LA VIE DES. LUC LE STYLITE XCIIT
231, 9 : περὶ τούτων. V: περὶ τούτου. La correction n’est pas indispensable.
231, 17: καὶ γὰρ αὔριον <6 κύριος» ὑμῶν ἁμφοτέρων ἕκάστῳ προμηθούμενος. C’est un minimum de retouches au texte qui dit : αὔριον ἡμᾶς ἀμφοτέρον. V : αὔριον ὑμᾶς ἀμφότεϱον < éleñoer ὁ Κύριος, τὸ συμφέρον > ἑκάστῳ προμηθούµενος. Nous emprunterions utilement à V le mot ἐλεήσει: <6 χύριος ἐλεήσει;».
231,32 : τὴν τοῦ δίψους ἑκάστου φλεγµονήν. Ν : ἕκαστον, leçon que nous adoptons d’autant plus volontiers qu'elle est celle du manuscrit.
234, 21 : ἐκδημίας πρὸς Κύριον. Nous avons eu tort de corriger ici le manuscrit qui porte ἐνδημίας, allusion à II Cor. ο 26:
235, 17 : καὶ τῇ σφοδροτάτῃ συρροίᾳ τῶν ἐπὶτοῦ τόπου ῥευµάτων». V : καὶ τῇ σφοδρότητι, συρροίᾳ τῶν ἐπὶ τοῦ τόπου δευµάτων. Bien que σφοδρότητι soit la leçon du manuscrit, je la crois défectueuse, et suggérée peut-être par la même forme qu'on rencontre trois lignes plus bas.
235, 36 : πατελάβοµεν τὸ πανσέβαστον crvœua. V : κατέλα- Boy, avec le manuscrit, malgré l’irrégularité grammaticale. Le sens n’en est pas altéré.
256, 7 : ἡμέτερον ἑαυτῶν πόθον. V : ἡμέτερον αὐτῶν πόθον. Le manuscrit porte ἑαυτῶ.
On a prétendu que la Vie de S. Luc est un discours d’apparat, prononcé devant un auditoire de personnes pieuses 1. N'y distingue-t-on pas l’exorde, la péroraison, la doxologie obligée, et les procédés des panégyristes ne s’y retrouvent-ils pas partout ? L'influence des rhéteurs est indiscutable, il serait aisé de signaler l'application de plusieurs de leurs recettes telles que |)αὔξήσις sur la difficulté du sujet (c. 1), l'éloge de la patrie, des parents (ο. 5), la σύγκρισις (ο. 8), et les principaux τόποι d'usage. Mais on sait que la Vie classique se rapproche beaucoup de l’allure de l’éyxœuov, sans qu’elle soit pour cela destinée à être prononcée à la manière d’un discours. La mention τοῦ παρόντος λόγου (195, 30) ne fournit aucun argument à la thèse, le mot λόγος servant à désigner toutes
1 VANDERSTUYF, ἴ.ο., p. 192.
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sortes d'ouvrages. Ce qui fait croire spécialement que celui-ci n’a pas été conçu comme un morceau d’éloquence, c’est non seulement l'introduction, de longueur inusitée et renforcée par une dissertation sur les grands stylites, mais aussi l’insistance de l’auteur à parler de διήγησις (196, 2 ; 199, 15, 26), διήγηµα (196, 9) pour caractériser son œuvre, l'expression τῶν προγεγραμµμένω» qui désigne le contexte (201, 15), et plus encore le naturel et la précision des épisodes, qui n'ont rien du vague et du convenu de la narration oratoire. |
Ce qu’on ne comprendrait pas de la part d’un orateur, parlant, comme on doit le supposer, à Con stantinople, ce sont les formules dont il se sert pour désigner la ville impériale, ses environs ou des établissements que l’auditoire devait connaître. Ainsi : ἀνήρ τις τῆς µεγαλοπόλεως καὶ βασιλίδος οἰκήτωρ (225,21), on s’attendrait qu'il dît plutôt τῆς µεγαλοπόλεως τῆσδε καὶ βασιλίδος. Ailleurs : ἐκ τῆς γείτονος ... πόλεως Χαλκηδόνος καλουμένης ὁρμώμενος (226, 12). C’est comme si on disait à des '- Parisiens : «originaire de la ville qui s’appelle Versailles ». Encore : ἐν τοῖς µέρεσι τοῦ xañovuérov «Στενοῦ (230, 14): — πλησίον τῆς καλουµένης Πύλης «Χαλκῆς (229, 33) ; — τὸ τῶν Εὐβούλου νοσοκομεῖον ὀνομαξόμενον (218, 19). Et surtout : ἀπὸ τῆς καλουµένης ᾿ Ακροπόλεως πρὸς τὴν Εὐτοοπίου λεγομένην µονήν (235, 12). Celui qui écrit cela a en vue un public plus étendu qu’un auditoire de la capitale, et dont une bonne partie peut ignorer les choses les plus familières aux habitants de Constantinople.
Que l’auteur cite fréquemment l'Écriture, qu'il ait l’air parfois d’interpeller un auditoire, ce n’est pas une difficulté. Un grand nombre de biographies de saints, qui n’ont jamais passé pour des panégyriques proprement dits, sont remplies de citations ou d’allusions bibliques, et sont interrompues par des exhortations appropriées. Il ne faut- pas oublier que ces Vies étaient composées avant tout pour la lecture publique soit à l'office soit au moins durant le repas des moines ou à la collation, et le jour de la fête du saint on en lisait au moins une partie. ss A |
Nous avons assez insisté sur la catégorie dans laquelle doit être rangée la Vie de S. Luc. Il importe beaucoup plus de la . juger au point de vue de sa valeur historique. Celle-ci est
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considérable. D'abord, la biographie a été écrite peu de temps après la mort du saint, par un de ses familiers. L'auteur anonÿme a souvent l’occasion de faire valoir sa qualité de témoin direct. Après avoir raconté un épisode merveilleux de la vie du stylite, il s’interrompt pour dire sa source : c’est le saint lui-même. Pendant vingt-sept ans, l'écrivain eut le bonheur d'avoir Luc pour père spirituel, et fut fréquemment admis à l’approcher 1. Plus que d’autres, il éprouva leseffets de sa bienveillance ?, Ἡ n’était point présent lorsque le saint mourut, mais il fut prévenu aussitôt et accourut en hâte#. Sans doute, il n’a pas tout vu de ses yeux. Mais des témoins, beaucoup de ceux qui ont été l’objet de ses bienfaits, vivent encore 4. Ainsi un certain Euthymius, qui va racontant partout ce qu’il doit au saint ὅ et le médecin Étienne, qui confirme par serment tout ce qu'il avance 8, |
. La netteté des détails par lesquels se distingue la narration dénote d’ailleurs le témoin parfaitement informé. A propos de la guérison d’un nommé Florus, il est en mesure de dire à quelle famille cet homme appartient et quel est son rang. Il est κανδιδάτος, et de la famille des Σαρανταπήχεις 7. Un certaîn Cyrus nous est présenté comme revêtu de la dignité de com te, attaché au service de la poste eten cette qualité inspecteur de la route impériale de Chalcédoine 8. Luc vient en aide à la femme de 1’ ἰλλούστριος Jean, surnommé ”1o68n°. Notre auteur sait qu'une des clientes du stylite, Anne, habite près de la porte d’Airain, πλησίον τῆς καλουµένης Πύλης Χαλκῆς ; que Sergius, après avoir été à moitié assommé, a été transporté à l'hôpital d'Euboulos 1° et ainsi de suite.
L’évêque de Chalcédoine, Michel, ne nous était pas connu 11, Mais il ne faut pas hésiter à l’introduire dans la liste épiscopale de cette ville, et à noter ce détail de son histoire, qu’il donna de sa démission lorsque « le désordre se produisit-dans les églises, » probablement à l’occasion des mesures prises par Nicéphore Phocas 12, Plusieurs des personnages qui font leur
1 Vita δ. Lucae, c. 14. 2 Vita: S. Lucie, ο. 4. 8 Vita S. Lucae, ο. 40. 4 Vita 5. Lucae, ο. 15. 5 Vita S. Lucae, ο. 27. . 8 Vita S. Lucae, ο. 40. 7 Vita S. Lucae, c. 29. 8 Vita S. Lucae, c. 28. 9 Vita S. Lucae, ο. 34. 10 Vita S. Lucae, ο. 23:
nu Vita S. Lucae, c. 11. 12 Cf. VANDERSTUYF, t.c., p.217.
apparition dans le récit appartiennent à l’histoire, et servent à contrôler le biographe. Ainsi Constantin VII Porphyrogénète (915-959), auquel il donne le nom de τοῦ νέου καὶ τοῦ τελευταίου; le patriarche Théophylacte (956) ; l’impératrice Sophie, Basile Peteinos 1 dont les intrigues ont défrayé les chroniques contemporaines. |
De même qu’il connaît les hommes et les choses de l’époque, notre auteur est familiarisé avec la topographie de Constantinople et des environs. 1 nous mène à la Néa ἐκκλησία, à la chapelle de Saint-Nicolas ?, au monastère de Saint-Bassianus, à l’Acropole, à l'Hippodrome, au port d’Eutrope, sur la route impériale de Chalcédoine, et signale en passant la T ύχη τῆς πόλεως et la statue de bronze qu’on nomme le Περιχύτης 3.
Dans les épisodes qui, par le sujet, semblent relever des lieux communs de l’hagiographie, comme les récits de guérisons ou de faveurs spirituelles, notre auteur est si varié, Si naturel, si éloigné de la banalité ordinaire, qu’on ne peut concevoir le moindre doute sur le caractère original de son œuvre. Certes, il avait de la lecture, et dès les premières lignes (195,5),
il rappelle le Συµεώνην τὸν πάνυ τὸ µέγα θαῦμα τῆς οἰκουμένης
de Théodoret. Outre la Vie de Syméon l'Ancien, il a lu celles de
Daniel, de Syméon le Jeune, d’Alypius, de S. Nicolas # ; mais
il ne cède pas à la tentation de leur emprunter quelque trait pour en faire honneur à son héros.
Les indices chronologiques ne manquent pas dans la Vie de S Luc. Voici les principaux.
1) A dix-huit ans Luc est enrôlé dans l’armée et prend part à une expédition malheureuse contre les Bulgares 5.
2) I passe exactement quarante ans sur sa colonne d'Eutrope.
3) 11 guérit le patriarche Théophylacte (933-956), qui lui rend fréquemment visite 6.
4) 11 meurt le 11 décembre, un jeudi, ayant dépassé l’âge de cent ans.
Nous négligeons pour le moment les autres indications, qui
1 Vita S. Lucae, ct. 25, 21, 13, 22.
2 Vita S. Lucae, cc. 27, 25.
9 Vila S. Lucae, cc. 23, 25,
4 Vita 9, Lucae, cc. 3, 25.
5 Vita S. Lucae, c. 5.
9 Vila S. Lucae, ο. 21.