‹ Les saints stylitesChapitre 7 sur 161 · S. SYMÉON STYLITE L'ANCIEN IX · texte numérisé non relu

S. SYMÉON STYLITE L'ANCIEN IX

Un chapitre fort curieux, commun à Théodoret et à la Vie syriaque, semble, au premier abord, fournir un argument contre l'indépendance des deux biographies, nous voulons parler de l'apologie du stylitisme 1, qui consisle principalement à rappeler, d’après la Bible, une série d'actes bizarres ou même extravagants inspirés par Dieu à ses prophètes. C’est, de part et d'autre, la méme argumentation, mais plus développée dans le syriaque. Il πν à pourtant pas lieu de croire à un emprunt d’une biographie à l’autre et l'explication est plus simple. Le genre de vie inauguré par Syméon soulevait de fortes objections, et les disciples devaient être toujours prêts à le défendre. Le système. le plus efficace consistait à le justifier par l'Écriture, et l'on dut se mettre de bonne heure à recueillir les textes les plus frappants. Théodoret peut avoir aidé les moines à faire un bon choix, etil n’est pas invraisemblable que c'est à lui qu’on doit le cadre de l'apologie qui eut officiellement cours à Tellneëin, et d’où elle parvint à la connaissance des auteurs .de la biographie syriaque.

À son tour la Vie grecque d'Antoine est indépendante du syriaque, mais pas entièrement de Théodoret. De ses trois parties, origine et genre de vie de Syméon (c. 1-13), miracles de Syméon (c. 14-21, 22-27), mort de Syméon (c. 28-34), la première est presque tout entière puisée dans le livre de l’évêque de Cyr, mais librement, et avec certains développements que l’auteur doit avoir tirés de son propre fond, et nullement d’une tradition locale venant compléter la source écrite. Cela paraît certain pour les onze premiers chapitres qui se terminent par le départ de Téléda. Les chapitres 12 et 13, qui se rapportent à la période de Tellneëin, ne dérivent ni de Théodoret ni de la Vie syriaque.

La succession d'épisodes, pour la plupart miraculeux, dont se compose la seconde partie, et qui semble n’avoir compris primitivement que les chapitres 14 à 21, est également originale. Le fait d’y rencontrer quelque trait, qui est mis ailleurs sur le compte d’un autre saint, n’empêche point qu'il y ait emprunt à la tradition locale.

La troisième partie est en contradiction formelle avec

1 THÉODORET, 12; Vie syr., ο. 117-1δ.

la Vie syriaque pour la chronologie d’abord, et puis pour la version qu’elle donne de la mort de Syméon. L’hagiographe grec mérite-t-il créance, et quelle est la source de ses informations ? C’est une question à élucider avant tout.

La chronologie la plus précise et la plus détaillée est donnée par la Vie syriaque. Le point de départ est la grande calamité qui s’est déchaînée en ces temps-là sur Antioche et les environs. Durant de longues semaines le peuple demeura sous le coup de la terreur ; c’est à peine si on osait entrer dans les maisons. Après cinquante et un jours eut lieu à Tellneïin la grande commémoraison instituée par Syméon 1. Elle attira une foule immense, qui reçut les encouragements et les bénédictions du saint. Après cette so- Jennité il s’écoula encore 30 jours. Le 29 äb (août), dans la nuit du samedi au dimanche, Syméon se trouva mal ; deux de ses disciples étaient auprès de lui. Le mercredi 2 ilul (septembre), à neuf heures, en présence de tous ses disciples et de la foule, il fit ses dernières recommandations etexpira 2. Le bienheureux mourut l’année 770, à la fin de la douzième indiction et au commencement de la treizième, le mercredi 2 ilul. Il resta à l’intérieur de l’enclos sur la colonne dans le cercueil 19 jours, quitta l’enclos le 21 ilul et arriva à Antioche le vendredi 25 du mois. Π partit le lundi, et le vendredi il fit son entrée dans la ville, après cinq jours d’une marche triomphale Le

Ces données de la Vie syriaque doivent être discutées. M. Lietzmann les examine en détail. La grande calamité, c’est le tremblement de terre que la chronique dite des Khalifes place en l’année 771 d'Alexandre, 507 d’Antioche, le 19 du mois de haziran ". Bien que le synchronisme ne soit pas exact, admettons que la vraie date soit le 19 juin 459. C’est en effet l'explication qui entraîne un minimum de corrections dans la chronologie de la Vie syriaque. Svméon serait mort le 2 septembre, un mercredi ; cela se vé-

1 Vie syr., ο. 65.

ΣΕ Syr.,tc 1285-26:

4 Corpus scriptorum christianorum Orientalium, Ser. III, t. IV, p.110. M. Lietzmann regarde comme «unbedingt sicher » qu'il est question du même tremblement de terre.

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