‹ Les saints stylitesChapitre 90 sur 161 · LA VIE DÜ STYLITE CLXXV · texte numérisé non relu

LA VIE DÜ STYLITE CLXXV

le gouvernement de la métropole Apamée, il y a un village nommé Ir‘enin. Dans ce village se trouvait un grand cyprès, Sur lequel habitait un homme de Dieu. Le démon, qui haït toujours les bonnes actions, ne cessait de combattre contre lui en secret ou à découvert et souvent il le précipitait à bas de cet arbre. Enfin le saint pourvut à cela en se procurant une chaîne de fer pour s’attacher le pied à l’arbre, et, lorsque son ennemi Satan le précipitait à terre, il restait suspendu à l'arbre par cette chaîne, et les habitants du village venaient, et le remontaient à sa place. A la fin il dit : « Que Dieu, pour le nom duquel je suis ici, m’accorde de n'avoir plus besoin de la main des hommes, mais, s’il lui plaît que je demeure en ce lieu, qu’il m'envoie sa force divine et me remette à ma place.» Et cela eut lieu. Lorsque l’adversaire le précipitait, un ange de Dieu descendait du ciel et le remettait à sa place. Il reçut de Dieu le don de guérir toute douleur et toute maladie. Quand il vit que beaucoup de gens venaient et le distrayaient de la prière et de la conversation avec Dieu, il eut l’idée de descendre de son arbre, et d’aller au désert extérieur, car, pensait-il, il me sera avantageux d’aller en un endroit où je serai tranquille et à l'abri de la vaine gloire des hommes. Une nuit, à l’insu de tout le monde, il descendit de son arbre et s’en alla 1.» Ce fut pour son malheur. Sa ferveur s’en alla en fumée et il fit une lourde chute. Dieu cependant eut pitié de lui, et il rentra au monastère, où il fit, jusqu’à sa mort, une pénitence exemplaire.

Il n’est pas aisé de faire dans ce récit, qui nous paraît avoir passé par diverses rédactions ?, la part de l'imagination et celle de la réalité. Le cadre au moins semble emprunté à la vie monastique de la région.

Le biographe de S. David de Thessalonique ὃ range son héros parmi les dendrites. David appartenait au monastère des Saints-Théodore-et-Mercure, autrement dit τῶν Μουκουλλεώτω», situé au nord de Thessalonique, près du mur d'enceinte. Il

1 Manuscrit de la bibliothèque Nationale de Paris, syriaque 234, fol 440Y. Traduction de F. Nau, dans Revue de l’Orient chrétien, t. IV (1899), p. 337.

3 Ainsi dans le manuscrit de Paris, syriaque 235, fol. 80v, Voir Ναῦ, t. c., p. 340.

5 BHG. 493.

prend la résolution d'établir sa demeure, pour trois ans, sur un arbre, un amandier, près de l’église. Là, il souffre, comme les stylites, de la rigueur des saisons, ou des ardeurs du soleil, et quand la tempête se déchaîne il est secoué violemment. Les trois ans révolus, il demande qu’on lui prépare une cellule de reclus ; une procession s'organise pour l'y conduire

L'auteur du Pré Spirituel raconte en quelques mots. d’après un témoin oculaire, la vie de David ; il ne connaît que le reclus, qui vécut 70 ans dans son ermitage, et de l’amandier il n’est fait aucune mention 5. Mais cette notice est suivie d’une autre, consacrée à un moine Adolas, qui venait de Mésopotamie, comme David, et après la mort de ce dernier, s’enferma dans un tronc d'arbre, eic πυθµένα πλατάνου, dans lequel il ménagea une petite fenêtre par laquelle il communiquait . avec l'extérieur 5. L'auteur de la Vie de David, qui écrivait à peu près deux siècles après les événements, doit avoir mêlé deux traditions, et fait de David et d’Adolas un même personnage. Adolas d’ailleurs n'était pas un dendrite proprement dit: ος n’est pas sur l'arbre, mais dans le tronc qu'il établit sa demeure.

Il faut en dire autant de Luc le stylite, dans la phase de sa vie qui précéda l’ascension sur la colonne. Il était entré au monastère de Saint-Zacharie du mont Olympe, où il s’assujettit à la discipline du parfait silence, à l’imitation du patron, privé de l’usage de la parole. On lui confia l'office de cellérier. Le soir, il sortait du monastère, et s’en allait tout seul réciter l'office, δένδρου ἐπιτυχὼν κούφην ἔχοντος δυναµένην ἔνδον τούτου χωοεῖν. Un critique a cru d’abord qu'il fallait lire δένδρου κορυφήν, ce qui faisait de Luc un dendrite intermittent. A. Papadopoulos-Kerameus a montré que la leçon du manuscrit était bonne : κούφην, mot rare, qui signifie creux : Luc ne se hissait donc pas au sommet de l’arbre, pour faire une sorte d'apprentissage de la vie de stylite; il se réfugiait à l'intérieur, comme dans une cellule.

1V. ROSE, ΡΡ. ὃ, 9; 7.

2 Chap. 69, Ρ. G., t. LXXXVII, p. 2921. 5 Chaps 10, Ρα. ο μαυρα,

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