SYMÉON STYLITE L'ANCIEN XI
rifiait précisément en 459. Les reliques seraient arrivées à Antioche le 25 septembre suivant. Le reste s’arrange moins facilement. 11 n’y a pas 51 jours entre le 19 juin et le 29 juillet. L’excédant de dix jours doit se retrancher de 51 ou de 19. Moyennant une de ces corrections, M. Lietzmann admet tout le système de la Vie syriaque, et condamne par -le fait celui d'Antoine, ce qui n’est Pas pour concilier une bien grande autorité à sa biographie de Syméon.
Une confirmation des calculs de M. Lietzmann se trou- Verait dans la Vie de Daniel le stylite, dont nous aurons à parler plus longuement. Disons simplement ici que, d’après la chronologie de cette Vie 1, Daniel monta sur sa colonne: le 11 septembre 460, et ce ne fut qu'après la mort de Sy- - méon. Mais entre ces deux faits se passa ceci. Sergius, un des disciples de Syméon arriva à Constantinople, annoncer la mort de son maître ; il apportait en don, à l’empereur, le manteau du saint. Après avoir vainement attendu une audience, il se décida à donner à Daniel la relique desti- née au souverain. Ce n’est qu'après l'avoir reçue que le nouveau stylite entra dans la carrière. Or, si Syméon est mort en 460, comme le prétendent des chroniqueurs tels que Théophane et Cédrénus, Sergius n’a pas eu le temps d’apporter son message.
Ce raisonnement suppose que le 2 septembre est le jour de la mort de Syméon. En est-il réellement ainsi ?
L'examen de la version d'Antoine nous conduira peutêtre à une conclusion différente. Il raconte 3 que toute la journée du vendredi la porte de l’enclos qui entourait la colonne resta fermée, alors qu'elle ne l'était d'ordinaire que pendant la prière du saint. De même le samedi. Le dimanche, voyant que le stylite ne faisait aucun signe à ceux qui venaient implorer sa bénédiction, Antoine monta et vit qu'il était mort. Pour n: pas causer de trouble, il n’en dit rien à personne, mais envoya un messager à l’évêque d’Antiuche, Martyrius, et au chef de la milice, Arbadurius. Ceux-ci accoururent le lendemain. Le corps fut mis au cercueil et transporté en grande pompe à Antioche. Déposé
1 Vita S. Danielis, ο. 101.
3 Vila a. Antonio, 28.
impossible de négliger des indications aussi concordantes, alors surtout qu’elles cadrent sans effort avec celles d’Antoine.
En 459, le 26 juillet tombait un dimanche. C’est le jour où la mort de Syméon fut constatée par son disciple. Cette date a pu être retenue comme jour de l’anniversaire, ainsi qu'il arriva en d’autres cas où quelque circonstance accidentelle fit différer la «déposition » du défunt. Ainsi, la date traditionnelle de la fête de S. Martin n'est pas celle de sa mort, mais celle de l’arrivée de son corps dans sa ville épiscopale de Tours. Et il est tout aussi vraisemblable que le jour choisi pour célébrer la commémoraison de Syméon fut celui où la mort fut officiellement constatée par les évêques et le magistrat, c’est-à-dire le lundi, ce qui nous amènerait à préférer à la date, 26 juillet, des synaxaires grecs, le 27 qui est celle de k plupart des témoins. Et voici comment on pourrait comprendre la suite des ὀνέπεments. Le cercueil fut déposé sur un char ! et le cortège prit aussitôt le chemin d’Antioche, s’avançant avec lenteur et marquant certaines étapes pour satisfaire la dévotion des populations. On n’atteignit la capitale qu'à la fin de la semaine, qui était aussi la fin du mois de juillet. Ce long voyage ne serait pas une pure invention pour les besoins de la chronologie ; nous l’empruntons à la Vie 5Υriaque ?. Le corps provisoirement déposé dans l’église de Kassianos, y demeura trente jours. c’est-à-dire tout le mois d'août. Le 1 septembre, il fut porté à la Grande Église.
Les deux commémoraisons liturgiques, celle du 27 juillet et celle du 1 septembre, s'expliquent donc parfaitement. La première fut gardée à Tellnesin, la seconde à Antioche. Seulement, les auteurs de la Vie syriaque perdirent de vue que l’anniversaire de septembre était en réalité celui d’une translation, et c’est sous l'influence de cette erreur qu'ils combinèrent les éléments chronologiques dont ils disposaient, dans un cadre que la tradition ne fournissait point et qu’ils créèrent d'après les vraisemblances.
Si notre explication, qui a l'avantage, à l'exclusion de tou-
1 Vita a. Antonio, 31.
3 Vie syr., 0. 137.