‹ Les saints stylitesChapitre 57 sur 161 · SAINT LAZARE LE GALISIOTE CXI · texte numérisé non relu

SAINT LAZARE LE GALISIOTE CXI

τοῦ Σωτῆρος. Un jour il renversa sa cruche, et faillit mourir de soif. C’est alors qu’ilaccepta d’avoir un compagnon ; celuici habiterait la grotte.

Une femme d’Éphèse conçut le projet de prendre l’habit religieux et de se fixer au pied de la colonne. Le saint n’y consentit pas, prescrivit à cette dame une règle de vie et la renvoya. Mais elle revenait sans tesse, et ces visites réitérées donnèrent lieu à des commentaires malveillants. Un beau jour, à la suite d’un incident, Lazare ordonna à un de ses disciples, qui était architecte ou au moins maçon, d'établir une nouvelle colonne dans une partie plus élevée du ravin. Quand le nouvel habitacle fut prêt à le recevoir, il quitta, durant la nuit, à l'insu de tous, celui qu’il avait occupé durant douze ans, et demeura seul, dit son biographe, en compagnie des démons, qui ne cessaient, là comme ailleurs, de l’attaquer de toutes manières et même de l’accabler de pierres. Cette colonne fut dédiée à la Sainte Vierge : 6 τῆς Θεοτόκου στῦλος 1. C’est là qu’il entendit parler d’une stylitesse enfermée au sommet d’une colonne, et qui, par une ouverture, laissait pendre ses pieds au dehors. Il voulut l’imiter. Ses disciples et sa mère le supplièrent de renoncer à ce raffinement de mortification. Il ne se rendit que sur les représentations d’un moine étranger ?. .

Pour n'être pas privé de secours spirituels, Lazare fit construire, vis-à-vis de la colonne, une petite abside ou chapelle ouverte, où un prêtre appartenant au groupe du Sauveur ou un prêtre séculier venait célébrer les saints mystères. Plus tard s’éleva en ce lieu une église τῆς Θεοτόκου. À un moment qu'il est impossible de préciser, Lazare quitta cet endroit pour un autre, où il s'établit définitivement sur une colonne, qui devint, comme les précédentes, le centre d’un groupement monastique, et prit le nom de la Sainte-Résurrection. Ce fut le plus important des trois monastères fondés par Lazare. D’après la règle qui fut rédigée à la fin de sa vie, la Résurrection devait compter quarante religieux ; les couvents de la Vierge et du Sauveur étaient calculés chacun sur douze.

Lazare gouverna ses monastères du haut de sa colonne, et on le voit même tracer le plan des nouvelles constructions.

1 Vila S. Lazari, ο. 43.

3 Vita S. Lazari, ο. 59.

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ΙΤ n’est pas toujcurs aisé de déterminer autour de laquelle des trois colonnes se passe chacun des épisodes qui se succèdent sous la plume du biographe. En général, cela n’a guère d'importance pour l'intelligence du fait. Mais nous aimerions à nous représenter exactement la demeure du stylite, et la place qu’elle occupe dans l’ensemble des bâtiments qui surgirent autour d'elle. Ainsi, de certains passages on serait tenté de conclure que, lorsque les églises furent bâties, les colonnes furent englobées dans la construction. Quand Lazare a quitté la colonne τῆς Θεοτόκου pour celle de la Résurrection, un autre stylite se présente pour occuper la place restée vide, et elle est désignée comme suit : εἰς τὸν ἐν τῷ ναῷ τῆς Θεοτόκου στῦλον εἰσέρχεται 1. Dans une autre circonstance, pendant que les frères psalmodient à l’intérieur de l’église, τῶν ἀδελφῶν ἔνδον στιχολογούντων, on Voit un moine s’avancer ; du côté du chœur où se trouvait la colonne de Lazare : πρὸς τὸ µέρος τοῦ χοροδ ... ἐν ᾧ ὁ τοῦ πατρὸς στῦλος ἦν 3. Et une histoire assez plaisante met en scène le stylite prenant part à l'office et surveillant ceux de ses moines trop portés à céder au sommeil. Il avait établi qu’un coup de baguette réveillerait quiconque s’endormait durant la psalmodie. Le moine Nil, que son jeune âge exposait à subir plus souvent que les autres l'application du règlement, ressentait quelque amertume de ces corrections réitérées. Lazare le fit venir et lui dit: «S'il m'arrive de m’assoupir, donnez-moi, pour m'’éveiller, un coup avec ce roseau ». C’était une de ces longues tiges dont on se sert pour allumer les cierges. Le jeune religieux se réjouit naïvement à la pensée de rendre au père les coups que celui-ci lui avait fait donner, et perdant toute envie de dormir, il se mit à guetter le moment favorable. Dès qu’il vit Lazare baisser la tête, il courut saisir le roseau ; mais un voisin l’arrêta à temps. Dans ses vieux jours, Nil racontait ces incidents qui le remplissaient de confusion, et il bénissait la main qui l'avait empêché d’aller jusqu’au bout de sa folie %. Ἡ résulte du contexte que cela se passait à l’église, sans qu’il y ait moyen de préciser de laquelle il s’agit.

1 Vita S. Lazari, ο. 159.

3 Vila 5. Lazari, ο. 157.

3 Vita S. Lazari, c. 225.

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SAINT LAZARE LE GALISIOTE CXIIT

Mais d'autre part, le stylite nous apparaît toujours exposé à l’air libre : Τίς γὰρ ἐπὶ τοῦ στύλου τοῦτον ὁρῶν ἀσνεπῆ αἴθριον οἷά τινα γενναῖον ποτ» Ἀούμασι βιαίοις καὶ ὄμβροις καὶ φλογμῷ θέρους καὶ ψύχει χειμερίῳ καρτερῶς προσπαλαίοντα … où κατεπλάγη ἄν 1; À sa vue un berger se demande comment il peut soutenir la rigueur de la saison : Αρα ἀστέγου ὄντος τοῦ στύλου πῶς τὴν ἀνάγκην καὶ τὴν βίαν τοῦ κρυεροῦ τούτου χειμῶνος ὃ κῦρις «Ιάζαρος ὑποφέρει ? ; Et il lui vient un soupçon téméraire. C’est sans doute qué, quand il fait trop mauvais, les moines trouvent le moyen de jeter quelque chose sur l'ouverture — ἐπιρρίπτουσί τι ἐπάνω αὐτοῦ — pour protéger leur père. Et le moine Cirycus, qui a remplacé Lazare sur la colonne de la Vierge, — celle qui précisément est dite ἐν τῷ va®, — a la tête découverte comme la colonne elle même : τήν τε κεφαλὴν σὺν τῷ στύλῳ ἀσκεπῆ εἶχε Ailleurs on voit les moines et les étrangers qui ont visité le stylite quitter la colonne pour se rendre à l’église. Ainsi ce possédé qui, après avoir inutilement essayé de se faire ouvrir la fenêtre, descend précipitamment : κατῆλθε καὶ εἰσελθὼν ἓν τῇ ἐκκλησίᾳ στὰς ἓν τῷ νάρθηκι. Et à la mort de Lazare, on descend le corps par l'échelle et on le porte à l’intérieur de l’église 4

Il n’y a guère moyen de concilier tous ces textes qu’en se figurant la colonne adossée à l’église et communiquant, par une fenêtre, avec l’intérieur. Ce n’est pas là une simple hypothèse. Le moine Jonas est appelé auprès de Lazare. Il monte par l’échelle et entre dans l’étroite cellule qui surmontait la colonne : ἔνδον τοῦ στύλου. Iltrouve le saint sans mouvement, et le croyant mort, il ouvre la petite fenêtre et crie : « Mes frères, le père est mort 5.» Il y avait donc deux ouvertures, l’une à l'extérieur, l'autre donnant sur l’église, ou mieux, dans l’église, ce qui permettait de dire que la colonne était ἐν τῷ ναῷ. Le fait que nous venons de rapporter se passait dans les tout derniers jours de la vie de Lazare. Il s’agit donc ici de la colonne de la Résurrection, placée, par rapport à l’église, dans la même position que celle de la Vierge.

Vita S. Lazari, c. 111.

Vita S. Lazari, c. 235.

Vita S. Lazari, c. 160.

Vita S. Lazari, cc. 219, 252.

Vita S. Lazari, c. 249.

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Cette disposition donnait au stylite le moyen de suivre de près les exercices de ses moines, et il n’est pas étonnant que sa sollicitude se soit étendue aux détails du rituel. Mais ce n’était là que li partie la moins importante de ses préoccupations. Les séculiers, qui semblent n’avoir eu aucune peine à trouver le chemin de la colonne, les frères qui l’entouraient s’empressaient auprès de lui, et il distribuait à tous les avis et les conseils, selon les besoins de chacun. Le biographe Grégoire consacre de nombreux chapitres à ses réponses et à sa doctrine spirituelle, qui à elle seule mériterait une étude. Lazare n’est pas seulement un conseiller et un maître. C’est un confesseur, auquel on a fréquemment recours. Moines et laïques de toute condition lui font l’aveu de leurs fautes, et en reçoivent l’absolution.

Un cas d’absolution écrite délivrée à un mort mérite d’être noté. Le moine Isaïe, qui était renommé pour sa vertu, et passait pour avoir fait des miracles, se laissa malheureusement entraîner peu à peu à des fautes de plus en plus graves, et cessa d’ouvrir sa conscience à son supérieur. Il se releva de sa chute, mais mourut, cinq ans plus tard, sans avoir repris l'habitude de manifester ses péchés. Lazare entendit une voix sortir du tombeau : « J’ai donc tant travaillé et souffert dans le monastère, pour que vous me laissiez ainsi en enfer, dans les lieux tristes et sombres.» Après les quarantaines d'usage, Lazare ordonna de faire les colybes en mémoire de lui et aussi les vigiles. De son côté, il mit par écrit l’absolution d’Isaïe, et la donna au préfet d'église (ἐκκλησιάρχης) en lui prescrivant de la déposer sous le voile de l’autel. Le lendemain, après la messe, il voulut que le prêtre, le diacre et tous les frères se rendissent au tombeau. Du haut de la colonne, il ordonna au diacre de lire l’absolution, aux frères de répéter cent fois Kyrie eleison. Cette cérémonie se renouvela cinq fois, après quoi la formule fut placée sous une des pierres du tombeau. Lorsque un peu plus tard on lui demanda si Isaïe avait obtenu son pardon, il répondit : « Oui, j’ai confiance dans le Christ qu’il l’a obtenu. Nous trouvons beaucoup de pareils exemples chez les Pères 1, »

1 Vita S. Lazari, c. 200.

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