LA VIE DE 5, LUC LE STYLITE XCVII
peuvent servir à confirmer la chronologie et non à l’établir.
Pour le premier éditeur de la Vie, la déroute des Grecs, dans laquelle fut englobé le jeune soldat, serait la bataille d’Anchialos ou Acheloos, le 20 août 917. Il avait dix-huit ans. Sa naissance se placerait donc en 899, et sa mort, puisqu'il mourut centenaire, vers l’an 1000. Il faudrait ajouter que ce fut en 1001, puisque cette année-là le 11 décembre tomba un jeudi, et c’est en 955/56 qu’il s’en alla vers Chalcédoine, pour
vivre de la vie de stylite 1.
Ce système se heurte à plus d’une difficulté, D’abord, il oblige à dire, avec M. Vogt ? que l’allusion à la maladie de Théophylacte au ch. 21 se rapporte à la dernière maladie du patriarche. Mais le biographe affirme formellement le contraire : où τὴν τελευταίαν λέγω δὴ καὶ πρὸς θάνατον τελευτήσασαν ἀρρωστίαν, ἀλλὰ τὴν πρὸ χρόνων τινῶν ἐπισυμβᾶσαν αὐτῷ. Théophylacte mourut en février 956 ; sa dernière maladie dura deux ans : elle commença donc en 954. Nous pouvons bien évaluer à trois ans l’intervalle χοόνων τιῶν qui sépara les deux maladies, et c’est donc en 951 qu'il aurait eu recours au stylite. Or, d’après le système, celui-ci n’était pas encore arrivé à Chalcédoine.
Voici une autre objection. Déjà en 986 la colonne d’Eutrope n’était plus occupée par S. Luc, mais par un successeur, et cette année-là, le 25 octobre, elle fut renversée par un raz de marée. Les chroniqueurs enregistrent la catastrophe qui fit tant de victimes % et Léon Diacre met expressément au nombre de celles-ci le stylite : ὁπηνίκα καὶ ὁ ἐν τοῖς Εὐτροπίου στῦλος τῇ Bla τῶν κυμάτων κατηνέχθη, καὶ ὁ ἐν αὐτῷ µοναστὴς ἐναπεπνίγη τοῖς θαλασσίοις ῥοθίοις δεινῶς À.
Ce solitaire n’est pas 5. Luc, qui mourut paisiblement sur sa colonne 5. L’année de sa mort n’est donc pas 1001 ; elle est nécessairement antérieure à 986, et il faut recourir à une autre combinaison.
1 Ὑοατ, dans Anal. Bolland., t. ο., p. 52.
2 Ibid., p. 17. -
3 Leo Drac., Hist. X,10, HASsE, p. 109 ; CEDRENUS, Hist. Comp., BEKKER, t. II, p. 438; ΜΙΟΗΑΕΙ. GLycas, Annal., IV, BEKKER, p. 576.
“Leo Diac., t.c.,p. 109.
5 Vita S. Lucae, c. 38.
Avant 1001, les années où le 11 décembre tombait un jeudi sont les suivantes : 990, 984, 979, — inutile de remonter plus haut. La première est à rejeter, comme en dehors de la limite fixée par 986. Se décider pour la seconde, c’est donner 18 ans à S. Luc en 902, et mettre les Grecs en guerre avec la Bulgarie. Or il est établi qu'à ce moment les deux peuples jouissaient d’une trêve qui durait depuis quelques années, et ne fut point troublée jusqu’à la mort de l’empereur Léon, en 9113,
Reste 979. Luc est né en 879, et il a dix-huit ans en 897. C’est l’année même de la défaite des Grecs à Bulgarophygos ?, et il ne faut pas chercher ailleurs la bataille dont le biographe fait mention. Le 11 décembre 935 — un calcul très simple permet de fixer cette date — Luc monta sur la colonne du quartier d'Eutrope. |
A cette chronologie s’adaptent sans effort toutes les autres données, en tout premier lieu, comme il est aisé de le voir, la guérison et les visites du patriarche Théophylacte. En 903 Luc a vingt-quatre ans, et sera bientôt ordonné prêtre 5. Il retourne alors à l’armée à laquelle il reste attaché quelques années, après quoi il se retire chez ses parents 4. Les autres étapes de sa carrière se déterminent comme suit. Avant d’arriver à Chalcédoine, il se bâtit une colonne sur laquelle il demeure trois ans, fin 932 à décembre 935. Il y subit le terrible hiver où la neige resta gelée 120 jours 5. Les chroniques garantissent l’exactitude de ce détail, et font commencer à la fin de décembre 933 les quatre mois d'hiver dont notre auteur a gardé le souvenir. Auparavant Luc avait vécu dans une grotte deux ans et six mois 6, ce qui nous mène à peu près en juin 930. Il revenait alors de Lagaina, où il s'était caché deux ans *. Il y était donc arrivé vers le milieu de l’année 928, du mont Olympe, après trois années passées dans le monastère
1C. JiRECEK,. Geschichte der Bulgaren, Ῥ. 164.
2J, MARQUART, Osteuropaeische und Ostasiatische Streifzüge zur Geschichte des 9 und 10 Jahrhunderts (Leipzig, 1903), Ρ. 526.
3 Vita S. Lucae, c. 6.
4 Vita S. Lucae, c. 7.
5 Vita S. Lucae, c. 10.
6 Vita S. Lucae, c. 10.
7? Vita ὁ. Lucae, ο. 10.