LES STYLITES A TRAVERS LES AGES CXXIX
ÿ ait eu à Jérusalem deux monastères organisés de si étrange façon ? Quoi qu'il en soit, nous ne ferons plus valoir l’objection qui nous avait fait hésiter autrefois : on n'avait pas d'autre exemple de femmes vouées à l’imitation de S. Syméon. Nous en avons trouvé depuis. La Vie de S. Lazare en signale . une : γυνή τις ἐν στύλῳ ἐγκεκλεισμένη 1, et nous avons l’épitaphe, malheureusement non datée, d’une certaine Maia ou Maria, ἀσκητρίας στυλιτίσσης, dans le Pont 2.
C'est des mains du stylite Eustratios, qui vivait aux environs d’Attalia, que S. Antoine le Jeune, dans le monde il s'appelait Jean, reçut les insignes de la vie monastique. Eustratios venait de Palestine, et avait reçu la prêtrise à Jérusalem. Au pied de sa colonne était une cellule ; Antoine s’y enferma 5.
Sur une des colonnes qui se dressaient dans la banlieue de sa ville épiscopale, Théodore d’Édesse avait remarqué un vieux stylite, qui se trouvait là, à ce qu'on racontait, depuis 95 ans. L’évêque le visita, se lia d'amitié avec lui et le prit ‘ pour son confident. Il y avait un peu plus de 50 ans que le
vieillard était monté sur la colonne. Il mourut dans un âge très avancé et fut enterré par l’évêque dans l’église de Saint- Georges ”.
Au quatrième concile de Constantinople (849) comparut Théodore le protospathaire, qui s’était rendu coupable de parjure. Il déclara avoir confessé son crime à un moine qui avait passé quarante ans sur sa colonne, et s’être soumis à la pénitence qu’il lui avait imposée 5. | κ Il nous est parvenu un manuscrit géorgien, copié à Mar Sabas de Jérusalem au IX° ou au Χε siècle, par ordre du stylite Paul de «Palavra », qui ne nous est pas autrement connu 6. : É En 863, S.Euthyme le Jeune s’établit sur une colonne aux
2 Sur tout ceci, voir notre note Les femmes stylites, dans Anal. . Bolland.,t. XXVII, p. 391-92.
8 Vita S. Antonii, BHG; 142, n.22, PAPADOPOULOS-KERAMEUS, p. 202-203.
4 Vita S. Theodori, BHG. 1744, ce. 55, 66, 112.
5 Mansi, Concilia, t. XVI, p. 396.
6 Anal. Bolland., t. XL, p. 282.
environs de Thessalonique : ὡς ἂν καὶ Θεῷ πλησιεστέρως ὑφωθεὶς ὁπτάνοιτο καὶ τοῖς φοιτῶσιν ἐκεῖθεν τὰς νουθεσίας προσάγοιτο1. Il descend et entreprend divers voyages, sans avoir définitivement renoncé à la vie de stylite. Mais il ne mourut pas sur la colonne ?.
Nous voici parvenus au Xe siècle, qui, d’après un auteur, marquerait la fin de l'institution %. On va voir que jamais elle ne fut plus florissante.
Deux moines de Kurzahel, Jean, en 910, et un autre Jean, en 954,passent de leur colonne au siège patriarcal d’Antioche 3, et l’année même de son élévation, le premier des deux ordonne primat des Jacobites le stylite Thomas, qui était venu des montagnes d’Édesse 5.
À Constantinople, le quartier d’'Eutropius vit se succéder au moins deux stylites, S. Luc, dont nous avons résumé la Vie, et un autre moine dont le nom est resté inconnu, mais qui périt, précipité dans les flots lors d’un violent tremblement de terre $. A S. Luc il faut joindre un stylite anonyme qu'il apprit à connaître bien avant son arrivée à Byzance, et qui fut comme son premier maître dans la vie spirituelle ?.
ο La Grèce eut aussi sés stylites, témoin celui qu’un autre Luc, dit le Jeune, alla chercher à Patras, et celui de Zemena, au service duquel il se dévoua pendant dix ans 8.
En Asie Mineure, au mont Latros, S. Paul le Jeune habita la colonne « achéropite » sanctifiée, au siècle précédent, par le séjour d’Athanase ὃ; il ÿ réunit un grand nombre de disciples, dont la communauté donna naissance au monastère qui
1 Vita S. Euthymii, BHG. 655, PETIT, p. 118.
2 L. PETIT, dans Revue de l'Orient chrétien, t. VIII, p. 534.
5 I. C. Kress, De Stylitis, p.vri-Vinr. « Quod quidem [vitae genus] duravit circiter usque ad saeculum X ubi adhuc unus reperitur nomine Lucas. Tum vero, quoniam ecclesia ipsa videbat hanc austeram vitae rationem divinis humanisque praeceptis repugnare, plane abolita est.»
4 ABBELOOS-LAMY, Barhebraei Chronicon eccles., t. 1, pp. 396,
5 Ibid., t. II, p. 236.
$ LÉON DrAcrE, Hist., 1. X, HASE, p. 109.
? Vita S. Lucae styl., ο. 5, p. 200.
8 Vita 5. Lucae iun., BHG. 994, P.G.,t. ΟΧΙ, p. 452.
Vita S. Pauli, BHG. 1474, c. 19-20, Plus haut, p. cxxvII.