ÉTAIENT ENCLOS DANS UNE ÉGLISE
Le nombre des pseudo-martyrs fournis par les Catacombes est incroyable. Il sullit pour s'en rendre compte de songer que les ampoules dites ampoules de sang ne sauraient plus être admises en preuve de martyre. Ces ampoules pourraient bien tout simplement être des pièces de mobiliers funéraires t à l'usage des morts. L'analyse chimique a établi qu'il n'y avait aucune trace de sang dans le dépôt rougeâtre de ces ampoules (i). Or, nombre de corps saints vénérés dans le monde catholique n'ont pas d'autres garanties.
Ceci pourra paraître énorme et un phénomène sans parallèle. Point du tout. Il suffisait jadis que l'on rencontrât un tombeau anonyme dans vme église pour supposer que c'était là le tombeau de quelque saint. A propos des reliques de sainte Marie-Madeleine conservées en Bourgogne, Mgr. Duchesne écrit : « En cent endroits divers, à Yézelay,même on concluait du vocable au tombeau » (2). Le tombeau inconnu ne pouvait-il pas être en elfet celui du saint aucjuel l'Eglise était dédiée ?
Il est vrai que les tombeaux de la vierge eussent pu se multiplier ainsi indéfiniment, ce qui fut devenu malgré tout
(t) Dom Leclercq, Ampoules de sang dans Dict. d'Arcli. chrét. et de Lit. col. 177.') Pour la bibliographie de cette question, col. 1776-1778.
(a) Fastes Episcopanr. I, 822. Voir sur les origines du culte de sainte Madeleine à Vezelay spécialement les pages 3i7-3i8.
Il4 LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
un peu inquiétant. On avait alors la ressource de supposer que ce pouvait être le tombeau d'un saint apôtre ou de quelque très ancien évèque venu là de très loin de Rome ou de Palestine.
Le tombeau de saint Jacques. — La célébrité incroyable du pèlerinage de saint Jacques de Compostelle « a dépendu de la crovancepopulairequesaint Jacques le Majeur yavaitété transporté de Jérusalem et s'y trouvait enseveli (cette tradition a même passé dans le bréviaire romain). Ses reliques, extraites de son tombeau en 1089, par peur des Anglais iconoclastes, furent cachées sous le pavé de l'abside de, la cathédrale. En 1S79, le cardinal archevêque de Compostelle, Michel Paya y Rico, les trouva et soumit à la sainte Congrégation des Rites le résultat de son enquête, concluant à l'authenticité des corps de saint Jacques et de ses disciples Athanase et Théodore. De Rome on envoya sur place le promoteur de la foi, Augustin Caprara, qui, après vérification minutieuse, proposa de confirmer la sentence de l'Archevêque. La congrégation rendit un décret approbatlf le if) juillet 1884 "• il fut ratifié par le pape le 20. Léon \III ne s'en tint pas là : par lettres apostoliques, ad perpetuain rei memoriam, du \" novembre suivant, après avoir mentionné ï évangélisation de l'Espagne par saint Jacques, il rappela longuement les faits ci-dessus et les confirma de sa haute autorité.
Six ans après, la science historique revint sur la question par l'orsane de M. l'abbé L. Duchesne (i). D'après cet habile cri tique — et ses conclusions ont été approuvées sans restrictions par les Rollandlstes (2) — l'apostolat de saint Jacques en Espaiine est resté inconnu à toute la littérature ecclésiastique de la péninsule du iv" au viii"^ siècle. ^ ers 83o, on découvrit àAmœa, an diocèse d'Iria Flavia. un tombeau des temps romains, que la crédulité fit prendre pour celui de saint Jacques. Vers 85o, on rédigea un récit de la translation de l'apôtre de Jérusalem en Galice; les noms de ses prétendus disciples ne remontent pas au delà du xi"' siècle. Aucun blâme n'a été, que je sache, formulé à Rome contre l'auteur de cette démonstration, de tout point op- ]iosée à la bulle de Léon XIII et au bréviaire romain ; bien au contraire, le Saint-Siège l'a élevé à la prélature,l'a même nommé
li Saint Jacques en Galice, dans Annales du Midi, 1900, t, \![, p. ii5-3o : tiré à part Toulouse, 1900, gr. in-8° de 37 p.
2 AnaUcta Bollandiana, Bruselles, 1900, t. \IX, p 353.
consulteur de la congrégation des Indulgences et Reliques et, qui plus est, président delà Commission historico-liturglque (i).
Saint Lazare : Le président de la commission liistoric(jlilurgique romaine que l'on se plaît à citer en ces matières a non seulement signalé la facilité avec laquelle on baptisait un tombeau, mais il a signalé nombre de cas où un nom plus ou moins oblitéré avait permis d'inattendues lectures.
« La cathédrale d'Autun était sous le vocable de saint Nazaire. De \a:ariiis, semble-t-11, on passa à Lazarus. Comme elle était devenue trop étroite, on en commença une autre vers l'année II20. En ii3i, la nouvelle église futconsacrée par le pape Innocent Il ; enfin, en r 147. on y transféra les restes du saint dont elle devait désormais porterie vocable. Nous avons un récit fort circonstantié de cette translation ; c'est l'œuvre d'un témoin oculaire. Il note, entreautres choses, que, dans la châsse qui fut considérée comme celle de saint Lazare, on trouva des gants d'évêque •et un bâton pastoral, ce qui donne lieu de craindre que l'on ait dérangé dans sa dernière demeure quelque évoque d'Autun des temps carolingiens (2) ».
\ . LECTlRi: DES DOCUMENTS HAr.IOGKAPIIlQL ES