LA VIE DU STYLITE $ CXLVII
cun témoignage d’ailleurs ne vient appuyer pareille supposition, et ce serait une bien faible raison de dire qu’Abd-el-Latif (1161-1231) prétend avoir vu le chapiteau surmonté d’une coupole 1, Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici les dimensions du monument, et les tentatives de quelques audacieux qui ont voulu se hisser au sommet. Cet exemple concret fera mieux apprécier la portée de certaines données de nos documents.
. Dans le Rapport sur la colonne de Ῥοπιρέε lu à l’Institut par le citoyen Norry, le 6 vendémiaire, an VII, nous relevons les chiffres suivants 3:
Piédestal, hauteur 3,24 m.
Base 1,78 m.
Fût 20,48 m.
Chapiteau 3,21 m.
Hauteur totale 28,73 m.
Diamètre de la colonne dans sa partie inférieure 2,70 πι. » » près de l’astragale 2,49 m.
Au cours du XVIII siècle, un arabe parvint à monter sur la colonne. Voici comment. « Il attacha une ficelle à une flèche, qu’il eut l’adresse de faire passer dans les jours de la corniche dont le chapiteau est accompagné. Ensuite par le moyen de la ficelle, il γ-έ]ενα une corde, à la faveur de laquelle il monta réellement sur le haut de la colonne, portant un ânon sur les épaules. C’est de cet arabe que l’on a sçu que le chapiteau était creusé considérablement. 5 » |
Vers 1773 des marins anglais eurent recours à un procédé analogue. Au lieu de la flèche, ils firent monter un cerf-volant et par ce moyen une corde, le long de laquelle ils grimpèrent jusqu’au chapiteau. Ils assurèrent que huit personnes pouvaient s’y trouver à l’aise 4.
1 Cité dans Guide de la ville et du musée d'Alexandrie (Alexandrie, 1907), p. 39. re
2: Cm. Norry, Relation de l'expédition d'Égypte (Paris, an VII), p. 60-64; Mémoires sur l'Égypte publiés pendant les campagnes du général Bonaparte (Paris, an VIII), Ρ. 59-64. ù
8 MASERIER, Description de l'Égypte composée sur les mémoires
de M. DE MaiLeer, t. I (Paris, 1740), p. 185. > 4E. YRWIN, Voyage à la mer Rouge, trad. sur la ὃν édition an-
Des colonnes mieux connues du grand public, et pouvant par conséquent fournir de meilleurs points de comparaison, seraient, à Rome, la colonne de Marc Aurèle et celle de Trajan. L'une et l’autre ont une hauteur d’environ trente mètres 1. La colonne du Congrès à Bruxelles et la colonne Vendôme à Paris en ont à peu près quarante-cinq. Si l’on veut faire abstraction des conditions spéciales que présentent ces columnae cochlides, avec leur escalier intérieur, un luxe inconnu aux stylites, une simple inspection fera comprendre qu’un ermitage à pareille hauteur est pratiquement inaccessible 3.
Il convient de remarquer avant tout que les stylites n’habitèrent pas toujours le sommet d’un pilier proprement dit. S. Paul du Latros voulut se faire construire une colonne ; mais le moine Athanase, à qui il s’adressa, lui montra une colonne « achéropite », qui n’était en réalité qu’un rocher très élevé, au sommet duquel s’ouvrait une grotte naturelle. C’est la retraite que le saint se choisit ὃ. Dans sa pensée, il menait sans nul doute la vie de stylite. Il est bien certain cependant que ce titre ne lui est jamais donné ni dans sa biographie ni dans les ménologes. Ilenest de même, on l’a vu, de Néophyte, le fondateur du monastère τῆς ᾿ Εγκλείστρας dans l’île de Chypre 3. Il faudrait peut-être en conclure que l’épithète consacrée était
glaise par M. PARRAND, t. II (Paris, 1792), p. 155. Voir aussi Giz- LIBERT, Note sur la colonne de Pompée, dessin d’un provençal de l'expédition d'Égypte, dans Comptes rendus du Congrès international d’archéologie classique, 22 Session (Le Caire, 1909), p. 290-93.
1H. JorpAN, Topographie der Stadt Rom im Altertum, t. II (Berlin, 1871), p. 190 ; t. I, 3, HUELSEN, p. 606. ” 2M. Bidez a bien voulu attirer mon attention sur la lettre de Julien aux Alexandrins (p. 64 de son édition), à propos d’un ‘obélisque qui était l’objet d’un culte superstitieux : ὥς τινές εἶσιν οἳ δεραπεύοντες καὶ προσκαθεύδοντες αὐτοῦ τῇ κορυφῇ. La lettre est incomplète dans une classe de manuscrits. FaBricius, Bibl. graeca, t. VI, p. 734, explique ainsi la lacune : «Per δεραπεύοντας καὶ προσκαθεύδοντας τῇ ὀβελοῦ κορυφῇ non dubium est monachos stylites perstringi : quare fortassis illa epistolae pars suppressa est a christianis quibusdam librariis.» Des stylites avant la naissance de Syméon : personne n’y avait songé avant Fabricius, les copistes chrétiens pas plus queles autres, car rien vraiment dans le texte de Julien ne suggère l’idée.
8 Vita S. Pauli, BHG. 1474, ο. 13.
4 Anal. Bolland., t. XXVI, p. 274-75. Plus haut, p. cxxxVIHI.