LES STYLITES Α TRAVERS LES AGES CXIX
Le récit de cet acte héroïque remplit le stylite d’admiration ; il s’en retourna à sa colonne méditer sur le mystère de la distribution des grâces. |
En combinant les données chronologiques de la pièce, on arrive à conclure que S.Théodule mourut nonagénaire vers le milieu du Ve siècle, et qu’il commença sa pénitence aux environs de l’année 400. Voilà donc un stylite avant le grand Syméon. Cette circonstance est bien de nature à faire naître la défiance, et le caractère général de la biographie est loin de dissiper cette impression. Sauf Théodose le Grand, qui ne joue pas de rôle dans le récit, la Vie de Théodule ne renferme aucun nom historique qui offre quelque prise à la critique. et rende possible le contrôle par les sources parallèles. Les détails précis qu’on y rencontre sont de ceux qu’un écrivain médiocrement habile sait inventer pour donner un peu de couleur à sa narration. (Celle-ci paraît arrangée dans le but de mettre en relief, avec plus ou moins d’adresse, un axiome théologique : ni la’ difficulté ni l’intensité des œuvres de pénitence ne sont la source du mérite et de la sainteté ; la charité seule en est le principe. L'opposition du stylite Théodule, qui consume sa vie dans d’effrayantes austérités, et du comédien Corneille, qui n’a à son actif qu'un acte de charité, doit servir à rendre cette vérité sensible, et c’est là tout le fond de la pièce.
Ce petit roman pieux n’a d’ailleurs pas le mérite d’être original. Il transporte simplement dans un milieu spécialement intéressant une histoire semblable d’un anachorète de la Thébaïde 1. Il serait aisé d’en retrouver les éléments à travers la littérature du moyen âge ? avant et après la Visio Alberici, qui l’a incorporée sous une forme légèrement différente δ. La Vie de Théodule, où la colonne n’apparaît que comme motif de décoration, ne peut rien nous apprendré sur la vie des stylites. D'ailleurs il est à noter que si cette biographie a fait pénétrer dans les synaxaires le nom de Théodule #, les grecs n’ont pas compté celui-ci au nombre des grands stylites. L’au-
1 Historia monachorum XVI, PREUSCHEN, p. 71. $
3 Cf. K. ΚδΗΙΕΒ, Kleinere Schriften, t. 11 (Berlin, 1900), pp.389- 393, 442-44.
9 Visio Alberici, xviu, dans Bibliotheca Casinensis, t. V,1,p.199. .4 Au 3 décembre. Voir Synaxarium Eccl. CP., p.275.
teur de la Vie de S. Luc énumère dans sa préface les saints illustres qui ont précédé son héros dans la carrière. Il en connaît quatre, pas davantage, ceux que nous avons indiqués.
Théodule étant ainsi définitivement écarté, les stylites célèbres sur lesquels nous sommes abondamment renseignés appartiennent donc respectivement au Ve, au VIe, au VITE, au Xe et au XIesiècles. Il nous faut montrer que ce ne sont pas des apparitions isolées, mais que, jusqu’à une époque qui n'est pas si éloignée de nous, l'Orient fut semé de colonnes habitées par des moines. |
S’il faut en croire certains hagiographes, il y avait, avant le milieu du Ve siècle, un ascète nommé Jean, ami de S. Auxence, qui menait la vie solitaire sur une colonne dans le voisinage de l’'Hebdomon à Constantinople ; ils l’appellent, dans la Vie de 5. Auxence, τὸν ἐν. τῷ στύλῳ θεῖον ᾿Ιωάννην 1.
. Mais ce trait n'apparaît que dans les rédactions de date postérieure. Dans la plus ancienne Vie, qui est la source de toutes les autres 3, il n’est pas question de colonne. La pénitence pratiquée par le moin. Jean consistait à se tenir debout dans une cellule étroite : ἑστῶτι ἐν κλουβῷ est l'expression du biographe. Rien ne nous autorisé donc à placer en tête de la liste des stylites de Constantinople le solitaire Jean dont la pénitence rappelle sans doute celle de Syméon, mais sans affecter la même forme.
Au siècle du grand Syméon, outre S. Daniel, appartient, par ses débuts, l’auteur d’une chronique célèbre terminée en 506/7. Elle a été longtemps citée sous le nom de Josué le stylite, du monastère de Zouqnin près d’Amida 5. L’attribution a été contestée. Nous ne pouvons entrer dans le débat, ni même le résumer 4 Si Josué est définitivement dépossédé et passe du rang d’auteur à celui de compilateur, il faudra le
1 Vita S. Auxentii, BHG. 200 et 208. ;
? BHG. 199. Cf. PARGOIRE, dans Revue de l’Orient chrétien, t. VIII (1903), p. 20. Α remarquer que la Vicen question n’est pas de Métaphraste.
$P. MARTIN, Chronique de Josué le Stylite, Leipzig, 1876: W. WRIGuT, The Chronicle of Josue the Stylite, Cambridge, 1882.
“ Voir Duvar, La littérature syriaque, 3° éd., p.178; A. Βαυν- STARK, Geschichte der Syrischen Literatur (Bonn, 1922), p. 146.