont qu'approximatives, et s’écartent légèrement des chiffres du premier biographe, Il fait mourir Alypius centenaire ; le stylite aurait passé sur la colonne 60 ans, dont 13 couché sur le côté. L’avant-dernier chapitre donne la raison de la dévotion spéciale de Néophyte pour Alypius. Le jour de la fête du saint était l’anniversaire de la mort de la mère du reclus, et le panégyrique est prononcé ce jour-là. Mais la célébration de la fête semble avoir été remise. En effet, Néophyte prie ses moines de faire la mémoire de sa mère et conjointement celle de son père le samedi suivant : ἓν ἡμέρᾳ σαββάτου κατὰ τὴν ἑβδομάδα ταύτην τῆς µνήµης τοῦ ἁγίου πατρὸς ἡμῶν ᾽ Αλυπίου 3.
La notice d’Alypius dans les synaxaires au 26 novembre est encore empruntée à la Vie ancienne. L'époque indiquée est le règne d’Héraclius. La vie du saint se prolonge jusque 120 ans, d’après quelques manuscrits jusque 108 seulement ; ces chiffres représentent un même groupe p7 ou px. Le nombre d'années que le saint reste couché sur le côté est, comme chez Néophyte, de 13.
Un manuscrit du synaxaire de Constantinople nous apprend qu’il y avait dans la capitale un monastère de S. Alypius, et qu’il se trouvait aux environs de l'Hippodrome #.
À la même date du 26 novembre les synaxaires rappellent la mémoire τοῦ ὁσίου Στυλιανοῦ τοῦ Παφλαγόνος 5, et on a com-
1 Anal. Bolland., t. XXVI, p. 274-79.
3 Catal. graec. Paris., p. 86.
3 Laudatio 5. Alypii, ο. 12.
4 Synax. Eccl. CP., Ρ. 258.
Synaz: Eccl. 6Ρ., p. 251.
posé en son honneur des acolouthies qui attestent la popula-
rité du thaumaturgeï. La notice historique nous apprend qu’il était originaire: de Paphlagonie, qu'il prit l’habit monastique, qu’il pratiqua toutes les vertus, que ses reliques sont
honorées dans son pays et que les femmes stériles l’invoquent .
non sans éprouver les effets de son intercession. Le nom, la patrie, la profession religieuse, la date de la fête rappellent de trop près le stylite d'Hadrianopolis en Paphlagonie pour ne pas faire naître quelque soupçon sur l'identité de Stylianos.
” Serait-il autre chose qu'un dédoublement d’Alypius ? I ya
bien peu de chance qu'il en soit autrement. Les rédacteurs du -martyrologe Romain n’ont certainement pas examiné la question de fort près. Sans mentionner Alypius, ils écrivent :
Hadrianopoli in Paphlagonia sancti Styliani anachoretae, mi-
raculis clari. C’est à n’en pas douter la combinaison de deux notices, celle d’Alypius et celle de Stylianos.
Sans nous occuper donc des textes dérivés, voyons ce que nous apprend sur le stylite Alypius son ancien biographe. ο Alypius naquit à Hadrianople de Paphlagonie. Il fut annoncé à sa mère dès avant sa naissance, SOUS la forme d’un agneau portant sur ses cornes deux cierges allumés. Après l'avoir mis au monde, elle eut une autre vision. Elle vit la ville entière qui venait à son enfant en procession, au chant des hymnes. L'enfant avait trois ans, lorsqu'il perdit son père. La mère le conduisit à l’église et le remit aux mains de l'évêque Théodore. Celui-ci le fit étudier et l’instruisit dans les saintes lettres. A la mort de l’évêque, son successeur, qui s’appelait également Théodore, continua à s'occuper du jeune Alypius. Celui-ci se montra digne de l'intérêt qu'on lui témoignait ; il croissait en sagesse et en crainte de Dieu. Unanimement désigné pour les fonctions d’économe de l'église, il en fut investi par l’évêque, qui, en même temps, l'ordonna diacre. Il s’acquitta dans la perfection de ce double office. Docile aux inspirations de la grâce, il commença par distribuer tous ses biens aux pauvres, et confia à sa mère son dessein de partir pour l'Orient et d’embrasser la vie monastique. 1 ne reçut d’elle que des encouragements, et se mit
2 C. DouKkAKIS, Μέγας Συναξαριστής, nOV., p. 573-75. Outre cette édition il en existe plusieurs autres plus anciennes.