LA VIE DU STYLITE CLXVII
les tempêtes. Il leur vient d’affreux ulcères que les biographes décrivent souvent en termes réalistes ! et dont la guérison est attendue patiemment. Le froid les engourdit, et le nombre de ceux qui périrent de cette manière dut être considérable. - S. Daniel échappa à ce péril comme par miracle. Durant un rigoureux hiver, le vent lui enleva sa tunique de peau, et il resta toute la nuit exposé presque nu à la neige. Le jour venu, la violence de la tempête empêcha d’approcher l'échelle, et: quand après de longs retards on put monter jusqu’à lui, il
était déjà envahi par ce sommeil glacé dont on ne se réveille plus d'ordinaire. Ses disciples parvinrent à le ranimer et le
couvrirent d’une nouvelle tunique ; mais personne ne songea
à le faire descendre. Seulement pour prévenir une semblable
alerte, on lui construisit un petit abri ?. Daniel ne descendit
pas non plus lorsqu'un ouragan fit branler sa colonne et ar-
racha les lames de fer qui joignaient les deux fûts ÿ.
Nous pourrions accumuler les exemples de cette fidélité inflexible à des pratiques d’austérité librement embrassées. Rappelons encore celui de S. Alypius, qui ne se croit pas même autorisé à abandonner son poste lorsqu'il perd l'usage de ses pieds 4. D'ailleurs, tous les stylites que les documents nous permettent de suivre jusqu’à la fin de leur carrière meurent sur leur colonne, à moins qu’ils n’en soient chassés par la violence. ς, Paul du Latros, il est vrai, et un autre stylite de la même montagne n’y demeurèrent pas toujours. Ce sont des exceptions à retenir ; elles confirmeraient ce que nous avons dit des solitaires qui n’habitaient point une colonne proprement dite. Ce n’étaient probablement pas des stylites au vrai. sens du mot,et partant, 5 ne s’astreignaient pas avec la . même rigidité aux règles de leur profession.
On a vu plus haut que dans certaines circonstances exceptionnelles la rigueur de l'observance fléchissait. Quelles étaient ces occasions? Nous n’en connaissons qu’une seule prévue par les canons : il est permis au stylite de se soustraire par la fuite aux brutalités des barbares, sauf à remonter sur
«πας Danielts, ces. 28, 447 ct Vila δ, Lazari, cc. 167,
2 Vita S. Danielis, cc. 52, 53.
9 Vita S. Danielis, ο. 47.
4 Vita S. Alypii, ο. 24.
sa colonne quand la sécurité est rétablie 1. En pratique, le cas de nécessité absolue n’est pas toujours requis. Le biographe syriaque de 5. Éphrem montre le groupe des stylites occupant une place dans le cortège funèbre du saint ?. A l’époque où il écrivait, c'était sans doute l’usage, dans son pays, de les convoquer à certaines cérémonies imposantes. Ailleurs, la raison du bien commun seule paraît avoir motivé une dé-
rogation à la loi, comme le prouvent les textes que nous avons cités. Ce n’est que vaincu par d’incessantes supplications et dans l'intérêt de la foi que S. Daniel put se résoudre à quitter quelque temps sa colonne. Toute la ville accourut à ce spectacle nouveau, et la foule fut émue en voyant l’illustre pénitent, à qui ses pieds gonflés refusaient leur service, porté à bras d'homme par les rues de la capitale 5.
Les stylites se tenaient ordinairement debout. La στάσις est pour ainsi dire la partie essentielle de leur rude pénitence, et ils semblent n'avoir pris une autre position que forcés par la maladie. C’est uniquement pour s’infliger un surcroît de tortures que Syméon le Jeune imagina de rester une année entière accroupi sur ses talons 4 Syméon l’ancien s’inclinait souvent en de profondes adorations. Les assistants avaient pris l'habitude de les compter. On se rappelle le compagnon de Théodoret qui s’arrêta au nombre de douze cent quarante-
quatre, la fatigue l'empêchant de continuer 5. Le stylite lui,
était infatigable.
La nourriture des stylites était des plus simples, on le conçoit ; c'était celle de la plupart des solitaires, avec cette différence que leur ravitaillement dépendait davantage des secours extérieurs. Ils s’astreignent presque tous à des jeûnes effrayants 5, On raconte que quelques-uns d’entre eux arrivérent à se passer de nourriture, ainsi Syméon le Jeune. Ce sont là des
15. Nicephori Constit. 105: plus haut, p. cxL. ? Plus haut, p. cxxxIx. |
8 Vita 5. Danielis, cc. 72-84.
“ Vita 5. Symeonis iun., ο. aie
$ Plys haut, p. xxviri.
# Vila S. Lazari, c. 82,