LA VIE DU STŸLITE CLIX
eût rien qui ressemblât à une logette. Il yen avait une, très étroite : ἐν στενοτάτῳ καὶ πνιγηρῷ κελλίῳ1; elle était munie d’une fenêtre, et le moine géorgien qui veut se rendre compte exactement du genre de vie du stylite , pousse la tête par cette ouverture aussi loin que possible ?. Tout ce que l’on peut conclure de cet ensemble de détails, c’est que la cellule était ouverte par en haut et ne protégeait le stylite ni contre le soleil ni contre la pluie. Ce n’est pas sa seule particularité. Une au moins des colonnes de Lazare était adossée à l’église, et la loge avait sur le chœur une ouverture 5, permettant au stylite de prendre une part active à l'office 4.
La loge de beaucoup de stylites semble avoir eu les apparences d’une chambrette. C’est 1ἐγκλειστήριος στῦλος dont parle Phocas 5, une combinaison de la colonne du stylite avec la cellule du reclus. La plupart des colonnes de Palestine présentaient cette particularité, et en Géorgie l’ensemble affectait la forme d’une tour dont le stylite occupait le sommet 8. Mais ce n’était pas l'ordinaire. Un savant irlandais frappé de l'expression « dans la colonne » qui revient souvent sous la plume des hagiographes, a cru pouvoir assimiler les colonns des stylites aux « tours rondes » de son pays Ἰ. Ces constructions, qui ont dérouté la sagesse de tant d’archéologues, ne rendent compte d’aucune des particularités étranges que l’histoire des stylites nous révèle. Se trouver ἔνδον τοῦ στύλου ὃ, être στύλῳ éyxexletouéros ® ne veut pas dire autre chose qu'être entré ou enfermé dans la loge qui surmontait la colonne. Quelques auteurs ont voulu mettre une différence entre les στυλῖται et les κιονῖται. Les premiers, disent-ils, se tenaient sur une colonne sans abri; les seconds avaient une petite
1 Vita S. Lazari, ο. 114.
2 Vita S. Lazari, ibid.
8 Vita 5. Lazari, cc. 156, 159.
4 Vita S. Lazari, cc. 224, 225. -
5 Descriptio Terrae sanctae, ο. 23, P. G., t. CXXXIII, p. 952.
6 Plus haut, pp. CXXXI, CXXXV.
7 BuTLER, The Lausiac history of Palladius, t. I, p. 240, note3 : like an Irish round tower.
8 Vita S. Lazari, cc. 159, 249, 250.
9 Vita S. Lazari, cc. 6, 59, 175.
Ex LES SAINTS STYLITES loge 1. Cette distinction est parfaitement arbitraire. Les deux. mots sont couramment employés l’un pour l’autre. Nous pourrions accumuler les exemples de cette synonymie. En voici un qui a sonintérêt. Dans le langage ecclésiastique, les saints stylites sont désignés par l’épithète consacrée στυλίτης, et parmi eux plusieurs avaient une cellule sur leur colonne. Un seul est plus ordinairement appelé κιονίτης, C’est Alypius, qui n'eut rien de plus pressé que de se débarrasser de ce luxe inutile.
Sur quelques colonnes on signale certains accessoires qui leur sont propres. Syméon l’ancien avait sur la sienne un poteau auquel, pendant les premières années, il se faisait attacher durant le carême ?. Sur celle d’Alypius, une croix remplaça le lion qui dominait primitivement le monument 8. Celle de 9. Luc était ornée de cinq croix d’airain, dont quatre se dressaient aux coins du chapiteau, et la cinquième en face du stylite 4 La Vie de Lazare est la seule qui mentionne un détail assez vulgaire, encore ne le fait-elle qu’en passant, et nous n’insisterons pas davantage : il s’agit du Adxxoç τοῦ ὅδατος, que nous traduirions par «tuyau de dégagement ». Le saint était très tourmenté par les fourmis qui avaient leur nid sous un arbre voisin, et montaient chez le stylite par le Adxκος qui courait le long de la colonne 5.
Voilà, en résumé, ce que nous savons de la colonne des stylites. Nous pourrions nous demander maintenant quels endroits on choisissait d’ordinaire pour la ‘construire. Il suffira de rappeler les détails rapportés plus haut en passant. Parfois la colonne s’élevait sur un terrain privé. S. Daniel eut à ce sujet des difficultés avec Gelanios, qui devint plus
1 Cette distinction remonte à NEANDER, Allgemeine Geschichte der christl. Religion und Kirche,t. 1, p. 616. C’est problablement dans un passage d'Eustathe de Thessalonique qu’on en a trouvé le fondement. Le texte est peu concluant et l’usage général s'oppose à cette interprétation. Ο. ZôcxLer, Kritische Geschichte der Askese (Frankfurt und Erlangen, 1863), p. 126, reproduit l'opinion de Neander, qui a passé de là dans SMITH-CHEETHAM, À dictionary of christian antiquities, t. II, p. 1319.
2 Plus haut, p. XXVI.
8 Vita S. Alypii, ο. 9.
4 Vita S. Lucae, ο. 19.
5 Vita S. Lazari, ο. 222.