LES STYLITES ΕΤ L'INSTITUTION MONASTIQUE CLXXXVII
soumettent ne suffit pas à leur soif de souffrances ; ils se refusent tout soulagement. L'un d’eux fait couper un arbre qu'une main charitable avait planté près de sa couche, dès que les feuilles commencent à lui donner un peu d’ombre 1. L'histoire de Salamanes est une de celles qui font le mieux comprendre la psychologie de ce peuple,
Salamanes, natif de Capersana, sur la rive occidentale de l'Euphrate, traverse le fleuve et va s’enfermer dans un réduit sans porte ni fenêtre. Une fois par an on lui passe quelques provisions par une ouverture creusée dans le sol et il n’adresse la parole à personne. L’évêque du lieu a en si haute estime ce pénitent extraordinaire, qu’il décide de lui conférer la prétrise, Les circonstances de l’ordination sont tout à fait en harmonie avec la situation bizarre du solitaire. Pour introduire l'évêque on démolit le mur, et la cérémonie accomplie, le prélat parle longuement au nouveau prêtre, sans recevoir de lui aucune réponse, puis, en le quittant, il fait refermer la brêche. Les gens de Capersana se montrent dignes de leur.compatriote. Ils tiennent à le posséder parmi eux. Une nuit ils traversent l’Euphrate, démolissent la petite maison et emmèênent le saint, qui se laisse faire sans proférer une parole. On lui construit une cellule identique à celle qu'il vient de quitter, et on l'y enferme. Mais peu après l’autre village organise à son tour une expédition nocturne pour [EEE Salamanes dans son premier domicile ?
C’esten Syrie ας l’on signale les premières batailles pour
“s’assurer la possession d’un corps saint. Celui de S. Maron fut
enlevé de vive force 5, et sans l'intervention des soldats, sous la conduite d’Ardaburius, le corps du grand Syméon eût été dérobé. On n'attend pas la mort du solitaire Jacques pour prendre les mesures nécessaires en vue de la possession de son corps. Le bruit s’étant répandu qu'il était dangereusement malade, on accourt de plusieurs villages, et l’on est décidé à l’enlever par la violence. Heureusement le solitaire recouvre la santé. Mais une nouvelle alerte se produit, et cette fois la lutte s'engage autour du moribond. Le parti vainqueur
1 Ibid., ο. xxi11, p. 1257.
2 Ibid., ο. ΧΙΧ, p. 1231.
δ Ibid., ο. xvi, p. 1223.
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CLXXXVIIT . LES SAÏNTS STYLITES ᾽
l'emporte dans une litière jusqu’à Antioche. Lorsque le malade reprit l’usage de la parole, il demanda d’être ramené à la montagne. Ces faits ne sont point inventés. Théodoret, qui les raconte, dit en même us: le rôle qu'il a joué en ces circonstances 1.
On πο s’étonne plus de voir ces hornmes s’adonner à des mortifications sans mesure, et trouver le moyen d’ajouter à la somme de leurs privations des tortures, comme celle qui consiste à se charger de lourdes chaînes de fer. Le solitaire Eusèbe ne fut pas seul à en porter. Théodoret cite également un de ses disciples ?, Théodose %, Romanus “, Jacques 5, Jean 8, Marana
et Cyra 7. Polychronius s’abstient de ce genre de pénitence
pour n'être pas tenté d’orgueil 8. Maïs c’est une exception. En Égypte, l'exception est du côté de ceux qui s’y soumettent, et l’abbé Apollon le condamnait formellement, comme tout ce qui pouvait entraîner le péril d’ostentation ὃ.
Et on ne peut nier que les manifestations de cet ascétisme
violent affecte parfois des allures théâtrales, et que les grands “pénitents nous font l'effet de se donner en spectacle. Il faut bien qu’il y ait eu parfois de la recherche, puisque l'expérience
a appris à ces solitaires à se prémunir contre pareille tentation. Mais pour les juger équitablement et comprendre l'esprit.
qui les animaiït, il faut se transporter dans le monde oriental où l’on vit en plein air, où l’on craint moins les yeux du public, où les démonstrations bruyantes cadrent mieux avec des mœurs plus simples que les nôtres. D'ailleurs assez d’indices permettent de penser que la plupart du temps ces solitaires, loin de chercher à exciter la curiosité du public, la subissaient. La lecture de la vie du moine Jacques, que Théodoret a racontée en détail avec autant de précision que celle de Syméon Stylite, donne nettement cette im-
1 Hist. relig., ο. XXI, Ρρ. 1237, 1239 8 Ibid., c. τπτ, p. 1159-60, 3 Ibid! ο. x, p. 1196. 4 Ibid. ο. XI, p. 1201.
8 Ibid., ο. χι, p. 1257.
? Ibid.,c. xx1x, p. 1290.
8 Ibid., ο. xxiv, p. 1261.
5 Historia monachorum, VIII, 59, PREUSCHEN, p. 49,