LA VIE DU STYLITE CLXIII
ensemble est à peu près dans les conditions qui rendent l’assimilation assez naturelle. L'isolement de ces nids d’aigle est complet. Ils ne sont guère accessibles par les voies naturelles. On y monte par des échelles de cordes, ou encore dans une corbeille ou un filet accroché à un câble qui se remonte au moyen d’un treuil. La première colonie fut établie sur un des piliers gigantesques du massif, et ce couvent mérita bien le nom de Στῦλος. -
Dans les Vies des saints stylites, nous voyons que la colonne devient régulièrement le centre d’un groupe de disciples qui ne tarde pas à se constituer en monastère. Syméon l’ancien forma
des disciples qui, après sa mort du moins, se réunirent en comi-
munauté. Le monastère qui porta plus tard le nom de S. Daniel fut construit par l’empereur Léon 1, en même temps qu'une chapelle de S. Syméon, du vivant même de Daniel. C’est bien le couvent τοῦ ὁσίου 4ανι)λ τοῦ ἓν τῷ στύλῳ, dont l’higoumène Babylas est plusieurs fois nommé dans les Actes du second concile de Constantinople de 536 ?.
S. Alypius réunit autour de lui, outre un groupe de reclus enfermés à la base de sa colonne, deux communautés, l’une d'hommes, l’autre de femmes, parfaitement séparées l’une de l’autre, et dont les voix s’unissaient à la sienne pour louer Dieu sept fois par jour #. On a vu que S. Lazare également était le père d’un grand nombre de disciples qui ne quittaient pas le monastère qu’il avait établi, et auquel il donna, avant de mourir, une règle, ou τυπικόν 3. ,
L'historien de 5. Syméon le Jeune nous fait assister à la construction du monastère du Mont Admirable 5. Il ne nous fournit pas les éléments pour tracer le plan des bâtiments ni fixer Jeur position par rapport à la colonne. Jean Phocas, au XIIe siècle, en donne une description que nous voudrions plus détail-
monde, 1881, t. II, p. 337-68, M. DE DRÉE cite quelques couvents d'Asie Mineure également peu accessibles par la voie ordinaire.
1 Vita S. Danielis, c. 57.
2 Mansi, Concilia, t. VIII, pp. 990, 1011, 1054; plus haut, p.
3 Vita S. Alypüi, ο. 20.
4 Vila S. Lazari, ce. 246, 250.
5 Vita 5. Symeonis iun., c. 94-98.
CLXIV LES SAINTS STYLITES ν
lée1, Le sommet de la montagne a été taillé profondément et on a pratiqué des cellules dans la paroi.
C’est ainsi que l’on peut se faire une idée du monastère monolithe que Phocas α vu : μονόλιθον ἢ uovogui μονὴν ἄπειργάσατο. Dans l’espace libre se dressait la colonne également taillée dans le roc : ἧς µέσον αὐτοφυῆ λαξεύσας xiova. À l’est se voyait une belle églis?, où les moines passaient de longues veilles. 11 y avait sur la montagne, plus bas, un autre couvent : ἡ κατωτέρω µονή. Mais le premier était sans doute la µάνδρα τῆς ἁγίας στάσεως, formée de cellules qui entouraient la sainte colonne. Que µάνδρα, dans ce passage, signifie autre chose qu'un mur de clôture, c'est ce qui résulte de l’expression ἐκ τοῦ ὑπαίθρου τῆς µάνδρας, qui suppose évidemment l’existence d’une partie couverte.
Ἡ peut être utile de nous arrêter un instant à déterminer le sens de ce mot mandra, qui sert à distinguer de son homonyme Syméon l’ancien, Συμεὼν ὁ ἐν τῇ Mävôo *, et que les biographes des stylites semblent affectionner. Il revient fréquemment dans la Vie de S. Syméon le Jeune, dans la Vie de Ste Marthe ὃ et dans celle de S. Daniel #.
La Vie de Syméon l’ancien, par Antoine, parle d’un vestibule de la mandra : πρόθυρα τῆς µάνδρας. L'expression paraît supposer un ensemble de constructions 5. Métaphraste donne, à ce même endroit, une explication du mot: τοῦτο γὰρ 6 τοῦ στύλου περίβολος Éxaleïto ... περιῳκοδομεῖτο γάρ τι πάντοθεν τειχίον τῷ κίονιδ. La mandra serait donc une sorte de cour entourée d’un mur, au milieu de laquelle se dressait la colonne. Pour Évagrius, mandra est le nom que le peuple donne à l'emplacement de la basilique du saint, en souvenir
1 ᾷΟΑΝΝΕΡ PHOCAS, ”Expoaoiç, 6. 2, Historiens grecs des croisades,t.e1;2p:1 929;
2 Les archimandrites de la Seconde Syrie écrivant en 517 au pape Hormisdas racontent leurs tribulations : eunfibus nobis ad mandram domni Simeonis. Dans Epistulae imperatorum pontificum etc. (Vindobonae, 1895), p. 567.
* Vita S. Marthae, cc. 31, 32.
4 Vita S. Danielis, cc. 37, 47, 86-89.
5 Vita BHG.1685, c. 14. Dans BH G. 1682 : εἷς τὰ ποόθυρα αὐτοῦ, et ἐπὶ τὸν τοῖχον τῆς µάνδρας.
ο Vita BHG. 1687, ο. 25.
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