‹ Les saints stylitesChapitre 74 sur 161 · LA VIE DU STYLITE · texte numérisé non relu

LA VIE DU STYLITE

L'existence de nombreuses générations de stylites a beau être démontrée, il n’en reste pas moins dans l’esprit des obscurités et des doutes sur la possibilité d’un état de vie aussi contraire à la nature. Les ingénieurs de notre époque, lorsqu’il leur arrive d’avoir à construire des colonnes ou des tours monumentales, eussent-elles trois cents mètres, savent, au besoin, porter jusque sur leur sommet tout le confortable de la vie contemporaine. Tout semblait se réunir, au contraire, pour rendre les colonnes des stylites inhabitables ;eten voyant par la pensée un solitaire gravir les degrés qui mènent à ce qu’il appelle le lieu de son repos, nous songeons involontairement à l'échelle que monte le condamné à mort. Pourtant, on aurait tort de croire qu’en se vouant à la colonne, les moines disaient adieu à la vie, et commettaient, sans y songer, un véritable suicide. Les statistiques que les documents permettent de dresser sont bien de nature à détruire cette impression. En effet, presque tous les stylites passent de longues années sur la colonne et atteignent un âge très avancé. Syméon l’ancien y demeure trente-sept ans, et meurt âgé de plus de soixante-dix ans !; son homonyme vécut soixante-quinze ans, dont soixante-neuf sur la colonne 2 Daniel parvint à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, et mena pendant plus de trentetrois ans la vie de stylite %. Alypius atteignit sa quatre-vingtdix-neuvième année 4, et fut dépassé par S. Luc, s’il est vrai que ce saint mourut plus que centenaire 5. Nous pourrions multiplier les exemples, et citer encore Maron et Agathon, qui

1 Vie syriaque, ο. 83. Cf. LIETZMANN, p. 236. 2 Vita S. Symeonis iun., c. 258.

8 Vita S. Danielis, ο. 101.

# Plus haut, p. LxxXIx.

5 Vita S. Lucae, c. 38.

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