PREFACE
sa forme sclenti(i(juo dans les ouvrages de Renan (i), de Harnack (a), de Sabatier, et de tous ceux qui s'en inspirent.
ft Voyons cequ'il faut penser de cette thèse, ajoute le savant abbé. Est ce que vraiment nous serions païens sans nous en douter ? Est -ce qu'en invoquant la Sainte Vierge, ou les saints, en prenant de l'eau bénite, en recevant l'onction, en allumant nos cierges sur l'aulol du vrai Dieu, nous ne serions que de grossiers adorateurs de Pallas Athéné, de la Magna Mater, de Jupiter Oplunus Maximns ? Avouez que la situation serait piquante. Nous croyons avoir pour les martyrs morts au service du Christ, un culte sincère et délicat, et au fond ces martyrs, s'ils sortaient de leurs châsses dorées, maudiraient en nous des idolâtres, tout juste aussi intéressants que ceux qui les ont condamnés au chevalet.
u La question vaut la peine d'être examinée de près, ne pensezvous pas ? »
C'est en effet ce que bien d'autres et nous-mêmes avons pensé. Cet ouvrage est tout d'abord un essai de réponse à cette question. Le culte des saints est- il d'origine païenne?
C'est l'objet de notre première partie. Grâce à la comparaison des formes diverses du culte populaire et de sa liturgie officielle avec celles du culte des Héros, grâce surtout à l'étude des liens historiques qui relient le culte des martyrs au culte des morts ou des mânes, on a pu répondre nettement et sans crainte d'erreur : Le culte des martyrs et des saints est d'origine païenne (3).
Dans la deuxième partie qui traite a Des sources des légendes hagiographiques » nous semblons nous écarter de notre sujet. Ce n'est pourtant point sans motifs que nous avons cru devoir exposer longuement la façon dont on écri-
(i) Renan, Origines du Christianisme, t. VI, p. i54 et suiv. «t p. i8i ; t. VU, p. l'ia et seq ; p. ftio et ss t. VIII, p. 137 et ss.
(a) Harnack, Das Wescn des Christentham, 1900, p. i3o.
(3) On reniarqnera toutefois que nous sointnes loin de croire qu'il faille limiter l'inlluence païenne à l'influence £!;no3tique ou plus exactement qu'elle n'ait agi que par l'intermédiaire du gnosticisme. On aurait tort de croire, malgré ce qu'en piînso Dom Cabrol, que des esprils comme Renan, Harnack, Sabatier s'en soient tenus à une vue aussi étroite.
vait la vie d'un saint jusqu'aux temps modernes, quelles furent la valeur et la nature des documents qui y entraient. Il ap])araît, et de savants religieux l'avaient déjà surabondamment <lémontré, que fort souvent l'histoire des saints est incertaine et se sert de matériaux de toutes origines. Après cet exposé, on est préparé à rencontrer des fragments de l'histoire fabuleuse des dieux dans la légende des saints et le lecteur est défendu contre les surprises du sujet véritable de cet •ouvrage : « Les Saints successeurs des dieux ».
Cette troisième partie est une étude de mythologie proprement dite et présentait de ce chef des diflicultés particulières. La mythologie comparée est une des sciences conjecturales dont parlait Renan. Elle est loin d'être arrivée à la plénitude de son développement et demande à ceux qui l'abordent une part d'initiative et un esprit de méthode que nul ne saurait se flatter de posséder.
Lorsque la mythologie entra dans la voie scientifique, on •crut qu'elle n'était qu'une branche de la philologie et que les évolutions des noms divins expliquaient toutes les créations mythologiques Ce temps n'est plus. Depuis Clermont Ganneau et Robertson Smith, on accorde que les images et les rites, à l'instar des noms propres, ont été les facteurs essentiels de ces formations divines.
En conséquence, cette troisième partie a été divisée en trois livres : La mytholofjie des noms propres, où nous étudions les saints qui se rattachent par leurs noms, sans préjudice des autres liens, aux dieux du paganisme. Dans La mylJiolocjie des images, nous passerons en revue les images païennes qui influèrent sur le culte chrétien et donnèrent naissance à des saints. Enfin avec La mythologie des rites, nous examinerons les rites païens qui se perpétuèrent dans le culte des saints, et provoquèrent les développements de certaines légendes hagiographiques. Ces deux derniers livres formeront la matière ■d'un prochain volume.
L'étude des cas intlividu?ls d > cultes hagiographiques,
l'éploiemeiit do iioirc galerie de saints successeurs des dieux n'est qu'une vaste vérification de notre thèse générale : Le culte des saints est d'origine païenne.
Certes, nous nous écartons^quelquefois de l'optimisme de Dom Cabrol (i) et de maints ^auteurs catholiques. Mais on ne pourra nous faire le reproche qu'il adresse à Renan : d'avoir conclu de simples analogies et de simples rapprochements à lin emprunt et à une superposition. Dans nos études sur sainte Marguerite, saint llippolvte, saint Menas et tant d'autres, ou sur les origines de telle grande fête comme la Toussaint, nous nous sommes eflforcés démontrer le lien historique étroit et fort qui rattache le culte des saints au culte des dieux.
Sans doute on peut, avec Dom Cabrol, s'approprier l'argumentation de M. Loisy et dire : « Supposé que l'on puisse démontrer l'origine païenne d'un certain nombre de rites chrétiens, ces rites ont cessé d'être païens lorsqu'ils ont été acceptés et interprétés par l'Eglise (2) « . C'est fort bien ; mais c'est là précisément une des ressources apologétiques que ce grand esprit fécond en points de vue profonds et ingénieux avait proposées aux catholiques afin de pouvoir sauver la foi, j'allais dire la face, lorsqu'il serait reconnu que l'histoire concluait presque partout à l'inverse des défenseurs des opinions traditionnelles. En supposant que nous ayons démontré l'origine païenne du culte des saints, nous ne prétendons point avoir prouvé qu'il n'est pas chrétien ; mais modestement que ses sources roulaient des flots païens.
(1) a Si je ne me trompe, écrit le H. P., les faits de ce genre qu'on a relevés ne tiennent pas à l'essence de la liturgie, ou seulement à ses parties vitales, il les faut chercher sur les frontières. Ainsi on cite des fctes païennes devenues chrétiennes, des temples païens consacrés au culte du vrai Dieu, des fontaines, des statues de dieux baptisés et devenant des patrons chrétiens ». Loc cit., p. 65, Ô6.
(a) Loisy, l'Evangile el l'Eglise, p. 186. — F. Cabrol, Les origines liturgiques, 1906, p. 65.
INTRODUCTION
La rencontre des dieux.
Les religions païennes du monde anlique avant de mourir «ous les coups des missionnaires évangéliques, eurent souvent l'occasion de se confronter entre elles. Le commerce, les voyages, la guerre, la science, les arts lurent autant de raisons de contact. La rencontre fut chaque fois fertile en résultais inattendus ; mais les plus pittoresques furent sans conhedit provoqués par les migrations des dieux.
« A mesure qu'il s'établissait entre les peuples de nouveaux liens, ils se communiquaient mutuellement leurs divinités : le Grec qui avait apporté en Egypte les dieux de son pays, rapportait à son x-etour les dieux de l'Egypte, et reconnaissait la protection qu'ils lui avaient accordée sur la terre étrangère, en leur élevant dans ses propres foyers des temples et des autels. Ammon, Tsis. Sérapis, la Diane d'Eplièse, la Déesse syrienne avaient, du temps de l'ausanias et de Lucien, des temples en Grèce... Il s'établissait ainsi entre les diverses provinces un échange continuel de divinités : chaque ville, outre les siennes auxquelles elle rendait un culte particulier, en recevait de nouvelles et d'étrangères, et le génie des Grecs s'évertuait à saisir des liens et des analogies entre ces dieux rassemblés de toutes parts (i). Antioche était un véritable olympe ; ainsi l'a baptisée Libanius (2). L'Attique, selon l'expression d'Hégésias (u), u était pleine de
(.1) Bœck et Frinz, Corp. insa-. ;;r., t. IH, p. 3o3 et suiv.
(2) Liban. Antioch. 0pp. t. Il, p. o,"),!.
(3) liégésias, ia Straoonis Gcogra. 1. IX.