‹ Les saints stylitesChapitre 85 sur 161 · LA VIE DU STYLITE CLXV · texte numérisé non relu

LA VIE DU STYLITE CLXV

de la pénitence qu'il a pratiquée en cet endroit 1. Majelli s’est imaginé la mandra du grand Syméon construite de telle façon : que le stylite était entièrement caché à ceux quise tenaient hors del’enceinte. Pour n'être pas obligé d'admettre en conséquence que le mur avait plus de quarante coudées, il prétend qu’il y avait là un ensemble de constructions dérobant la colonne à la vue des pèlerins ?. Mais le texte qu'il invoque ne prouve pas que le saint fût invisible. La femme qui se déguise en soldat pour être admise dans la mandra voulait sans doute voir le saint de plus près et, comme il est dit expressément dans la Vie, recevoir une bénédiction particulière 5. Le passage de la Vie de S. Daniel sur lequel s’appuie encore Majelli ne prouve pas davantage : c’est une amplification de Métaphraste dont le texte primitif n'offre pas de trace. S’il y avait aux environs de la colonne un abri pour les voyageurs, comme l’histoire du miracle de la pluie obtenue par les prières du saint semble le supposer #, il n’y eut, du vivant de Syméon, aucune construction dans ce que l’on a appelé la mandra. S. Daniel le dit expressément à l’empereur : «Ο ἅγιος Συμεὼν οὐκ ἔσχεν ἐν τῇ ζωῇ αὐτοῦ τινα οἴκησιν τὸ καθ) ὅλου ἐν τῇ μάνδρᾳ αὐτοῦ ©.

D'après ce que nous venons de dire, il semble que l’explication de Métaphraste, citée plus haut, soit cette fois assez heureuse. La mandra de S. Syméon est l'enceinte de la colonne, d’où tout l’ensemble de l’enclos. Mais il est fort probable que l'endroit n’a été baptisé du nom de mandra qu'après la mort du saint, lorsque le groupe des disciples forma un véritable monastère 5; c’est ainsi qu'en Europe certaines localités ont pris des noms comme Moustier ou Münster.

En effet, le mot µάνδρα, qui dans sa signification primitive d’étable est classique ?, était usité au IVe siècle, en Mésopotamie du moins, pour désigner un monastère. Dans un passage sur les Audiens, S. Épiphane (f 403), dit: ἔποι

1 Hist. eccl., 1, 13, 14.

2 ASSEMANI, t.C., Ρ. 266. :

9 BHG. 1682, ο. 23 : εἰσέοχομαι πάγὼ ὅπως ἀξιωθῶ εὐλογηθῆναι παρὰ τοῦ δικαίου.

4 Vie syriague, c. 109.

5 Vita 5. Danielis, ο. 57.

ὁ VaLors, dans ses notes à É

explication. | 3 1] οί dans Sophacle, dans Théocrite ete. Voir le Thesaurus,

vagrius, 1, 13, a déjà admis cette

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τὰς ἑαυτῶν μονὰς ἤτοι µάνδρας ἔχουσιν]. Ailleurs il parle des orthodoxes : οἱ κατὰ Μεσοποταμίαν ἐν µοναστηρίοις ὑπάρχοντες εἴτουν µάνδραις καλουµέναις ?. Le mot se trouve aussi dans la lettre des Syriens Acace et Paul, qui prennent déjà le titre d’archimandrites 5. Il n’est donc plus permis de faire remonter à S. Syméon Stylite l’origine du mot mandra, dans le sens ecclésiastique, et de ses dérivés. Mais il est probable que la cé- lébrité du lieu auquel le nom du saint resta désormais attaché fit choisir ce mot par les biographes des stylites,pour désigner, par analogie, l’enclos réservé qui entourait leur colonne. La mandra de Syméon l’ancien avait pour clôture une simple muraille. S. Daniel voulut d’abord ressembler en-tout à son modèle ; mais il comprit bientôt la nécesssité de faire construire un logement pour ses enfants spirituels et pour les pèlerins 4.

Après cette longue énumération de détails techniques qui nous auront fait comprendre dans une certaine mesure l’installation des stylites, il est temps de voir quelle était, à ces hauteurs, leur manière de vivre, leurs occupaticns, leurs relations.

: D'abord, n'oublions pas qu’en montant sur sa colonne, le stylite faisait en quelque sorte vœu de stabilité. Il ne s’agit pas d’un vœu en termes exprès ; mais, comme le montre toute la suite de l’histoire des stylites, ils sont tous bien décidés à ne . point descendre et leur constance contraste étrangement avec . l'humeur voyageuse dont ils ont parfois fait preuve auparavant 5. L’immobilité est un des caractères de leur profession. - Ἡς appartiennent à la classe de ceux qui sont liés par la τόπου θρησκεία, que la loi respecte et sanctionnef, et ce n’est que dans des cas exceptionnels qu’ils sont contraints de mettre pied à terre. On reste stupéfait en voyant la constance de ces ascètes dans les tortures inouïes que leur font souffrir l’immobilité, les rigueurs des saisons et les dangers qu’ils courent durant

1 Adv. Haereses, I, haer. 50, P. G., t. XLII, p. 340, * Ibid., haer. 80, n.6, P. G., t.c., p. 765.

5Ρ.6., ἱ. XLI, p. 156. i

6 Vita S.. -Danielis, ο. 57.

5 Vita ο. Lazari, c. 4-31,

$Plus haut, p. cxLt,

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