LA VIE DU STYLITE CLXXIIT
Souvent le stylite lui-même a reçu le sacerdoce, et peut de ses mains offrir le saint sacrifice sur sa colonne : ainsi S. Daniel 1, S. Luc ?, S. Lazare ὃ, S. Syméon le Jeune 4 étaient prêtres. Nous voyons ce dernier célébrer la liturgie en mémoire de sa mère ; les disciples montent successivement jusqu’à lui pour recevoir la communion.
Après la mort de Syméon, un curieux usage, dont nous trouvons la trace dans un document hagiographique du XIE siècle, s'établit au Mont Admirable. Les prêtres étaient admis à monter sur la colonne et à y célébrer les saints mystères. Un prêtre géorgien, désireux de satisfaire sa dévotion, s’était présenté botté, en costume de voyage et sans avoir revêtu les ornements sacerdotaux. A partir de ce moment la célébration de la messe fut interdite à tous les prêtres de sa nation ÿ.
Plusieurs de nos solitaires ont reçu l’ordination sacerdotale sur la colonne même. On se souvient du cas extraordinaire de Daniel δ. Celui de Syméon le Jeune n'offre pas les mêmes difficultés 7. L’évêque de Séleucie, Denys, monta pour lui imposer les mains, et n’éprouva aucune résistance. Une consultation adressée à un groupe de « pères », c’est-à-dire d’évêques jacobites exilés à Alexandrie au commencement du VIe siècle, donne à penser que les ordinations de stylites étaient dès lors fréquentes. Voici la réponse rédigée entre 532 et 538 : « Qu'un stylite puisse être ordonné prêtre, tandis que celui qui l’ordonne reste à terre, sans que l’évêque monte près de lui, et sans qu'il descende de sa colonne près de l’évêque, les pères n’ont pas même voulu en entendre parler, comme d’une chose défendue et contraire à toute règle. Il ne leur a pas paru que cela
anachoreta, qui sacramentum eucharistiae percipere vult, debetne in suo eremo vel super columna sua preces consummationis et gratiarum actionis per se recitare, an hae preces pertinent ad eum qui missam celebrat? —R. Oportet illum recitare preces consummationis, quibus satisfactum arbitramur orationi gratiarum actionis.»
1 Vita S. Danielis, c. 96.
2 Vita S. Lucae, c. 6.
8 Vita S. Lazari, c. 17.
4 Vita S. Symeonis iun., cc. 134, 221.
5 Vita S. Georgii Hagiorita, ο. 48, dans Anal. Bolland., t. XXXVI-XXXVII, p. 114.
6 Vita S. Danielis, ο. 43.
7? Vila S. Symeonis iun., 6. 194.
ait jamais eu lieu 1.» Ces évêques n’avaient pas lu la Vie de Daniel, à laquelle leurs correspondants faisaient peut-être allusion. A moins qu’ils n'aient préféré nier un cas par FE ο
Nous pourrions nous étendre longuement sur bien d’autres problèmes que suggère la lecture des Actes des saints stylites. Ce serait nous laisser entraîner sur un terrain qui est beaucoup moins celui de l’histoire du stylitisme que du monachisme oriental. Comme beaucoup d’autres moines célèbres, les plus fameux d’entre les stylites ont été l’objet de la vénération des princes et des peuples, et ont employé leur crédit au profit des pauvres et des malheureux, au bien de la paix et au maintien de la bonne doctrine. Les grandes biographies sont également remplies de luttes terribles contre les démons, de guérisons merveilleuses accomplies le plus souvent par l’usage de l’eau ou du pain bénit par le saint homme, ou par l’application de la poussière sanctifiée à son contact. Ces traits et d’autres semblables relèvent de l’hagiographie générale.
Nous n'avons rien dit d’une classe de solitaires dont l’existence est assez analogue à celle des stylites, mais qui, au lieu de monter sur une colonne, grimpent sur un arbre, dont ils font leur séjour. On peut leur donner le nom de « dendrites ». Dans son poème sur les Moines, Georges, évêque des Arabes (f 724), en fait une catégorie à part : « Il y en a plusieurs, dit-il, qui ont fait leur refuge d’un arbre au feuillage ombreux, qui les nourrit de ses fruits et de ses feuilles ; plusieurs y sont montés pour y habiter tous les jours de leur vie, et ils sont projetés de tous côtés par la violence des vents 2. » .
Le 9 mascarram (6 septembre), le synaxaire Éthiopien rappelle la mémoire « de la: mort du roi Yâsâï, qui finit ses. nr au haut d’ un arbre 5 ».
Un anonyme du monastère de Mar Maron, près d'Apamée, nous fait le récit animé des épreuves d’un dendrite : « Dans
1 Traduit par F. Nau, dans Revue de l'Orient chrétien, t. XEV (1909), p. 41. Cf. p. 7-8.
? RysseL, Georgs des Araber-Bischofs Gedichte und Briefe, Ρ. 5.
5 H. ZoTENBERG, Catalogue des manuscrits éthiopiens de la bibliothèque Nationale, p. 154.