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VIXIT ANNIS XX M YI ET FUIT

IN SECULO ANXIS

XLVIII M m D III KAL JUN

(( Ursinus a vécu avec Leontia son épouse vingt ans et six mois et dans le siècle quarante-neuf ans quatre mois et trois jours il est mort le premier juin.

« Ceux qui liront cette épitaphe n'y trouveront pas facilement des marques de la sainteté d'Ursinus ni de Leontia son épouse : Coivcje, les anciens aimaient à écrire de la sorte.

« On ne doit pas plus grande foi à l'inscription du corps d'Attian donné depuis peu aux Théatins de Paris comme le corps d'un saint martyr.

AURELIA CALISTE BEXE MEREXTI ATTIANO, COJUGI TITULO, POSUIT

« Aurélia Caliste a posé ce monument à Attian son époux, comme une marque de sa reconnaissance.

« On ne put prouver autrement que cette inscription est chrétienne que parce que le corps de cet Allian a été trouvé à Rome dans ce cimetière de fidèles.

«Il est vrai quon trouve dans c? cimetière quantité d'inscriptions <le païens, que les fidèles arrachaient des lieux où elles avaient été mises, pour enfermer leurs tombeaux : mais ils gravaient souvent de l'autre côté de ces inscriptions des inscriptions de chrétiens, de sorte qu'on lit sur une même pierre d'un côté des inscriptions en l'honneur des païens et de l'autre des inscriptions en l'honneur des chrétiens, et pour lors ils avaient soin de mettre l'inscription païenne en dedans le sépulcre pour ne laisser paraibc au dehors que l'inscription qui désignait lecorps du chrétien (i).»

(i) Mabillon, Loc cit., p. i3-i5.

Sainte Theiidosie et sainte Aiirélic : Je ne sais ce que les corps de saint Ursin cl de saint Attian sont devenus, mais celui de sainte Theudosie est toujours vénéré à Amiens (i) et celui de sainte Aurélic à Paris en l'église de N.-D. des Victoires (2).

Or, quelle preuve avons-nous de leur martyre? Leurs épitaphes ? Voici la traduction de la première :

A Aurélie Theudosie, Très bénigne et incomparable femme, Aurelius Optatus à son épouse très innocente déposée la veille des Kalendes de Décembre, née Amiennoise. A elle bien méritante il a fait cette épitaphe) (3).

Pour sainte Aurélie l'épitaphe n'est pas plus claire : L'inscription Aureliœ Benemerenti. A Aurélie bien méritante, n'est certes pas prolixe. Elle est cependant honorée comme une jeune vierge.

Sainte Arc/iride : La cour de Rome était plus sévère au x\rf siècle. Le Père Papebroch, l'un des plus célèbres Bollandistes, écrivait alors dans les Acta Sanctonun :

« Après mon arrivée à Ravenne l'an iGGo, étant entré le vingtième de novembre en la belle église du nouveau monastère de Classe, qui est dans la ville, je m'agenouillai pour honorer un certain corps qui avait été déposé et décemment renfermé sous le grand autel par le Cardinal Légat. J'appris que c'était le corps de sainte Argiride, femme et martvre grecque, dont la iète se céiébrait tous les ans le 24 avril. On me conduisit ensuite derrière cet autel, pour me faire voir un morceau de marbre haut d'un

(1) Album de sainte Theudosie. recueil complet des documents publiés sur cette sainte avec une introduction et un épilogue par Mgr Gerbet, Paris, i85i, in-i", — On peut voir ce qu'en pense la critique catholique, dans U. Chevalisr, Notre-Dame de Loretle, Etude critique, Paris, 1906, p. 48i-i8a.

(a) Sainte Aurélie et ses reliques à Notre-Dame des Victoires, par l'abbé V. Dumas, Paris, 1878, in-i8.

(3; Le tombeau d'Aurélie Theudosie contenait une de ces ampoules appeléesvase do sang. Mais elles ne sont plus considérées, aujourd'hui, comme une preuve du martyre et Dom Leclercq écrit au sujet de cette pseudo mari vre : '< Rien jusqu'à ce moment ne nous parait de nature à pernu'tiro d'atGrmer ce qu'aucun fait ne prouve et n'insinue même pas. » Dom Leclercq, dans- D. Cabrol, Dut. d'Arch. chrét. et de Lit., arl. Amiens,co\. 1O06.

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pied et long d'environ trois ou quatre qui avait été apporté conjointement avec le corps et qui était gravé de la sorte.

TAV KITATH. rrXAlKl APrV PIAI. TPOTIMOr ANEP. ET. ESHA^.

« Comme les assistants me prièrent de traduire ces mois en latin, je leur en laissai l'interprétation par écrit :

uTrophimc époux à Anj'uide satrès chère épouse quia vécu trentesix ans, leur conseillant d'ôter ce marbre de l'église ou tout au moins de le cacher, de peur qu'il ne scandalisât ceux à qui la langue grecque serait connue ; leur faisant connaître que cette épitaphe était l'épitaphe d'une femme payenne mais que les chrétiens pouvaient peut-être l'avoir apportée dans les catacombes, pour s'en servir au lieu de briques à fermer le tombeau de quelque martyr (?) et que les cœurs qui y étaient gravés, car il y avait des figures de cœurs transpercés aux endroits que nous avons marqués, que ces cœurs, dis-je, si c'en était de véritables, n'étaient mis là que pour mieux faire connaître la douleur que le mari avait conçue de la perte d'une si chère épouse, ce qui se pouvait encore remarquer dans plusieurs épitaphes de païens (i). »

Le P. Papebrocli nous apprend que non seulement on enleva l'épitaphe, mais que l'évèque de Ravenne en ayant référé à la sainte Congrégation des Rites, elle ordonna de rendre le corps au cardinal qui l'avait donné.

Sainte Philomène : u On savait donc depuis longtemps que les fossores, par raison d'économie, se servaient parfois, pour fermer les tombes, d'inscriptions provenant de tombeaux plus anciens, les retournaient et inscrivaient sur l'autre face du marbre le nom du dernier défunt. M. Marucchi a constaté que leur procédé a parfois été plus sommaire encore (2). Ils ne prenaient plus la peine de changer le nom mais les briques ou les plaques dont se composait l'épitaphe primitive sont ou retournées ou placées sur des tombes différentes (PIODOTUS séparé de ASCLE, dont

(i) A. SS. Mail. t. V, p. 323.

(a) Orazio Marucchi. Osiervazioni areheologisclie sulla iscrizione di S. Filoména dans Miscellanea di Storia Ecdesiastica, t. II, 1904. p. 365-38G.

I 10 LES SAINTS SUCCESSEUaS DES DIEUX

la réunion formait d'abord ASCLEPIODOTUS) ou réunies sur la même tombe mais sans suite, de façon à no plus donner aucun sens... Les exemples recueillis par M. Maruccbi dans une même région montrent que ces déplacements ne sont point le fait de la maladresse ou de la distraction, mais intentionnels. hcs fossores voulaient avertir les fidèles que le corps renfermé dans la tombe n'était pas celui du défunt dont le nom était encore lisible sur la plaque mais celui d'un chrétien obscur qui n'aurait point d'épitaphe.

« Les conséquences de cette découverte n'ont point échappé à M. Maruccbi. Il s'est souvenu que c'est précisément de cette région du cimetière de Priscille qu'on a retiré, en 1802, un corps désigné par une inscription célèbre inscrite sur trois larges briques et ainsi conçue ; LUMENA PAXTE GUMFL Lnpossible de ne pas remarquer que les trois parties de cette épitaphe avaient été mal assemblées et cju'il fallait lire : FAX ÏECUM FILUMENA. On admettait, sans trop réfléchir à l'invraisemblance du fait, que les plaques avaient été d'abord peintes puis mises en place par un ouvrier malhabile.

«Aujourd'hui nous tenons la véritable explication etilnenous reste qu'à adopter sur sainte Pliilomène les conclusions qui découlent de la découverte de M. Maruccbi (i)... i* Le corps que l'on crut être celui d'une jeune fille, trouvé en 1802, n'est pas celui de la personne inscrite sur f épitaphe. Elle ne s'appelait donc point Filwnena ; nous ne connaissons point son vrai nom. 2° Le corps trouvé en 1802 n'est pas celui d'une martyre mais d'une personne ayant vécu probablement au iv'= siècle et en pleine paix. Car c'est dans cette époque que nous pouvons constater l'usage d'employer, pour fermer les tombeaux, des inscriptions ayant servi à d'autres (2). »

Voulez-vous savoir comment un légendaire moderne tire d'une épitaphe de ce genre un récit édifiant ? Lisez Jean Darche , Vie nouvelle du curé d'A rs et de sainte Pliilomène ( 3 ) .

Vous y verrez comment des parcelles du sang de la vierge

fi) Le P. Delehaye remarque que c'était dCjli le jugement de F. Lenormant, La Grande Grcce, t. II, p. 26. — II faut toujours un certain temps pour qu'on a<lo])le les conclusions de la science laïque.

(2) Analecta BoUandania, iQoS, p. iig-20. f

(3) Paris, 1870, in-S», La vie de sainte Philomùne, j>. 3iij. f

Philomènc brillèrent d'un éclat miraculeux (i), vous y apprendrez qu'elle apparut à un artisan (2), puis à un saint prêtre dont on ignore le nom (3) et enfin à une vertueuse re • ligieuse de Naples en religion sœur Marie-Louise (4). Bien plus, grâces aux confidences qu'elle fit à ces dévotes personnes vous pourrez connaître toute l'histoire de son martyre : Sa virginité est soumise à de redoutables épreuves ; mais elle est visitée dans son cachot par Marie. On la ilagclle publiquement mais les anges viennent la consoler. Jetée dans un lleuve^, elle n'y périt pas, elle en sort sur les bras des anges. Enfin, après avoir été percée de flèches sans en être morte, elle est décapitée (5).

Les ressources que l'on mit au service de son culte ne nous étonneront pas moins que son martyre miraculeux. Ouvrez l'ouvrage de Louis Petit, Histoire du culte de sainte Phiiomeiie, Thaiiinatiirge du xix^ siècle (6), vous y trouverez des prières pour une neuvaine (7), des litanies de la sainte (8),. des oraisons pieuses pour entendre la messe en son honneur (9), un petitoffice à l'imitation de celui de la Vierge (10), un hvmne (11). des cantiques (12). Enfin vous y découvrirez qu'à Thi\et (Haute-Marne) on vous vendra un cordon ou un chapelet de sainte Philomène (i3). On peut d'ailleurs, grâce à ce précieux livre, honorer sainte Philomène durant un mois de quarante jours (i4). Révélation suprême : vous saurez que de par le monde il existe de saintes filles qui

(i) Loc. cil., p. 827-329.

(2) Loc cit., p. 332.

(3) Loc. cit., p. 334.

(4) Loc. cit., p. 337.

(5) Loc. cil., p. 339 et ss.

(6) Paris, 1875, in-12.

(7) Loc, cit., p. 21 3-228.

^8) Loc. cit , p. 229-231.

(9) J. Darche. Histoire du culte de sainte Philomène, Paris, 1876, in-8,^ p. 232-24'i. — (10) Loc. cit., p. •J45-2D7, (ii) Loc. cit., p. 260. — (12) Loc^ cit., p. 270. — 'i3) Loc. cit., p. 279-283. — (i4) Loc. cit., p. 286.

112 LES SAINTS SUCCESSEUnS DES DIEUX

sont consacrées à la martyre sous le nom Je Filles de Sainte- Philomène (i).

Peut-on oublier enfin la fameuse chapelle dcdiée à sainte Pliilomène par le curé d'Ars ! 3oo ooo pèlerins v sont venus prier la sainte et ont obtenu des grâces de toutes sortes.

Après de telles manifestations populaires il était difficile au Pape de faire son devoir et de dénoncer l'erreur :

(( Certains journaux et revues, entre autres la Revue du Clergé français, annonçaient naguère que des mesures avaient été prises à Rome pour mettre « une sourdine au culte de sainte Philomène ». Le correspondant du Temps écrivait, le 28 octobre IQOÔ : « A Rome il a fallu un véritable ultimatum du vicariat pour contraindre les recteurs des églises à enlever les statues et les images de sainte Pliilomène. »

« La vérité est que par un décretendate du 3 avril if)o6, Son Eminence le cardinal ^ icaire de SS. Pie X a approuvé définitivement les statuts de l'Œuvre de sainte Pliilomène, canoniquement érigée à Rome « dans le but de propager le culte et augmenter la dévotion envers la très illustre béroïne, décorée de la couronne virginale et du martvre. »

f'Le 25 du moisde mai l'œuvre a fait célébrer dansl'église Sainte- Pudentienne,en vertu d'un Invilo Srtcro approuvé par le vicariat et placardé dans toutes les églises de Rome, l'anniversaire de la découverte des reliques de sainte Pliilomène, dont la statue trônait au maître-autel sous un riche baldaquin. Loin donc qu'une sourdine ait été mise au culte de cette puissante thaumaturge une éclatante confirmation lui a été donnée (2) »,

Malgré le décret du cardinal vicaire, malgré le récent Invilo Sacro, les savants continueront à nier l'authenticité des reliques de sainte Philomène. Bien plus, d'aucuns penseront que les ossements ainsi baptisés pourraient bien être ceux

(l) Loc. cit., p. 287.

(a) Bulletin Religieux du diocèse de Beims, 7 juillet 190G. Vers le mi-me temps le chanoine Ulysse Chevalier obtenait du P. Lepidi l'autorisation de publier un livre destructeur sur N.-D. de Lorette, où il disait en passant son fait à sainte l'Iiilomùne, p. /i8o-48i. On n'avait pas osé refusé l'impression à un savant aussi considéré par les académies profanes.

LKS SAINTS succrssr.URs »i:s DIKUX Il3

d'une païenne. J/livpothèse archéologique qui veut qu'il n'y ait que des chrétiens ensevelis dans les catacombes est des plus incertaines. Qui oserait soutenir aujourd'hui que le \inccntius, prêtre de Jupiter Sabazius, et que la céleste \ ibia qui est peinte dans un banquet des élus étaient chrétiens !*

§ IV. ^ DES TOMBEAUX DÉCLARES SAINTS PARCE Qu'iLS

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