LA VIE DU STYLITE CLXXI
également le détail des oraisons et des pratiques de pénitence de son homonyme. Lui aussi les interrompait par des discours à ses frères, recevait des visiteurs et venait au secours des malades.
La difficulté de se faire entendre de la foule dépendait beau- coup de la hauteur de la colonne et des poumons du stylite. La: grande colonne de Syméon l’ancien avait de 16 à 18 πιὸtres. On conçoit que ses biographes aient eu soin de noter qu’il était obligé de crier non seulement pour dominer le tumulte qui se produisait parfois ?, mais encore pour souhaiter la bienvenue à ceux qui attendaient leur tour de monter 5.
Les stylites écrivaient-ils sur leur colonne ? Syméon l’ancien, dont on prétend avoir des lettres, ne savait pas écrire 4 On en cite de Syméon le Jeune, qui compte en outre parmi les plus anciens hymnographes de l’Église grecqueÿ. Un malade est guéri par l'imposition d’une lettre de S. Daniel 6. Ces ἐρῖtres, à les supposer authentiques, n’étaient pas nécessairement des autographes. Elles peuvent avoir été dictées, comme l’a été le typicon de S. Lazare *. De S. Luc, il est dit expressément qu'il écrivit de sa main au patriarche Théophylacte 5. Non moins expressément le biographe de S. Lazare nous apprend qu'un mauvais moine a envoyé à Constantin Monomaque une fausse lettre sous la signature du saint ο. Parmi les stylites du XIe siècle, nous en connaissons un qui se livra, sur sa colonne, à l'exercice de la calligraphie 19,
Tout le monde connaît le vers rétrograde, destiné à être inscrit sur un bénitier
Niyoy ἀνομήματα μὴ µόναν ὄψιν,
1 Vita S. Symeonis iun., cc. 37, 65.
2 Plus haut, p. xxxII.
3 Ainsi, lors de sa visite 4 Syméon, S. Théodose ἀπούει map” αὐτοῦ ἄνωθεν ἐμβοήσαντος ' καλῶς ἦλθες. BH G. 1776, USENER, p. 9.
4 Plus haut, p. xxI.
5 A. PAPADOPOULOS-KERAMEUS, Συμεὼν 6 θαυµαστοορείτης ὡς ὑμνογράφος καὶ uehwôds, Visantijskii Vremennik, t. 1, p. 141- 150.
$ Vita S. Danielis, c. 88.
7 Vita 5. Lazari, c. 246.
8 Vita S. Lucae, ο. 23.
19 Plus haut, p. CXXXI.
et que l’on peut lire à rebours. Un manuscrit du X Ie siècle, le Vaticanus Palat. 23, l’attribue à un stylite, dont le nom n’est pas exprimé : τοῦ κυροῦ στυλίτου καοκίνος. Dübner 1, qui se faisait sans doute une idée moins exacte de la vie des stylites, proposait de lire : τοῦ κυροῦ Στουδίτου, correction de tout point malheureuse et absolument arbitraire ?. Ἡ y avait des stylites lettrés — se souvenir de Josuah et de Syméon le Jeune — et le jeu de patience auquel il a fallu se livrer pour mettre sur pied le vers-écrevisse est bien fait pour occuper les loisirs d’un stylite.
Une des particularités qui nous étonnent le plus dans la vie de ces saintes gens, comme du reste dans d’autres classes de solitaires, c’est leur isolement de la communauté chrétienne. On se demande s'ils recevaient les sacrements comme Île commun des fidèles. Ils les recevaient, et dans des conditions que nous n’admettrions point sans croire manquer gravement au respect qui leur est dû 5. Les saints mystères se célébraient souvent devant la colonne, et on nous montre le stylite faisant descendre dans le panier aux provisions un calice qu’il remonte avec l’Eucharistie sous les deux espèces 4. Nous voyons plus souvent le prêtre se hisser sur l'échelle et donner la communion au stylite. Paul du Latros fait monter dans sa grotte un prêtre et quelques assistants 5, et c’est dans ce sanctuaire improvisé que se célèbre la messe 5.
1 Anthologia Palatina, t. Il. p. 642.
2 PETRIDÈS, dans Échos d'Orient, t. XII, p. 88. © 8 Théodoret raconte qu’un reclus, qui habitait une petite cellule. non loin de sa ville épiscopale brûlait du désir d’assister aux saints mystères. Au lieu dele prier de se rendre à l’église de la ville voisine, l’évêque fait transporter les vases sacrés, et comme il n'y a pas d’autel, il offre le saint sacrifice sur les mains de ses diacres : ταῖς τῶν διακόνων χερσὶν ἀντὶ Βυσιαστηοίου χρησάµενος. Hist. relig. ο. XX, p. 1234. : 4F. Nau, Le texte grec des récits utiles à l'âme d’Anastase, dans ‘Oriens christianus, t. III, p. 62.
5 BHG. 1474, c. 14. À 6 Parmi les questions publiées sous le nom de Collectio canonum loannis Slylitae, il y en a une qui concerne la communion des stylites. La voici, avec la réponse attribuée à Isaac, catholicos d'Arménie dans la traduction du P. Arsène Angiarakian (Μα, Scriptorum veterum nova collectio, t. X, 2, p. 301) :«Q. Stilita ve]