La MÉTHODi: TOPOCnAPHIQTJE
Du rapprochement des noms de lieux (pays et sanctuaires) avec cerne des dieux et des saints (jui s y sont succédés.
L'utilité d'employer les indications topographiques fournies par les noms des lieux où se faisaient les pèlerinages ou les lédicaces des édifices sacrés, pour apporter quelque lumière
(i) L'étude (les origines des fondions des dieux et des saints est trop importante pour n'être traitée qu'en passant. Nous y reviendrons plus tard.
r^ur l'origine d'un culle. osl d'une évidence qui dispense de ioute justification.
L'un des princlpauv rej)roches que l'on a cru pouvoir faire à la méthode philologique pour la recherche de l'origine des dieux est d'avoir négligé les données archéologiques et topographiques (i).
u Sans contester la valeur de la théorie fondamentale, écrit M. Y. Bérard, on peut bien reconnaître que la plupart des philologues, dans la pratique de leurs méthodes, ont eu le tort de considérer les mythes grecs en euv-mêmes, de les étudier pouf eux-mêmes et par eux-mêmes, sans tenir grand compte de la (lilTérence des pays où nous les rencontrons et où peut-être ils sont nés (2). »
Les mythologues de l'école de Forchammcr (3) ont 1 Tailleurs été suivis dans cette voie par les hagiographes et jious ne saurions trop signaler l'importance du livre de M. Dufourcq établissant que pour le christianisme comme pour toute autre religion, aucune conquête n'eût été possible s'il n'eût commencé par assimiler les cultes locaux. « C'est paf les cultes intercesseurs que le Christianisme a conquis les foules et c'est grâce à ces cultes que celles-ci ont pu passer des religions polythéistes à la religion chrétienne catholique ('4) ».
Ce fait établi, nous pourrons distinguer deux sortes del données topographiques : le.^ unes qui nous sont fourniesl par les édifices, les statues, les inscriptions des cultes anciens ou par leurs débris ; les autres, par les noms de lieux J ^ous nous occuperons de chacune d'elles successivement.
(ij Otto Gruppe, Die Griecltisclwn Kulle und Mvlhen in ihren Beziehungenl ;ii lien Orienlalischen Beligionen, Leipzig, 1887, in-S".
(a) V. Bérard, f>e l'origine des cultes arcadiens, 189/1, ë^ in-S», p. 3l.
(3) D'' P. W. Forchammer, Prolegomena :ur Mythologie ah WissenschajA *ind I.exikon der Myllien-spraclie, Kiel, 1891.
(4) A. Dufourcq, Etudes sur les Gesta marlyrum romains, Paris, 1900, in-8*| p. 420. Voir encore du jucme auteur : Comment dans i'empire romain les foula ont-elles passé des religions locales à la religion universelle ;le Christianisme? dai Kevue d'histoire et de littérature religieuse, 1899, ^^1 P- -'■'9 ^"ï' publié depUÎH en brochure. Le christianisme des foules. Etude sur la fin du paganisme populaira ft sur les origines du culle des saints, Paris, JQoS, in-ia.
LES SAINTS SUCCKSSKUns DKS DIEUX 33'i
. — De l'attribulion des temples à des saints qui ont des noms apparentés à ceux des dieux (juils remplacent.
« Lorsque les temples des idoles, les bois sacrés, écii\ai( saint Augustin, ont été consacrés en l'honneur du vrai Dieu, on a t'ait de ceux-là ce que l'on lit pour les hommes (|iii, d'impies ou de sacrilèges qu'ils étaient, furent changés on fulf'les de la vraie religion.
(I On n'extermina point ceux-ci. on les convertit, on lechangea, de même on ne détruisit point certains objets, cerhiines coutumes, on les consacra à Dieu et à ses saints. (^)uand on renversait les uns.c'étail pour protester énergiqucnient contre l'erreur : quand on consacrait les autres, on les Jaisait servir à l'usage et au triomphe de la vérité. Les chn-liens moins que personne ne doivent pas rejeter une chose bonne pour la raison qu'elle a appartenu aux païens; le bien où qu il se trouve n'est ni de celui-ci ni de celui-là, il est de Dieu qui en est l'auteur et le propriétaire. Par conséquent . continuer de bons usages qui ont été pratiqués par les idoiàtres, conserver des objets et des édifices dont ils se sont servi, ce n'est pas leur emprunter, c'est au contraire leur reprendre ce qui n'était pas à eux et le rendre au vrai maître, à Dieu, en le lui consacrant directement dans son culte, ou indirectement en l'honneur de ses saints, mais toujours à sa plus grande gloire (i) ».
Toutefois, on doit faire observer que les appropriations dont parle saint Augustin n'étaient point faites au profit des saints mais de Dieu (2).
(i) P. L , 33, col. 18 j; Saint Aug.^ tJpislolarum elassis, II, Epis! , iy, Pablirol^.
(î) Conl. Semi-Ar'ianos, cap. ao.
(( Si les Ariens, dit saint Augustin, lisaient quelque part que }' le temple de Salonion qui n'était que de bois et de pierres eût été érigé au Saint-Esprit ; il est évident qu'ils ne nieraient pas ■que le Saint-Esprit fut Dieu parce que la structure des temples regarde le culte de latrie ( i). » ii
« Voilà pourquoi, assure-t-il, nous n'élevons pas de temple» et d'autels aux martvrs ni ne leur offrons de sacrilices parce que c'est le Dieu qu'ils adorent qui est notre Dieu et non pas eux. »
« Nous ne bâtissons pas de temple à nos martyrs comme à des dieux mais seulement des Mémoires comme à des hommes morts dont les âmes sont vivantes en Dieu (2 ). »
(' Les temples, les autels, les sacrifices, dit-il encore, ne sont dus qu'au vrai Dieu et si j'érigeais un temple de bois ou de pierre à quelque Ange très excellent je serais anathématisé, car je rendrais à la créature un culte cpii n'est dû qu'à Dieu (3). »
Un siècle et demi après l'évêque d'Hippone, Grégoire le (îrand devait donner à la méthode d'appropriation une toute autre ampleur.
Vu moment d'entreprendre chez les Anglais la mission ({ui entraîna la conversion du roi Etelbert, le moine Aug:uslin reçut une longue lettre de saint Grégoire 1 4)- Il lui recommandait principalement de tenir la main à la destruction des idoles et des temples des fausses divinités. Mais, plus tard, frappé sans doute des sentiments intenses de révolte et de rancune que provoquèrent ces procédés violents, il écrivit dans un tout autre esprit au moine Melittus qui allait rejoindre le révérend Augustin.
(( Dites-lui de se garder de détruire les temples des idoles : il ne faut détruire que les idoles, puis faire de l'eau bénite, en arroser les temples, v construire des autels et y placer des reliques. •S't ces temples sont bien bâtis, c'est une chose nécessaire qu'ils pansent du culte des démons au service du vrai Dieu : car, tant que la nation verra subsister ses anciens lieux de dévotion, elle sera
(i) De Ciml Del, Lib. VIII, cli. final et livre \XII, c. i.
(2) Ep., XLIX., quest. 3 et lib. I, contr. Maxim., arguni. î.
(3) P. L. T. LXXVII, Lib. XI, EpUl. 66.
LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX SSfx
plus disposée à s'y rendre par un penchant d'Iiabilade, pour adorer le vrai Dieu, lorsqu'elle aura rejeté ses erreurs (i). »
L'auteur de cette lettre fut un grand pape et un grand politique. On a pu dire de lui très justement : « C'est un Komain des anciens jours ; mais un Romain qui avait mis au service du christianisme l'inflexible génie de sa race (2). » Il faudrait ajouter cependant qu'il n'y avait d'inflexible chez lui que la volonté du triomphe. Il fut d'une inqualifiable servilité vis-à-vis de Phocas, qui fit égorger toute la famille impériale. Parrain du fils de l'empereur, saint Grégoire ne craignit pas d'écrire à l'assassin de son lilleul : « Quelquefois quand Dieu a résolu de soulager le cœur des affligés par sa miséricorde, il élève au souverain pouvoir un homme dont la générosité répand dans le cœur de tous, les joies de la grâce divine. Nous espérons être bientôt fortifiés par l'abondance de cette joie, et c'est pourquoi nous nous réjouissons de voir votre bonté et votre piété assises sur le trône impérial. Qu'il y ait donc fête dans les cieux et allégresse sur la terre !''3). »
C'était donc un politique habile, allant au but toujours, mais n'hésitant pas à s'accommoder aux circonstances et aux mœurs.
Il jugeait l'histoire des Juifs en homme d'Etat, et écrivait pour les Lombards des Dialogues (SgS) appropriés à leur mentalité de sauvages (/j) ; mais il n'oublia jamais le soin de
(i) P. L., T. LXWII, Lib. XII, Epist., 76, col., ui5-i2i6.
(2) L. Pingaud, La poUlique de saint Grégoire le Grand, 1872, p. &o.
(■r>) Sur les trois lettres de Grégoire à Phocas. Epist. XIII, S^, t\i, 4a. Franz GÔrres, Papst Gregor der Grosse und Kaiser Phocas dans Zeitschriftfûr wissenscliaftlichc Théologie, t. XLIV, 1901, p. 092-602.
(4) Oa peut en juger par ces quelques traits : « Galla, fille de Symmaque consul et patrice, avait été mariée de très bonne heure, mais elle était devenue reuve dè^ la première année de son mariage. Ses richesses et son âge l'appelaient à de secondes noces et les prétendants étaient nombreux ; mais elle préféra s'unir à Dieu par des liens spirituels... Comme elle était d'une nature ardente, le» médecins lui dirent que, si elle ne se mariait pas, il lui viendrait de la barbe ; c'est ce qui arriva en effet. Mais cette sainte femme ne craignit pas ce défaut
r?3r> LES SAINTS SUCCKSSRURS DES DIEUX
la barque dont il tenait la barre. Louvoyant quand il fallait, il manœuvra toujours ad majorem gloriain Dei{i).
J.a tradition nouvelle était désormais instaurée pontilicalement et ne pouvait manquer de donner rapidement des fruits. Boniface lY, successeur de Grégoire, n'hésita pas à appliquer la méthode au cœur même de la catholicité. Il accommoda plusieurs temples païens au culte chrétien. Jt les sanctifia en y faisant transporter les os des martyrs. l*]l A.nastase, bibliothécaire du pape, écrit au sujet de «'-es nouvelles consécrations :
« Toutes choses qui étaient autrefois profanes à Rome ne sontelles pas devenues sacrées P Tous les temples des faux dieux . n'ont-ils pas été changés en des églises des Saints ? Le Temple d'Apollon, au Vatican, n'a-t-il pas été converti en église des Apôtres, celui de Castor et de PoUux au marché de Rome n'est-il pas à présent l'église des Saints Cosme et Damien ? Le Panthéon qui était autrefois le temple de toutes les idoles n'est-il pas maintenant l'église de la Vierge et de tous les Saints (2) !' »
N'était-il pas inévitable que l'application d'une telle méthode conduisît à certains excès 1* Parfois, en effet, on intro-
eïtérieur parce qu'elle aimait la beauté de son époux céleste et qu'elle savaitque cette difformité ne la priverait pas de son amour. » Liv. IV, cli. un.
. Une autre fois, il nous parle d'une religieuse qui, ayant mangé une laitue sans avoir fait le signe de la croix avala avec, un diable qui y était assis. Liv. I, eh. IV. — Ailleurs c'est un novice qui, dégoûté du monastère, s'enfuit mais y rentre aussitôt poursuivi par un dragon qui voulait le dévorer, L. II, ch. XXV.
Tout ce livre célèbre est écrit avec la même simplicité. On pourrait justement croire à une candeur exagérée chez Grégoire le Grand si la quatrième partie n'était surtout une démonstration de la réalité de l'autre vie et des peines futures à grand renfort de visions et d'extraordinaires récits de miracles,
(1) Voir l'appréciation de Thomassill, Traité des fêles de l'Efjlise, p. :)07-
(3) De Donal. Constant, p. a63. Saint Etienne remplaça Hercule au temple du marché aux bœufs. Sainte Marie l'égyptienne succéda à la Fortune ; Saint Adrien à Saturne. La Vierge fut substituée à la Bonne Déesse dans Sainte- Marie Aventin, à Vénus Victorieuse dans Sainte Marie dans la fosse peinte, à Isis dans Sainte Marie en Equirio, à Vesta dans Sainte Marie de Grâce, à Minerve dans le temple du marché romain. Il serait je crois inutile d'allonger celle liste, voir Bonstetten, Voyar,e dans ie Lutium, p. 35. Hoffbauer. 1^ '•"rum romain, igo^), info, p. i33.
LES SAINTS SUCCESSEURS IJES IMEUV A^n
(luisait un saint dont le nom rappelait plus ou ruolns exàdcment le nom du dieu détrôné.
A Rome, sur l'emplacement d'un ancien temple d' Apollon, on a dédié une église à sainte Apollinaire. L'église Sainte- Martine, d'après une inscription qui nous a été conservée, fut bâtie au lieu où s'élevait le temple du dieu Mars (i). Un ancien sanctuaire de Vénus en Haute-Bretagne est dénommé au IX' siècle Ecclesia Sanctœ Veneris, plus tard il passe au nom de saint Yénier (2).
« Pour avoir constaté parfois quelque analogie entre le vocable chrétien des temples transformés et leur ancien titre, écrit le Père Delehaye, quelques érudits ont cru pouvoir attribuer à l'église un système de christianisa tion des sanctuaires païens témoignant de bien grands ménagements à l'égard des nouveaux convertis. Afin de leur laisser l'illusion de ne pas rompre complètement avec leur passé, on aurait placé les églises nouvelles sous le patronage des saints dont le nom ou la légende rappelait la divinité honorée au même lieu.
« Que l'analogie soit phonétique ou qu'elle soit symbolique, les archéologues s'en tireront toujours et n'auront pas de peine à signaler quelque ressemblance entre les nouveaux titulaires et les anciens...
Là où nous avons pu constater historiquement l'action de l'Eglise, favorisant le culte d'un saint pour déraciner un culte superstitieux, nous n'avons trouvé à relever aucun lien apparent ni entre le nom ni entre la légende du saint et ceux de la divinité païenne qu'il a supplantée (3). n
Les textes que nous venons de citer démontrent surabondamment les grands ménagements dont l'Eglise a usé vis-àvis des nouveaux convertis. Certes, on peut signaler des rap-
(i) Pic Franchi di Cavalieri, Sninle Martine dans Romische QuurUtlschn/t, t. XVII, igoS, p. 2 2 2-2 36.
Marlirii gesluns vinjo, Marlina coronam.
Ejecta hinc Martls numine templa ienel.
(a) Guillotin de Corson, Traditions de la Haute-Bretagne, I, 333. (3) Les légendes liagiographujiies, p. ig/i-lQû.
prochements phonétiques ou symboliques qui n'existent que dans l'esprit d'érudils ingénieux ; mais est-il possible que la christianisation systématique des lieux sacrés ne se fut pas appuyée à l'occasion sur des homophonies et des appropriations de légendes ?
(i L'assimilation symbolique, écrivait Petit de Jullevllle, fut probablement conçue, proparée, adoptée par l'Ei^lise. Certes les évêques du \'^ et du vi" siècle avaient une autre foi que la nôtre ; ils crurent cependant qu'il serait insensé de vouloir extirper absolument des cultes séculaires profondément enracinés dans la conscience populaire ; ils se contentèrent de les purifier en les transformant. L'idée demeura mais rajeunie, transfigurée, revêtue d'une forme chrétienne. Atliéné, lille aînée du cerveau de Zeus devint la Sagesse de Dieu : Hagia Sophia (i). »
On a retrouvé dans le Parthénon cette inscription : « L'an 63o du salut fut restauré ce temple de sainte Sophie (2) » et une fois christianisé on n'hésita pas à peindre des figures chrétiennes sur les murailles du temple de Minerve. « ^ous y avons admiré, écrit Didron, tracé à cru sur le marbre des parois intérieures, quelques longs personnages debout et des bustes encadrés dans des médaillons fleuris. Ces peintures remarquables ont été faites par des chrétiens (3). »
Dans le gymnase d'Adrien et celui des Cynosargues. saint Michel Hagios asomatos) a remplacé Héraclès. IN 'étaitil pas indiqué que le vainqueur du serpent remplaçât le destructeur de l'Hydre de Lerne (4) ? Tous deux ont vaincu les puissances des ténèbres.
liCS saints médecins Cosme et Damien ou les saints anargyres ont vu leurs églises s'élever sur l'emplacement probable de l'Anakeion ou temple de Castor et de Pollux, les
(i) liccherclies sur rcmpkucmcnl et le vocable des églises chréliennes en lirèir. dans Archives des Missions scientifiques, 2^ série, t. V, 1868, j). 52 1-52 0, (a) Petit de Jullevllle, i^oc, cit., p. /470 et5i6.
(3) Manuel d'Iconorjraphic chrétienne grecque et lative, Paris, i845, in-S", p. 11.
(4) Petit de Jullevllle, loc cit., p. 48'i-49G : jo2-5o3.
LES SAINTS SL'CCESSEUKS DES DIEUX SSq
héros anargyres (i). Les uns cl los autres ont été invoqués comme divinités bienfaisantes el guérisseurs sacrés. Les (Irecs appelaient les jumeaux les secourables. la substitution (les Vnargyres aux Dioscures est d'ailleurs tV<;(juente en (îrèce.
Saint Nicolas est en Grèce le pation des matelots et le ])rotecteur des ports. Une église Sainl-Nicolas remplace à Vthènes un hiéron de Poséidon, 2), une autre église de ce saint s'élève à Golona, bourg spécialement consacré au dieu lies mers (3 .
iV Panagia Blastiké, la \iergc qui fait germer, sont dédiées deux églises remplaçant l'une le Leokorion, l'autre le temple d'Ilithyie. Le premier commémorait la cessation d'une fa- \ mine, llithyie est la déesse des accouchements. La Vierge y lut d'autant plus facilement substituée que la déesse antique était représentée chastement voilée de la tète aux pieds (4)-
Dans la banlieue d'Athènes au village de Saint-Sabas il existe une église d'Hagios Demétrios qui de l'avis de Leake (5), Hanriot (6), Fr. Lenormant (7), Petit de .lulleville (8), a remplacé un temple de Déméter.
A Eleusis nous rencontrons une autre église d'Hagios Demétrios sur l'emplacement du grand temple de Déméter (9).
Il ne serait donc pas impossible de justifier la théorie que critique le Père Delehaye, surtout en insistant sur l'assimilation fonctionnelle du saint et du dieu ou, en d'autres termes,
(i) Petit de Julleville, Loc. cit., p. 5o2. (i) Petit de Julleville, Loc. cit., p. ',88.
(3) Petit de Julleville, Loc. cit., p. /ii(3. Sur Poséidoa patron de matelots voir encore p. Sog-Sio.
(61 Petit de Julleville. p. /iSi-iS; ; p. Su. ^
(5) Leake, The lopographv of Alhens, London, l84i, in-8», p. ^t.
(6) Hanriot, Recherches sur la topographie <hs dèmes dans FAttique, Napoléon, Vendée, iS33, in-S", p. 49.
(7) F, Lenormant, Monographie 'le la voie sacrée éleiisinienne, Paris, t864, lin-8».
(8) Petit de Julleville. loc cit., p. 492.
(9) D. Leclercq, V» Alhènei- àans F. Cabrol, Dirt. II, 3069.
sur la survivance des w offices » dans un même sanctuaire (i) ; mais n'v a-t-il pas de méthode plus probante pour établir les liens topographiques du saint et du dieu?
S 11. — Des saillis (/ai ont succcdc à des dieux dans des lieux qui empruntèrent leur nom au dieu remplacé.
« Les noms des rivières, écrivait Lcibnitz, étant ordinairement venus de la plus grande antiquité connue, marquent mieux le vieux langage et les anciens habitants ; c'est pourquoi ils mériteraient une i(>rhorche particulière. Et les langues, en général, étant les plus anciens monuments des peuples avant l'écriture et les arts. C'est pourquoi les étymologies bien entendues seraient curieuses et de conséquence ; mais il ne faut donner créance aux étymologies que lorsqu'il y a quantité d'indices concourants 2'. n
Ce principe de Leibnitz est évidemment applicable à la re-
(i) Dom Leclercq est d'ailleurs d'un avis tout contraire au P.Delehaye.U écrit : « Les chefs de Tétrlise d'Athènes mirent une habileté et une ténacité remarquables à placer leur peuple dans l'impossibilité de retourner au paganisme. A cet effet, grâce à une innocente supercherie et comme par une douce contrainte, ils amenèrent les convertis à transporter sur des personnages nouveaux l'hommage lui-même qu'ils avaient l'habitude d'offrir à leurs vieilles divinités caduques. Au moyen d'une assimilation habilement imaginée, on détourna les habitudes invétérées, on les dirigea dans une voie nouvelle, mais de telle façon que les esprits simples et ignorants toujours préoccupés par dessus tout de ne pas rompre avec ce qu'ils 6nt fait auparavant, ne s'aperçurent pas de ce qu'on leur faisait faire...
« Les substitutions de vocables se sont faites, à Athènes et dans l'Attique, suil vant trois méthodes ; on s'attache au son du nom d'un saint, au sens de ce nom, ou à la légende même dégagée du nom...
« L'élude que nous venons de faire sur le vocable et 1 emplacement d'un grand nombre d'églises en Attique, nous a montré plus de quatre-vingts églises chrétiennes s'élevant sur l'emplacement de temples antiques et dédiées presque tou-| jours sous des vocables, qui rappellent sensiblement les vocables des templeauxquels elles ont succédé ». V° Athènes dans Cabrol ,Dict. II, Soya-^i. Oi voit qu'entre les deux opinions, il est loisible de tenir un juste milieu.
(i) Leibnitz, .\ouveaux essais sur l'entendement humain, Liv. III, ch. ii, S l| (ouvres, éd. Jacques, T I, p. 212. Renan a insisté, à plusieurs reprises, snl la fixité des noms géographiques ; Histoire du Peuple iFIsrael 1, 327.
cherche des origines païennes des saints, les noms dos Heux étant bien plus difficiles à changer qu'une légende ou mêmfr qu'un nom d'idole. M. \incent Durand, qui ignorait probable ment ce texte de Leibnitz, n'en avait pas moins imaginé de tirer parti des noms de lieu pour la recherche des sanctuaires du paganisme (i). Cette même méthode nous servira à confirmer par le nom topographique de présumées substitutions saintes ('2).
Saint Pelinus (3) : (< La Dca Pelina ou Peligna était la divinité tutélaire des Pélignes, dont la capitale était CorQnium. C'est dans cette ville aussi qu'on fait naître San Péllno.
u La légende chrétienne qui fut écrite pour faire oublier le mythe païen, fait de ce saint un évèque de Brindcs, martyrisé sous Julien l'Apostat. Les prières de Pélino ayant eu le pouvoir de faire écrouler l'autel et le temple de Mars, les prêtres du dieu, témoins du prodige, se ruèrent sur lui, et l'entraînant au dehors des murs renversés, le massacrèrent après l'avoir couvert de quatre-vingt-cinq blessures. Son corps recueilli par les chrétiens lut transporté à Gorfinium ov'i de nouveaux miracles signalèrent
(i) Du parll qu'on peut tirer des noms de lieux pour la recherche des simclaaires (hi paganisme en Forez, Montbrison, 1894, gfl in-8°. On a d'ailleurs essayé d'appliquer une méthode analogue à la recherche des antiquités, Cf. Ad. Blanchet. De r Importance de certains noms de lieux pour la recherche des antiquités, <Jaen, 1899, in-S».
i-î) D'après M. JBérard (J^es Phéniciens de FOdyssée, Paris, igoa), un i;rand nombre de noms de lieux dont le sens s'était aboli, aurait été expliqué par des noms propres de personne, MM. Hubert et Mauss rejettent avec raison <ette théorie dans sa généralité. Année sociologique, VI, p. 26^. Mais le fait a ilù se produire. La légende de N.-D. des Souris à Capoue dans laquelle l'indication topographique contenue dans le vocable. Sainte-Marie de Surici fut interprété par Notre-Dame des Souris pourrait servir à appuyer cette théorie. Cf: F. de Simone BrOU'Wer, La madonn dei Sord dans Rendiconti délia R. Academia dei Lincei, série V, t. \II, 1908, p. 3-a8, oy-So et Analecla Bollandiana,
i xxiii (1904), p. 341-342.
La théorie que nous soutenons est fort différente, bien qu'apparentée. Le cas d'un dieu ayant donné son nom à la localité ou il était particulièrement vénéré n'est point rare. Nous pensons que cette circonstance dans le cas où le culte du dieu survivait à son souvenir précis, devait engager les dévots à donner son nom à son successeur.
(3) On peut consulter sur ce saint . Ilagiol, ilalic. l. II. p. 028, sq : les Oj- Jkia SS" Patronorum Ecclesise Brundusinœ, Rome i853, et Cahier Caractéristiques, des Saints II, 783.
'Ml2 LES SAINTS SUCCKSSKLRS DES DIEUX
sa présence. Son culte v devinl célèbre, et il fit oublier celui de la Dca Pelina dont le saint portait le nom. Sur les ruines du temple s'éleva l'éylise qui lui i'ut consacrée. On y conserve une légende manuscrite cjui rappelle les principaux actes de ce martyr dont la fête est fixée au 5 décembre, jour où, dans le martyrolo^^e romain, est simplement indiquée la mémoire qu'on en fait dans les autres églises (i). »
Saint-Ylie : Saint-Ylie est un village très ancien placé sous le patronage de saint Illis ou Illide (lUidius). Agilmar ou Aimar, descendant des comtes d Amaous, né dans le château de ses pères à Dole, capitale du comté, occupait depuis peu de temps le siège épiscopal de Clermont lorsque les INormands fondirent sur l'Auvergne et la ravagèrent. Obligé de fuir devant ces barbares, le pieux évèque chercha un refuge dans sa patrie, emportant avec lui les reliques de saint Allyre, l'un de ses illustres prédécesseurs. Ce seraient ces reliques, connues sous le nom de reliques de saint Illis, cpii auraient donné leur nom au village oi!i elles furent déposées (2).
Telle est la tradition et disons de suite la légende. Saint-Ylie est entouré des localités de Parthey, Tavaux. Goux et Mont-Roland. Or, on découvrit en 1720, entre Tavaux et Parthey. un beau buste en bronze de Diane Ilithye. Tout le sol de Parthey, le pays de Parta, est extrêmement riche en débris d'origine romaine : tuileaux. fûts de colonne, etc., etc., près de Parthey, un lieu dit du Défan indique un ancien bois sacré {deae faiiuin , (3 . Il ne paraît Jonc pas tlouteux qu'un culte ait été rendu à Diane Ilithye ou à Junon l^arta, au village de Parthey. Le sacellum du village de Goux
(l) M. de Ring, Etudes Uaijio;iraithi<fn,'s dans Revue dAhace, i856, t. VII, p. 358-35g. Voir aussi De Sivry et Champagnac. Dld. des Pèlerinages^ ÎMii^ne, Paris, i85i, t. II, col. 5o4 au mot San Qairini. Ils adoptent celle liy-' pothèse en semblant s'appuyer sur l'autorifé de "Valéry. Vovntje en Italie, 1816-1818, Paris, 1882. in-S", t. III. p a86. Ce dernier ne parle point de saint Pelinus ni de la déesse Pelina. Pelina devait être probablement une forme de Diane.
(a) Marquiset, Slalisli<jiie liisloriijuc </.■ Van-ondissemenl de Dôle, Besançon. i85i, Tome I, p. 079.
(3) Monnier, Traditions populaires comparées, Paris, iSâ.'i, in-8*, p. 3Co.
était, d'autre part, évidemment dédié à Diane, puisqu'on \ découvrit, outre une épaule de biche, une jambe nue d(' femme avec le pied lacé (i). Sainl-Ylie était par conséquent le centre d'un culte de Diane qui était d'ailleurs également honorée sur le mont Roland. Son temple lut remplacé par un oratoire de la Vierge. Elle y est invoquée, encore au jourd'hui, pour les accouchements hciucux.
Saint mis qui fut assimilé à saint Allyre par certaines légendes, à saint Hilier fHilarius) par d'autres, est donc de laçon très probable une substitution à sainte Ilithye. C'était l'un des vocables disputés par Diane à Junon Lucine et à Vénus pour bien établir sa juridiction sur les naissances et les nouveau-nés. Je ne saurais d'ailleurs en offrir un meilleur témoignage que ces beaux vers d'Horace dans son hymne en l'honneur de Diane et d'Apollon (2).
« Rite maturos aperire partus Lenis Ilithya, tuere matres .
Sive tu Luciiia probas vocari Seu Genitalis
Diva, producas sobolem, patrumque l'rosperes décréta, super jugandis F'eminis, prolisque novœ feraci Lege marita. »
On peut dire que la substance de saint Allyre a été transfusée dans le vieux nom divin d'Ilithye qui avait été conservé par la dénomination topographique, puisque la légende elle-même met en relation le nom du saint et le nom de la localité ;3).
(1) Monnier, Annuaire du Jura, pour i84i.
(2) Horace, Carmen ssec, 12 suiv.
(3) Sur celte substitution, voir ; Normand, ]>issfrlation sur l'antiquité lie Dole, l'jlih, p. 85. — Monnier, Ess<ii sur rorigine de la Séquanie, p. 227. — Marquiset, Slatistique de r arrondissement de Dole, Besançon, iSâi, articles sur CLoisev, Cressev, Damparis, Foucherans, Goux, Mont-Roland, Parlhe>, Tavaux, Saint-Ylie :"l, 3/i8-35o ; 367-868 ; 879-380, et II, 356-358.
S/^/i LKS SAKNTS SUCCESSEURS DES DIEUX
Dieux et saints des forêts. — Saint-Pan : Roussel, l'auteur d'un monumental dictionnaire du département du Jura, cioit voir dans le nom de Sampans, localité des environs do Dôle, une preuve d'un ancien culte en l'honneur de. Pan (i). Sampans, est écrit Saint Pan. dans les chartes des xin' et des xn' siècles. Ch. Thuriet, qui adopte l'opinion de Rousset, pense que ce saint Pan, qui n'est d'ailleurs plus honoré aujourd'hui, fut jadis le patron des bûcherons et aurait sous cette forme succédé au dieu des forêts (2;. J'avoue que cette opinion ne me semble pas des mieux démontrées. Ces écrivains locaux auraient-ils pu l'appuyer de raisons qu'ils ne nous ont pas fait connaître ? Je l'ignore.
Saint Silvain : « A Levroux, sur le territoire do Bourires, écrit 11* Père Deleliave, on célèbre la fête, le 23 septembre, d'un saint Silvanus, prêtre à qui l'on donne pour compagnon saint Sylvestre. Sa légende sous les formes diverses qu'elle a revêtues (3) est dépourvue de toute valeur et n'offre pas la moindre trace d'un récit plus ancien qui nous ramènerait sur le terrain historique. Le plus ancien souvenir que nous avons du culte des deux saints est un texte de martyrologe. Parmi les additions que le martvrologe Hieronymien a reçues au pays de Bourges et dont le manuscrit de Berne conserve les vestiges, il y a celle-ci au a'2 septembre : Beturico vico nunciipante Libroso sancti Silvani et Silvrslri. A quelle époque remonte cette annonce ? Elle est antérieure au ix'' siècle, c'est tout ce que nous pouvons affirmer et elle n'est peut-être pas beaucoup plus ancienne. Ceci nous ramènerait à une époque où le culte des saints ne se développe plus avec les garanties d'autrefois, où l'on a perdu le sens de l'antiquité et où de graves méprises deviennent possibles. La rencontre dans une même formule des deux noms Silvanus et Silvestris peut être fortuite mais elle ne laisse pas d'éveiller les soupçons. Nous avons vu que Silvestris est un des vocables sous
(i) A. Rousset, Diclionnaire <jecg. hisl. et stutis. Je lu Franclie-Comlé, (lassé par déparlements (Jura). Besançon, iî.55, t. V, p. SafS
(3) Traditions populaires du Juru, Poligny, 1877, p, lio.
(3) li. II. L., 7722-7728. Le saint Sylvain tionoré à La Cellc-Bruvères, dans le Berry n'est autre, de l'avis des érudits du pays, que celui de Levroux. Cl". Analccta Uollondiunu, t. XV, p. 33o 3i.
lesquels (le dieu) sanctus Silvanus est honoré par ses fidèles. Que la iTunion de trois mots sur une inscription votive, ou simplement la formule Silvano silveslri sacrum dont nous avons des exemples ait suffi au peuple et au clergé de Levroux pour croire à l'existence d'un saint Silvanus et d'un saint Silvestrc, dont il avait jusque-là négligé la mémoire, c'est une conjecture dont les données historiques ne prouvent nullement l'invraisemblance (i). »
Ce saint Zachée, car c'est encore lui, bien que nous l'ayons déjà rencontré sous le nom de saint \madour. aurait été aj)pelé Sylvain du mot Silvanus, « homme qui habite les forets n, disent les légendaires, parce cju'il se serait retiré sur la fin de sa vie dans les forêts du Berry (2).
Un ancien archiviste de la Creuse, M. Louis Duval (3). a remarque après Maury (4) que les marches de la Creuse, du lîerry, du Poitou et de l'Auvergne renfermaient beaucouj) d'appellations topographiques dans lesquelles on retrouve le nom de Sylvain. Tous deux en ont conclu que ce devait être une contrée renfermant de nombreux bois à l'époque galloromaine. Les nombreux lieux dits de la région où l'on retrouve les mots faux et faye (du isiiin fag us, hêtre) viennent d'ailleurs confirmer cette hypothèse (5).
Le culte de Sylvain devait donc être commun dans cette partie do la Gaule romaine et saint Sylvain de Levroux serait donc bien plus vraisemblablement l'ancien Silvanus gallo-romain que le Zachée de l'Evangile (6).
Les détails de la légende locale sont d'ailteurs fort propres
(l) H. Delehaye, Sanctus SUvanut; clans Analecla Bollan'llaïui, I(jo6,
p. lt)2.
{■>.) Abbé E. Duroisel, Soint Sylvain, Uourges, 1898, p. 66.
(3) L. Duval, Esquisses marchoises. Superslilions et Légendes. Histoire et critique, Paris, 1870, in-i2, p. 97.
(4) A. Maury, Les Forêts de /a Gaule, p. 305.
(5) L, Duval. Loc. cit., p. 98-99.
(6) Baillet, Les Vies des Saints, IX, 580. « On ne trouve clans aucun livr» digne de foi que ce saint soit le même que Zachée le publicain de l'Rvangile •[ui fut converti par J.-Gh. Ce qu'on en dit n'est que le (ruit d'une tradition vulgaire ».
346 LES SAINTS SUCCESSliUaS DES UIEUX
à établir que le culte de Saint Sylvain de Levroux devait se rattacher au culte de quelque dieu local phallophore.
Sylvain et Sylvestre, venus en Gaule pour y prêcher l'Evangile, auraient converti une jeune fille nommée Rodène et baptisé son fiancé, nommé Coriisciilus. Quoiqu'il en soit, ces deux personnages ont reçu un culte sous les noms de sainte Rodène et de saint Courroux.
L'église de Levroux est dédiée à saint Sylvain et à sainte Rodène, c'est dire que leur culte est étroitement associé. Quanta saint Courroux, son fiancé, il a été baptisé par les ])rotestants du nom de Grelnchon (i), en mépris de son aspect indécent. Comment ne pas songer, en le voyant, aux satyres antiques. Et, d'autre part, d'après M. Duval, une fête de notre saint Sylvain au 17 juillet coïnciderait précisément avec celle dnn certain saint Satyre (2 .
Dieux et saints des eauj:. — Les sanctuaires qui devinrent le but d un pèlerinage et l'objet d'une dévotion particulière sont le plus souvent en rapport avec quelque source ou (juelque hauteur. L'origine topograpliique du culte des eaux et des montagnes étant évidente, les survivances de ces cultes devraient pouvoir nous fournir de nombreux exemples de ces appropriations phonétiques.
Saint Cannât : Ayant lu dans M. Réranger-Féraud que « la fons canata d'on ne sait quel coin de Provence ou fontaine aux roseaux s'est transformée en fontaine saint Cannai » (3), je n'y attachai pas grande importance, cet auteur Il en fournissant aucune preuve.
A quelque temps de là je rencontrai la fable suivante dans
(i; CatherinOt, Les sanctuaires du Berry, p. 12.
12) L. Duval, Lor. cit., p. log. — Un autre suinl Sylvain : saint Sylvain tl'Ahun (Limousin) a emprunté la passion de saint Symphorien d'Autun le «onlempteur de Cybèle ou Bérecynthe. Kn revanche, nous retrouvons saint (jreluchon dans l'Autunois sous le nom de saint Greluchot et caractérisé par le même faciès. Bulliot, Le niite ties eaux dans Mémoires lus à ia Sorbonne (Archéologie), 18G7, p. 22.
(3) Bérenger-Feraud , Superslilions et sarvivances, III, 35G.
LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX Mi'J
les Métamorphoses d'Apulée : « Ki\ ec moment, pnr hasard. Pan, le dieu rustique, était assis sur un terlre voisin du fleuv(>. Il avait détaché de la terre quelques-uns de ces roseaux qui furent la /zjmp/ie Canna et, les ayant réunis, il leur apprenait à reproduire toutes sortes de sons » (i ).
Je me demandai alors si la légende latine n'aurait pas pu se fixer sur les bords de quelque lontaine provençale où la nymphe, avec le christianisme, aurait du céder la place au saint ?
,Te résolus de m'informer sur le compte de saint Cannât. Baillet l'ignore et les Bollandistes ont jeté du doute sur son existence. Mgr Duchesne en parle comme du septième évéquc de Marseille, mais il note : que son épiscopat u n'est attesté que par une tradition liturgique, respectable il est vrai, mais pour laquelle on ne produit aucun document antérieur à ii2y )) (2). La Ga///a Chrisliana a supprimé son épiscopal ; mais l'abbé Albanès, historiograj)he du diocèsede Marseille, osl mieux renseigné.
(( C'est comme cvêque de Marseille que ce saint a toujours élé honoré chez nous, et honoré plus que ceux qui sont venus après lui. Il avait dans notre ville, qui en comptait un si petit nombre, une église paroissiale dédiée sous son nom ; église antique dont il est impossible d'indiquer l'origine, et que nous voyons dès le XI® siècle. Ses reliques étaient l'objet d'une dévotion peu commune, et au xi° siècle aussi, rarchcvêque d'Arles, AicartI, donnait des fonds pour réparer sa châsse d'argent. Au siècle suivant, son corps était dans le grand autel de la cathédrale ; et quand l'évèque Raimonil ht, en 1122, la translation des reliques de son église, ilnonnna, en tète de toutes, celles de notre saint. Là, dit-ll, est le corps de saint Cannât, évèque de Marseille et confesseur. Le plus vieux livre liturgique marseillais que nous ayons conservé, rOrdinalre des Offices du chapitre cathédral, qui date du milieu du xin° siècle et n'est que la reproduction d'un plus ancien, indique sa fête comme celle d'un confesseur ponliié ; ce qui a été
(1) Métamorphose!: trad. Bétolaud, P., lf^73, I, ]f.2. (3) Fastes Episcopan.r, I, 267.
o/jS LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
reproduit dans tous nos livres d'offices postérieurs. Il en est de même des livres liturgiques de l'église d'Aix, et delà plupart des églises épiscopales de la Provence. Enfin, le village qui s'est formé dans le désert où il passa une bonne partie de sa vie f|uitta bientôt son nom de Sauzet pour prendre celui de saint Cannât, qu'il porte encore ; et par une singulière anomalie qui ne s'explique que par l'histoire de notre saint évêque, quoiqu'il soit enclavé de toute part dans le diocèse d'Aix, il n'a jamais cessé d'appartenir au diocèse de Marseille, jusqu'à la révolution. On ne saurait donc raisonnablement mettre en doute l'existence du saint ni son épiscopat.
(( Saint Cannât a vécu dans la seconde moitié du v' siècle, puisque Gennade l'a vu ; et il a fallu au P. Guesnay une bien forte distraction pour le placer comme il l'a fait au milieu du vii*^ siècle. Ses actes, édités par les Bollandistes, nous disent qu'il était fils du roi d'Aix ; comme il n'y eut jamais de roi à Aix, ceci doit s'entendre de celui qui commandait dans cette ville pour l'empereur romain. Il se retira, jeune encore, dans le désert du Sauzet, à dix milles d'Aix ; pour y vivre en solitaire ; mais l'éclat de ses vertus le trahit et le [fit élire évéque de notre ville. Il résista aux sollicitations des envoyés qui allèrent le chercher pour l'amener à son église. H n'y a pas plus de raisons, leur disait-il, pour que je sois évêque qu'il n^y en a pour que ce roseau desséché que je tiens pousse de nouvelles feuilles. Aussitôt le roseau reverdit dans sa maiu, comme la verge avait refleuri dans la main d'Aaron, et l'hoaime de Dieu vint à Marseille (i). «
Ce dernier trait achève d'ailleurs de nous édifier sur la valeur des actes de ce saint évêque. La fontaine dont parlait Béranger Féraud coule sans doute encore au désert du Sauzet, au village de Saint-Cannat. La nymphe d'Apulée y vint-elle jamais P Je ne sais. Mais comme ce trait des roseaux desséchés qui refleurissent aux mains du saint s'apparie à l'histoire de cette nymphe transformée en roseaux !
JSotre Darne du Grosel, à Malaucène, dans la Vauchise a succédé au dieu local. Elle protège aujourd'hui la source du
(l) Albanès, Armoriai et sigillographie des ivcqucs de Marseille, Marseille, 1884, p. I :-i2.
Grosel près de laquelle on a trouve un autel consacré au dieu Graselos (i).
Sainte Source : D'après Petit de Julieville, une chapelle d'Hagia Peghé, sainte Source, s'élève sut l'emplacement de la source d'Amphiaroiis (2), mais ce n'est qu'une probabilité. H eut été pourtant facile de savoir si la vieille pratique signalée par Pausanias (3) et qui consistait à jeter une pièce de monnaie dans la fontaine voisine du sanctuaire y subsistait encore.
Saint Bourbaz : Bormanus et Bormana étaient des divinités aquatiques. On les trouve associées dans une inscription votive publiée par M. Allard (\). Bormanus sous la torme de Bormo et Borvo a donné son nom à Bourbonne-les-Bains. à Bourbon-Lancy et à Bourbon-l'Archambault. (l'était le génie tutélaire de la station thermale d'Aix-les-Bains (5).
Bormana a donné lieu aune curieuse substitution. L'église Saint-Yulbas, en Bresse, anciennement nommée Saint-Bourbaz, avait conservé dans ses murs une inscription à la déesse Bormana (6). Il est dong bien évident que saint Bourba/ n'estqu'un successeur de l'antique divinité des eaux. Au reste, saint Bourbaz serait un personnage historique et saint Eloi aurait fait son éloge ; la succession ne lui aurait donc été méritée que par une analogie nominale.
Saint Seine : On sait qu'en ôao, non loin du ruisseau du temple païen élevé en l'honneur de la Dea Sequana, une abbaye qui devint célèbre fut fondée par un jeune chrétien deMesmont : Sequaniis cl, ajoute l'abbé Morillot, peut-être un
(1) Revue Epigr. du midi, II, p. io4 et sulv.
(2) Petit de Julieville, J.oc. cil., p. Z194 et 5i5-5>.6.
(3) Pausanias, Atiiijue, XXXIV.
(4) Bormarxo et Bormana Publius. Saprinius Eusebis volum solvit libens mertio.
(5) Abbé J. H. Greppo, Etudes archéologiques sur les eaux thermales on minérales de la Gaulejusqud l'époque romaine, Paris, i846, iu-S», p. ag. Berger de Xivrey, Lettre à ^I. Hase sur Bourbonne, p. 5.
(6) Comte de Moyria Maillé, Monuments de l'Ain, Bourg, l836, in-4°, p. 75-76. — Guillemot, Introduction à la monographie du Bugey, p. io5 et Roger de Belloguet, Elknogénie gauloise, p. 288. —Une autre inscription à la déesse avait été trouvée dans l'Ain près de Lagnieii.
35o LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
descendant du dernier prêtre de la Dea Sequana (i). Je doute fort de cette fdiation, le saint nie semblerait plutôt apparenté à la déesse.
Dieiix et Saints des monts : Saint-Oreste. D'après Addison, le célèbre critique anglais, saint Oreste. honoré sur le mont Soracte, ne serait qu'une sorte de canonisation topographique (2). Ce qui est pour le moins peu vraisemblable. Or, nous voyons cette identification adoptée par l'érudit Middleton (3).
M. A. Lefèvre dans une très intéressante introduction aux contes de Perrault déclare, sans fournir d'ailleurs aucune référence, que saint Oreste n'est qu'une transformation d'Apollon Soranus (4). ce qui semble plus acceptable ; mais dans tout cela, pas même un commencement de preuve. Si quelque archéologue italien voulait étudier la question, peulètre pourrait-il la solutionner. En attendant, nous ne saurions que réclamer contre l'insufiisance de semblables affirmations. Ce serait aux folkloristes de nous dire si les anciennes pratiques du culte d'Apollon Soranus. confié jadis aux Hirpi Sorani ou Loups de Soranus (5), ont passé dans le culte de saint Oreste.
Saint Michel : Saint Michel de Jouarare ou de Gioure. .lovisara aujourd'hui saint Michel Escalus, était le siège d'un temple de Jupiter, dont on a retrouvé les vestiges accom- ])agnés de diverses, antiquités (6). Il est évident que
fl) L. Morillot, La durée iln paiianisme /lans les rumpaynes hounjuignonnes dans Bulletin d'JIisl. et (CArrhùol. du dioc. de la Colc-d'Or, mars-avril, l883, p. Go, n, I .
(a) Addison, Remarques sur divers endroits d'Italie, 172a, in-ia, p. n5.
(3) Conyers Mid'«letOn, Lettre écrite de Rome où l'on montre l'exacte conformité qu'il y a entre le Paganisme et la Religion des Romains iFaujourd'hui dérivée de leurs ancétrei payens, Amsterdam, 1744, in-i3, p. 19J.
^4) Perrault, Contes édit. Janet, Paris, s. d. in-i8, p. txv.
(5) Warde-Fowler, The Roman Festivals, p. 84 el 181. On peut cependant remarquer que la légende i.iit mourir saint Oreste sur un gril et que l'un des exercices sacrés des Hirpi consistait à marcher au milieu des charbous ardents.
(6) E. laillebois. Les Vestiges gallo-romains dans le département des Landes dans Congrès arcficol. de France à Dax el Rayonne, 1888, p. 179.
LES SAIiNTS SrcCESSKURS DES DIEUX 35 f
saint Michel n'est qu'une subslilution de Jupiter op«T('e d'abord par accolemcnt du nom du saint à l'ancien nom du lieu Gioure. Vu reste, saint \licliel \ainqueur des démons lut dans plus d'un endroit substitué au Jupiter victorieux di-s Titans.
Sainte Victoire : Kn iS;);, un autel gallo-romain consacré à la déesse \ictoire, DcH' Virloriœ, transformation romaine de VAndarta celtique ( i). a été découvert dans un village des lîasses-A.lpes qui honore sainte \ictolre pour sa patronne. M. Héron de Villefosse n'hésita f)oint à voir dans l'existence de cet autel des celtes voconces le motif qui détermina les habitants de ^olx à choisir pour patronne Sainte Victoire vierge et martyre (2) et les Ànalecta Bollandiana (3; déclarèrent cette hypothèse fort vraisemblable.
Jusque-là tout le monde est d'accord. Mais on ne saurait oublier que le culte de sainte Victoire a un sanctuaire, sur la montagne de ce nom, à \ix-en-Provence : n'avons-nous pas le droit de penser que nous sommes en face d'une substitution analogue à celle qui aurait eu lieu à Voix (4)?
La sainte Victoire d' Vi\ ne vient pas du latin Victoria comme celle de Voix mais d'un mot celtique ou ligure comme Ventur, Venturius. La dénomination locale est Venturi ou Santo Venturi qui pour l'oreille sonne assez sensiblement comme leprovencjal Vitori qui signifie Victoire, et grâce aux légendes tardives qui se sont formées autour du nom de Marins, vers la fin du xv^ siècle, sous l'influence du provençal, on a transformée sainte Venture en sainte Victoire (5).
f 1) Ces sortes d'identification chez les Romains semblent avoir été guidées par U politique. Lorsqu'ils fondèrent Ganmlodunum sur le territoire des Iceni, ils opposèrent à la Victoire Andrasté des indigènes un temple de leur Dea Victoria. C. Jullian, lievue Epigraphe da midi, II, aïo.
(2) Bulletin de Li Société nolionalr des Antiq. de France, 1897, p. igg-'îoo.
(3) Anaiecta Bollandiana, t. XVIII, 1899, p. 434. — L'bypothèse fut également adoptée par M. l'abbé P. Lejay, Ancienne Philologie chrétienne dans Remte cCHisl. et de Littér. relig., 1902, t. VII, p. 366.
(4) Anaiecta Bollandiana, Loc. cit., p. 4î4.
(5) A. Millin, Voyage dans fen dcp. du midi de la France, 1808, iu-8». III,
La sainte Victoire de la montagne d'Aix n'a donc pas succédé à la Dca Victoria : En revanche, on peut être persuadé qu'elle lut substituée au Deo Veniiiri dont on a trouvé des traces épigraphiques aux environs du mont Ventoux, autre montagne célèbre de la Provence [\ ).
Il esl donc légitime de souligner avec les.i «r/Zec/a l'inexactitude de l'hypothèse qui fait venir la sainte Victoire d' Ai v de la Mctoria Romaine ; mais il faut également observer quti nous sommes en présence d'une double assimilation phonétique, d'une part de \ictoria à Victoire etd'autrepart de Ven-
turius à Victoire.
in saint des eaux et des monts : Saint Donat. — « Il est arrivé à certains érudits, écrit le P. Delehave, partis de vagues ressemblances de noms, combinées avec certaines données topographiques, d'écbafauder sur un texte hagiographique de véritables romans. C'en est un, certainement, que cet essai d'un mytho loguei^;^) cherchant à établir que saint Donat a remplacé Pluton, ou, ce qui revient au même, le roi des Molosses Aidoneus, dont le nom peut faire songer, tout le monde l'accorde, à « Aïos Donatos ). Je suis le premier à dire que, .sur saint Donat, nous ne possédons aucun renseignement bien authentique et qu'on a même employé quelques débris mythologiques pour lui faire une biographie. Mais la légende érudite qui cherche à le confondre avec le dieu infernal ne mérite pas plus de considération que le récit traditionnel (3). »
Est-ce là une chose aussi certaine ?
(( Le nom des lieux eux-mêmes, écrivait M. Mézières en i853, retinrent quelque chose des fables antiques. Les Grecs appelaient Aidonat le pays qui s'étend dans la vallée sacrée où coule l'Achéron, et aujourd'hui encore les églises de Sali
1 11-112, pensait que la .Sainte-\ ictoire n'était qu'une canonisation du nom même tle la montagne.
(1) Jullian (Camillo', Sainte Victoire, dans les Annules île la faculté des^ lettres de Bordeaux, m' année. Revue des Etudes Anciennes, t. I, 1899, p. /i7-58J
(2) E. de Gubernatis, Atdoneo e san Donato, studio di mitologia epirolieai liivisla Europea, an V, 1874, t. II, p. 425-/i38.
(3) Les légendes hagiographiques, p. 198.
et de Glykis sont consacrées à saint Donal. Si l'on compare ce nom chrétien au nom grec de Pluton, \idonat est mis pour Aidoneus et, lorsque changea la religion, le vieux nom du Dieu passa au saint. Au reste, dans toutes les provinces de la Grèce on constate que les gens incultes accommodèrent un grand nombre de fables à la foi chrétienne. Pour n'en citer qu'un exemple entre cent, qui niera que saint Hélie Ay'.ov "HX'.ov ait été l'héritier du soleil... Semblablement en Epire. Pluton, roi des enfers, céda la place à saint I)onat (i) ».
M. Decharme n'hésite pas à accepter cette identification (2). Pouqueville n'a-t-il pas d'ailleurs confirmé cette induction lorsqu'il nous a appris que l'on trouvait souvent des médailles à l'effigie de Pluton dans la vallée de Glykis (3) ?
La légende recueillie par Gubernatis au village de Glykis ne manque pas non plus d'intérêt. Elle explique aussi comment l'eau du fleuve qui descend des monts du Suli, de létide et dangereuse à boire fut rendue propre à la consommation .
« Il y avait, dans son onde, un serpent terrible qui semait l'épouvante sur ses rives. Les habitants recoururent alors à San Donato Aïos Donatos, lequel vivait sur les monts du Suli et faisait de grands miracles ; Aïos Donatos descendit, tua le serpent ; puis, couvert de sang, s'approcha du fleuve pour en enlever les traces. S'étant lavé les mains il voulut aussi se laver la figure ; mais comme il lui était entré de l'eau dans la bouche il s'exclama : (( Oh ! comme elle est douce ! » et depuis ce temps on continua de boire l'eau du fleuve (A)- »
Mais faut-il une dernière preuve à cette hypothèse scientifique? Le marais achérusien et l'Achéron qui coule dans la
(i) Mézières, De fluminibus inferoram, Paris, i853, in-8°, p. ao-ay. (a) Decharme, Mythologie fujurée de la Grèce, p. 417, (3) Pouqueville, Voyage en Grèce, t. II, Liv. IV,
(4 E. de Gubsrnatls, Aîdoneo e san Donato, sladio di MUologia epirolica in Rivisia Europea, Anno V, Vol. II, Fasc. III, p. 637.
vallée de Giykis font partie de l'Attique (i). Or, les Demétries d'Athènes se célébraient le 3o avril, au jour même de la fête de saint Donat. Enlin, chose plus remarquable encore, en ces fêtes antiques consacrées au Bacchus infernal et jadis appelées Dionysies, on représentait sur le théâtre le voyage du dieu (2 . Cette solennité qui était ainsi une fête de la germination devait donc se rapporter à la marche souterraine de la graine et du soleil et honorer la mémoire de la descente du dieu aux enfers.
ï^onclasion . — D'autres exemples seraient-ils bien utiles? Devrais-je en augmenter le nombre ? Ne vaut-il pas mieux souligner une fois encore l'étroite liaison du sol avec ses dieux et ses saints ?
On a dit et redit que le sol de la patrie est un sol sacré. On ne saurait trop le répéter. Qu'est-ce que tous ces dieux des eaux, des rochers et des bois, sinon la patrie vivante et agissante livrant à ses enfants son sein et ses trésors ? Qu'estce que ces héros chrétiens qui les ont remplacés sinon de nouvelles personnifications de tout ce qu'il y a d'adorable en la terre maternelle P
En elle repose aujourd'hui les dieux morts qui jadis la révélèrent ; mais la sainte de la source redit sa vertu divine, les saints des montagnes et des bois parlent encore de ses mystères religieux.
... l'Homme indifférent au rêve des aïeux Ecoute sans frémir, du fond des nuits sereines, La mer qui se lamente en pleurant les Sirènes (3).
Mais il entend sur les flots venir saint Nicolas, sainte Anne ou la Vierge Marie. II reconnaît en tremblant la lumière de ces étoiles de la mer. Ces formes lumineuses qui se dressent sur l'azur infini l'éblouissent encore et le jettent k genoux
(i) Pausanias, Attiqur. I, xth.
{3} Plutarque. Viia Demelrii, XII ; Athénée, XII, p. 566...
(3) J. M. de Hérédia, Les Trophées, pièce liminaire. L'oubli.