‹ Les saints stylitesChapitre 66 sur 161 · LES STYLITES A TRAVERS LES AGES CXXXI · texte numérisé non relu

LES STYLITES A TRAVERS LES AGES CXXXI

s’appela plus tard le couvent de Saint-Paul, ou encore la laure de la colonne : # Λαύρα τοῦ Στύλου, probablement en souvenir de son origine 1. Lorsque après douze ans S. Paul abandonna cette retraite pour se cacher dans une solitude moins accessible ?, il fut remplacé par le moine Pacôme ὃ, Un épisode de l’histoire de Ste Parascévé d’Épivati, en Thrace, met en scène un stylite dans une situation plus embarrassante que de coutume. Un marin était mort, dans les environs, d’une maladie contagieuse, et son cadavre avait été abandonné sans sépulture non loin de la colonne. L’infection devint si intolérable que tous les voisins furent contraints de s’enfuir. Le stylite n’avait plus qu’à descendre et à les imiter. Il réussit à faire entendre son appel à des hommes qui passaient dans ces parages, et à leur persuader de creuser une fosse pour le mort. Cet incident fut l’occasion de l’invention des reliques de Ste Parascévé “.

Le XIe siècle ne fut point dépourvu de stylites. Le plus important est S. Lazare le Galisiote dont nous avons analysé la biographie. Autour de lui gravitent un certain nombre d’ascètes qui le précédèrent ou le suivirent sur les colonnes de la sainte montagne: l’anonyme de Petra, Paul, Cirycus, Laurent 5, sans compter la religieuse dont nous avons parlé 8.

On conserve au Sinaï un manuscrit liturgique géorgien, écrit par un stylite à Jésusalem, et daté de 1043 : « J'ai écrit ce Paracleticon, » dit le copiste à la fin du livre, « dans la colonne de mon maître Zacharie, lequel est mort au Sinaï 7. »

Au début du XIIe siècle, l’higoumène russe Daniel (1106-- 1107), visitant la Palestine vit à Bethléem un stylite 8.

Près de l’église d’Oubé (Radcha, Géorgie), Brosset a signalé «une tour carrée pour un ermite, avec l'inscription suivante

1 Voir Anal. Bolland., t. XI, p. 17.

2 Vita S. Pauli, ο. 20.

8 Vita S. Pauli, c. 23.

4 BHG. 1421, PAPADOPOULOS-KERAMEUS, P. 445.

5 Vita 5. Lazari, ος. 41, 24, 159, 138.

6 Plus haut, p. ΟΧΧΙΣΧ.

7 Catalogue des manuscrits géorgiens du Sinaï, dans le Sbornik de la Société Pravoslave de Palestine, t. X, p. 223-24 ; Anal. Bolland., t. XL, p. 284.

9Ώ. DE Kuirrovo, Itinéraires russes en Orient, t. I, Ρ. 40.

datée de l’an. 1141 : « Moi, Simon Ioanné, misérable d’esprit, j'ai reçu de Dieu la faveur de construire ce monastère et cette colonne, sous le rêgne du roi des rois couronné de Dieu, Dimitri, fils du grand roi David. C’était l’année pascale 361, et l’année intercalaire des Sarrasins 535 1. »

Jean Phocas, qui écrivait en 1177 sa description de la Terre- Sainte 3, nous parle d’un stylite Jean, qu’il avait remarqué près de la laure de Saint-Sabas 3%. Aux bords du Jourdain, au milieu des ruines du couvent de Saint-Gérasime, il vit aussi une colonne-cellule, ἐγκλειστήριος στῦλος, dans laquelle était enfermé un moine Géorgien, dont il raconte une histoire étrange. Deux lions — on fait comprendre qu’ils étaient herbivores — venaient chaque semaine au pied de la colonne mendier leur nourriture. Un jour il les vit arriver, sans qu’il eût rien à leur donner. Etil leur parla : « Allez au Jourdain, recueillez un peu de bois ; j’en fabriquerai de petites croix pour distribuer par manière d’eulogies. Les aumônes que je recevrai me procureront un peu de nourriture pour vous et pour moi. » Les lions ne manquèrent pas d’obéir, et vinrent déposer sur les marches de la colonne deux pièces de bois, dans lesquelles le solitaire se mit à tailler des objets de dévotion #.

La mention de la colonne voisine de Saïnt-Sabas est intéressante. Nous lisons dans les œuvres de Néophyte le Reclus l’histoire d’un moine géorgien de Saint-Sabas qui, vers la méme époque, voulut faire l'expérience de la vie de stylite. Son tempérament n’y résista pas et il devint la proie de terribles hallucinations qui dégénérèrent en folie furieuse 5. Ceci se passait en 1185. Il est naturel de se demander si ce stylite n'est pas celui-là même que Jean Phocas α vu avant que le pauvre homme n’eût perdu l'esprit. Mais Néophyte lui donne le nom de Gabriel.

Parmi les lettres attribuées à Michel Glykas, il y cn a

1 Rapports sur un voyage archéologique dans la Géorgie et dans l'Arménie exécuté en 1847-1848, douzième rapport, p. 104.

? Historiens grecs des Croisades, t. I, Ῥ. VIII-XII.

5 Descriptio Terrae Sanctae, c. 16, ibid., p. 546.

4 Descriptio Terræe Sanctae, c. 23.

5 Le récit dans Anal. Bolland., t. XXVI, p. 162-72 ; cf. p. 282.

Page 1