LES SAINTS SUCC.ICSSKUaS DIÎS DIKUX
onliv le rôle de ce cocher des cicux, régulateur des saisons, et notre saint llippolyle.
Symbolisme du génie païen el du mar/yr chrétien : Le culte du cocher céleste, sous quelques noms que dans les diilévenles provinces de la Giècc ou le vénérai, était entièrement lié aux fêtes solaires du renouvellement des saisons. Nous le verrons encore pour Hélios.
Saint Hippolyte (( établit le premier, une table pascale, permettant aux chrétiens de calculer eux-mêmes l'échéance de la fête de la résurrection, sans avoir à recourir au compul delà synagogue (i) ».
On conçoit l'imporlance dune semblable innovation ; mais elle a été singulièrement soulignée par la découverte d'une statue de saint Ilippol^te dans la catacombc même où se trouvait sa sépulture.
t'elle statue découverte en i55i et transportée à la Bibliothèque du Vatican est très probablement une statue païenne christianisée (2). La tête et les mains sont modernes le corps est drapé à la façon des personnages assis dans la statuaire païenne. Faut-il y voir avec de Ring la statue du hiérophante chargé jadis d'expliquer aux initiés la ré volution de l'année, le retour du printemps, de la chaleur et delà Aie (3) ? Rien ne le |)rouve. Pour les chrétiens qui adoptèrent cette statue elle devint une représentation de saint Ilippolyte. On grava, le nom de ses ouvrages sur le bas de la chaire et l'on lixa aux deux cc)tés, sur deux tables de marbre, en lettres grecques, des cycles de seize années contenant d'un côté les quatorzièmes de lune, de l'autre les
(1) L'abbé Le Bourgeois, /.t.v;»n//)/.v de Home, 18(17, p. 33.5 ; Mgr Du-
chesne, OrKjint du (Jultc, p. aG5-2G().
(21 Roller, Les Catacombes de Home, 1881, in-folio, II, 107, noie 1 « 011 !<ait que pour changer l'attribution d'une statue on se contentait souvent d'en renouveler la lélc. Encore ne se donnait-on pas toujours celle peine. Témoin les tlatues de Ménandre el de l'osidipjjc qu'on peut voir au iiiusé« du Vatican et dont les pieds ont été usés par les baisers des dévots » tbtd. Mgr Duchesne déclare aussi que la tète est moderne, Uisl. tmrtenne de l'E^/Use, I, 3 19, note i.
(3; Do Ring, loc cit., p. jo3.
LKS SAINTS SUCCESSEURS UES UIKUX 37.^
<loininicaies. llscommençaicnl à l'an •>2,i de l'ère chrétienne, (jui était la preinièro année du règne d'Alexandre Sévère ci réglaient par leur redoidiloment septennal la fêle de Pâques pour 112 ans, c'est à dire jusqu'en '.\^\ (i).
Kien ne pouvait mieux nous démontrer l'importance que l'on attribuait alors à llippolyte (2) comme régulateur de l'année ecclésiastique, ^i'est-ce point là une circonstance qui devait aider au rapprochement que In-i en voulut faire avec le héros païen, régulateur des saisons, chargé d'ouvrir et de fermer la saison estivale.
Substitution arrangée : A ceux qui seraient tentés de croire que nous prêtons gratuitement des intentions aux légendaires, nous ferons remarquer que sainte Concorde, nourrice de saint llippolyte, serait née, d'après la même légende, le i6 janvier, jour où l'on commémorait à Rome la dédicace du temple delà Concorde (3), et sa mort iixée au 22 février par le Martyrologe hiéronymien coïncide encore avec une fête de la Concorde romaine que nous avons vue transformée en sainte Charité {^). Nous pourrions en chercher une autre preuve dans la confusion faite par Prudence entre notre Hippolylc et Hippolyte Nonnos (5). Les actes de sainte \uréa 011 il est question du martyre d'Hippolyte \onnos, comme nous le verrons par la suite, paraissent avoir fait quelques emprunts aux légendes consignées dans les Diony-
(i) Sur ce cycle d'Hippolyte, voir Tillemont, Mémoires, III, a4i. et Mgr Duchesne, Hist. ancienne de l'Eglise, I, 3i8-3u).
(a) L'abbé Le Bourgeois. Loc. cil., p. 337 a imaginé une singulière explication. Cette coïncidence aurait donné aux magistrats l'idée de faire ecarteler saint Hippolyte à la façon de l'Hippolyte que l'on fêtait ce jour-là.
(3) Court de Gebelin, Hist. </» Calendrier, p. 17.
(/i) Sur sainte Concorde et les invraisemblances de sa passion qui la faU vivre aussi longtemps que saint Hippolyte mort à un âge très avancé voir Le Bourgeois, Loc. cit., p. 373-378. Sur Sainte Charité voir plus haut : Sainte Foi, Sainte Espérance et Sainte Charité, p. 323.
(5) Mgr Duchesne, Orig. chrél., p. 3i6 ; Lib. Pont , I, i45; Hist. anc de l'Eglise, 1, Sai, note ï. Cette confusion s'explique d'ailleurs fort bien par la signification du mot Nonnos en Copte qui veut dire saint. D'Hippolyte le saint à Saint Hippolyte il n'y avait qu'un pas.
LES SAl.NTS SLCCESSEURS DES DIEUX
siaqucs par le poète Nonnos, et il semble probable qu'avec les Actes de cette sainte, ceux d'Hippolvte ^ionnos (i) et la passion de saint Laurent nous sommes en présence d'un ensemble de pièces apocryphes empreintes de mythologie et qui toutes fournirent quelques traits au poète Prudence (2). Si nous n'avions déjà montré, par des exemples, l'utilité de ces rapprochements entre féeries et fastes, ces deux cas suffiraient à nous édifier. L'étude de celui de saint Hélie et de saint Antoine va nous montrer comment la méthode astronomique permet de fixer tels points de liturgie antique demeurés incertains ou douteux.
§ IIL — Des recherches de fêtes païennes basées sur les relations astrologiques des génies païens et des saints chrétiens.
Les sages a\is du P. Delehave nous ont d'ailleurs prévenu des difficultés et des dangers qu'offre la méthode consistant à restituer les fastes païens d'après les fêtes chrétiennes. Il est bon de les rappeler :
(( Lorsqu'il s'agit d'établir un parallèle entre une solennité chrétienne et une fête du calendrier romain, le problème est relativement très simple et l'on peut aboutir ;i des résultats certains. Ainsi l'on doit accorder que les litanies majeures du jour de saint Marc sont la continuation chrétienne des Robigalia fixées au 20 avril, La date s'ajoulanl à la similitude des rites et à l'identité de l'objet de la fêle ne peut laisser place à aucun doute,..
Les coïncidences sont beaucoup plus difficiles à constater lorsque l'on compare avec le nôtre les calendriers grecs ou asiatiques, et des systèmes de fêtes totalement dillérents. .^insi à
(1) ActaSS., -'loùt, IV, p. 5o6.
(3) Sur la série de confusions qu'implique cette histoire voir : Dufourcq, Loc. cil., p. 3o2-3o9. Duchesne, Hist. anc. de PEfjlixe, I, 3i8-3-.i3. Prudence éLiit d'ailleurs coutumier de ces sortes de confusions ; il a identifié notamment saint Cyprien de Carthagc avec le martyr d'AntiocLe.
LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX 'Si"}
Athènes les fêtes des dieux et des héros n'élalcnt pas seulement ri-lébrées à une date fixe mais la même date de chaque mois leur était consacrée. Ces multiples commémoraisons augmentent naturellement la possibilité des coïncidences, et l'on comprend qu'il ne faille pas se hâter d'établir un lien entre deux l'êtes qui tomberaient le même jour...
11 est fort dangereux de vouloir dégager la date inconnue "de la fête païenne en partant des données chrétiennes que l'on suppose avoir quelque relation avec cette fête (i). »
Essayons, malgré les difficultés signalées, de remonter de saint Antoine à son correspondant païen.
Le culte de saint Antoine et les Paganalia : « Au ix" siècle, j-ous le règne de Lothaire, le chef-lieu du Val-de-Miège <non la petite ville de Nozeroy qui n'existait peut-être pas à cette époque, mais le village de Miège même qui possédait la mère église) était désigné par les chartes latines sous le nom de Média et dans des actes plus connus sous le nom qu'il porte encore aujourd'hui. Gilbert Cousin, chanoine du chapitre de saint Antoine de Nozeroy, rapporte, d'après ce qui se passait devant ses propres yeux et d'après le témoignage de Paul Mérula, que la fête patronale de ces deux lieux y attirait de tout le voisinage une affluence d'hommes extraordinaire suivant un usage antique et païen. De pareilles expressions sont déjà dignes d'at- -tcntion pour l'observateur : celles qui suivent le sont encore plus, car ces auteurs ajoutent que la foule se rend à la solennité, tant à cause de saint Antoine qu'à cause d'un rassemblement de jeunes filles des plus élégantes, rassemblement le plus renommé de toute la Bourgogne. Enfin, disent-ils, la journée se passe dans les ris, les jeux, la danse, les festiijs. Le Père capucin Jolv rappelle le double témoignage de ces cérémonies du xvi'^ siècle dans ses lettres à M"'' d'Udreissier. Dans l'origine, cette vogue religieuse coïncidait avec le moment de Tannée où l'on sacrifie le
(l) Les léijendes liag., p. 2o3-2o5. H. Usener n'est pas de cet avis. Voici comment il s'exprime : « Die christlichen Heiligen, die an die Stellen von (jottern gesetzt -worden sind, gcstatlen uns in ihrem Gedenktag die Zeit des ursprCinglichen Golterfcstes mit Sicherlieit zu erkennen und dadurch das Wesen des Festes und der Gottheit zu ermitteln. » Archiv fur Religionsri'issensrhufl, t. VIII, (1904) p. i4. — M. P. Lejay a également insisté sur les dangers de cette méthode pratiquée également par M. Rende) Harris, Revue (THist. tl de Liltér. religieuses, Paris, 1906, t. XI, p. 264.
3'jS LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
plus de porcs à la mère des dieux, à la déesse de la terre : Saint Antoine avec son cochon vint fort à propos se jeter au milieu do cette immolation païenne pour en sanctifier l'objet et Notrc- Dame de Miège,à qui vont s'adresser en même temps et la jeune lille pour avoir un mari selon son cœur, et la tendre épouse pour oblonir le bonheur d'être mère, ne doit peut-être son installation dans son pittoresque ermitage qu'à la nécessité d'opposer un culte pur à une dévotion voluptueuse i i). »
Cette liypothèse du chanoine Gilbert Cousin, confirmée par Paul Mérula, acceptée par le Père JoK et Désiré Monier, présente une difficulté. Au i- janvier, jour consacré à saint Antoine, le calendrier romain ne marque aucune iète de Cérès tandis que le 20 du même mois, sept jours plus tard, il indique \esSementines 0x1 Jeriac ronceptlvac queceTialnsapTpeWeni encore Paganalia (2).
Comment justifier cet écart énorme ?
Vairon distingue les Sémentines et les Paganalia (3) et Lvdus déclare que les cérémonies des semailles comportent deux: jours de fêtes séparés par sept autres (4) dont le pn;mier consacré à Tellus et le dernier à Cérès (5).
Qui ne voit l'explication de notre discordance et comme du même coup se précisent les données un peu confuses des auteurs classiques Les Paganalia consacrées à Tellus el à Demeter avaient lieu le 1 7 janvier, jour de notre saint Antoine et sept jours plus tard les Semenlines consacrées à Cérès el à Corc c est à dire le 2^ janvier, ainsi que l'a noté Ovide.
Ces deux fêtes avaient en réalité le même objet : il se produisit des confusions chez maints écrivains. Mais on ne saurait douter qu'elles doivent se résoudre ainsi lorsque précisément nous voyons nos auteurs français rapprocher les fêtes de saint Antoine et de la déesse de la terre. Les païens avaient
(l) Monnier, On mite des esprits iluits lu Séquanie, s, 1. ii. d , {>, ^9-80,
(a) Ovide, Fastes, l, G58.
(3) Varron, L. L, 6 aO.
(4) Lydus, Démens, c,, S.
[b) Warde-Fcwler, The limnan Festivals, London, 1899, in-8°, p. 29 'i.
LES SAINTS SUCCESSKURS DES DIEUX 'irc)
coutume, en oITet. de sacrifier à celle-ci Je porc qui devai t nppartcnir au célèbre patriarchr : ne scrail-on pas en droit dès lors de supposer, à iencontre de ]'oj)inion commune qui donne au fameux compagnon une origine iconographiqu!. une origine feslale et plus précisément rituelle (i)?
Quoiqu'il en soit, il me semble que l'on peut considérer désormais que le i- janvier est bien la date des anciennes l^nfjanalia.
Le culte du prophète Elie et le culte d'Apollon. — L'hi>toirc du prophète Elie telle que nous la connaissons d'après la Bible, son apparition sur le Thabor, lieu de la Transfiguration, « en faisait le patron naturel des lieux élevés » (2^ Or, on rencontre en Grèce, an dire des savants tels (juc Lenormant '3). Petit de Julleville ^) AVaclismuth (5) et d»; l'aveu du Père Deleha>e, « une foule de chapelles de saint llélie au sommet des montagnes et des collines n (6). On en a conclu que la similitude du nom d'IIélios et du nom d'Helie; le goût commun du prophète et du dieu pour les sommets et les cimes, — n est-ce point sur elles tout d'abord que luil le soleil ? — avaient fait substituer le culte du prophète biblique à celui du dieu grec.
Or, le Père Delehaye proleste en ces termes : « On a admis qu'Elie y remplace ordinairement son homonyme Hclios, le dieu du soleil. L'assimilation est spécieuse ; mais elle ne tient pas devant les faits. Ce n'est point sur les hauteurs de la Grèce que l'on a surtout signalé les sanctuaires d'Hélios. Ajoutez que le culte de Soleil finit par s'absorber complètement dans celui
(i) Sur le porc de Demelcr et son origine. Ci. Goblct d'Alviella, Kteusinia, Paris, igoS, in-S», p. 45.
(a) F. Lenormant, Monographie de la voie xacrée EUusiaierme, Paris, i8Gi, p. Ziâa.
(3) Loc. cit.
{!t) Recherches sur l'emplacemenl et le vocable des égliset chrétiennes en (îrèce, dans Archives des Missions scientifiques, Paris, 1868, p. 3o5-3oG.
(3) C. WEChsinuth. Dos allé Griechland in neue, Bonn, i864, p. 63.
iti) Légendes hagiog., p. 196,
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d'Apollon, ce qui rend peu vraisemblable le jeu de mots qui aurait fait surgir tantde chapelles de saint Elle {i). »
Les sanctuaires d'Hélios sont plus nombreux hors de Grèce que dans ce pays même ; ils n'en sont pas moins ('difiés presque tous en des pays de langue grecque (2) et cela suffit : au reste, ceux qui existaient en Grèce pouvaieni à eux seuls amplement justifier l'assimilation phonétique que rejette le P. Delehaye. Lorsqu'Hélios (le brûlant) (3) fui assimilé au dieu brillant, on peut dire qu'il cessa d'être confondu avec le soleil, mais qu'il ne disparut point. Il demeura l'un des noms du personnage divin qui conduisait le char de l'astre (4) et que l'on appela désormais tantôt Hélios cl tantôt Apollon.
Si d'ailleurs il restait quelques doutes sur l'assimilation d'Elie à Hélios-Apollon déjà indiquée par Voltaire '5) cl longuement appuyée par M. Politis sur les traditions populaires grecques relatives à "HXio;. il me suffirait d'une seule remarque pour les dissiper: le i3 août les Grecs, célébraicnl les Carnées en l'honneur d'Apollon (6). En Grèce, les chrétiens continuèrent de solenniser cette même date par des jeux scéniques mais destinés à commémorer l'ascension d'Elie au ciel (7).
Toutefois, il se présente une difficulté. Si nous ouvrons le
(l) Lé'j. haij., p. 197. — Avant lui. Bernard Schmidt rejcUiil déjà cette identification Dos Volksleben der Aecfiricrluu and das Uellenischc illerlhuni, Leipzig, 1871, p. A8.
(aj Kondakov, Les Ef^Uses et ifS monuments de Conslantinople (en russe Odessa, 1886).
(3) Voir l'explication étymologique du mot dans le Grund:(iijc der Grierh, Etymol. de G. Curtius, p. 189, 5e édit.
'4) Les chevauï d'Hélios portaient à Corinthe les noms de Eoos, /l'^thiops, IJronté et Stéropé Eumel, ap. Hygin., Fab. i83. Sur le char d'Hélios, ^oi^ llymna llom., XXXl. 7 sqq. — On lui sacrifiait des chevaux au sommet du Taygête, à l'acropole de Corinthe, sur les hautes cimes qui sont les première» touchées des roues brillantes de son char. Pausanias, 111, 20.
(5) Dictionnaire philosophique , V° Elie.
(6) Court de Gébelin, Uist. du Calendrier, p. 3o et tilij.
(7) L. Léger, Mythologie slave, Paris, 1901, gd in-S", p. GS.
tliclionnaire de Smith (i) ou Daremboif^ et Saglio (2), nous constatons que l'un et l'autre, à rencontre de Court de (ïébelin, fixent les Carnées, non plus du i3 au 22 août (mélaj4:itnion), mais du 7 au i5 août. Ici encore les témoignages anciens sont confus et peut-être contradictoires, mais, cette indiscutable survivance de l'Apollon Carnéien nous lait incliner pour le i3 avec Athénée (3) sur lequel s'appuie Court de Gébelin.
A propos de la commémoration de la mort de saint Hippol\ te — autre héros solaire conducteur du char céleste, — Nous avons déjà \u que le i3 août marquait la fin de la période d'été, et nous pouvons présumer qu'en Grèce au lieu d'associer Hippohte à Diane en ce jour de sacrifices en son honneur, on célébrait Hélios ou Apollon dont les rapports avec cette déesse étaient encore plus étroits que ceux qui l'unissaient à Hippolyte.
Enfin s'il fallait un supplément depreuNes, nous pourrions observer l'identité des principales invocations qui étaient adressées jadis au dieu et qui sont aujourd'hui adressées au saint.
Hélios ou plutôt Apollon Carnéien auquel on substitua saint Elie était une divinité essentiellement pastorale : on le représentait souvent avec des cornes de bélier, et la chèvre lui était spécialement consacrée. Cet animal est encore sacrifié à Elie par les Ossètes. Comme dieu solaire, Apollon était spécialement invoqué dans les maladies des yeux (/j), comme dieu pastoral pour la maie venue des troupeaux.
(i) W. Smith, Diclionarv of greck and roman antiifiitiex. Boston, i84q, in-i". V° Carneia. p. 2!\3.
(2) Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiijuilés grec(jues tl romaines, Vo Karneios, t. III, i" partie, 802.
(.S) L. IV, ch. iT.
(4) Cf. Les Actes coptes de saint Begousch dans E. Amélineau, Les Actes des martyrs de C Eglise copte, Paris, 1890, in- 8», p. 53. — D'après Sophocle et Euripide c'est à Hélios que les hommes doivent la vue et la cécité
Soph., Œdip., Col. 869. Euripide, Héc, 1067.
38'.» LES SAINTS SUCCESSKUnS UES DIEUX
Or, M. Ch. Diehl écrivait en i89'>,à la suite d'une excursion en Grèce :
« Le Paradis a dépossédé l'Olympe et les saints ont remplacé les héros sans modifier sensiblement l'état d'àme des fidèles qu'avait séduits la douceur du culte nouveau. La religion chrétienne sur le sol comme dans les esprits, s'est presque partout superposée au polythéisme, et celui-ci reparaît par place sans même qu'il soit besoin de l'oulUer la terre où de scruter les âmes. Sur les hauteurs, où se dressaient dans les temps anciens des pierres Informes dédiées à Apollon dieu du soleil Cha-ot) les paysans de l'Attiquc viennent maintenant invoquer saint Elle et suspendre aux branches des olhiers et des myrtes en guise d'exvoto, pour obtenir la réussite d'un projet ou la guérison d'une infirmité, des bouts d'étofl'es, rouges, bleues ou vertes, des yeux en fer blanc s'ils ont une ophtalmie, des jambes de zinc s'ils boitent, un morceau de la chemise d'un enfant malade, un peu de la laine d'un mouton trop maifjre (i) ». Elle se souvient qu'Apollon, à ses heures, guérissait les yeux et les troupeaux (a).
Les successions par voie phonétique, que nous venons d'étudier, établissent indiscutablement la possibilité d'appuyer les recherches de mythologie onomastique soit sur des données topograpliiques, soit sur des correspondances de fêtes religieuses.
Ces successions de saints à dieux comportent d'ailleurs un précieux enseignement, c'est la vitalité des noms des divinités. Plus vivaces que les dieux, ce sont les véritables immortels, ce sont eux-mêmes des dieux, dieux plus divins, dieux presque éternels, nomina mimina.
% IV. — De la recherche des dieux païens qui précédèrent les saints chrétiens par l'étude des rapports de leurs fêtes.
La méthode astronomique présente donc un grand intérêt pour les recherches de mythologie comparée, puisqu'elle permet d'établir la tiliation de deux personnages divins
(i| Ch. Diehl, Ln Grèce itAajoiirri'hni, Paris, 189a, in-ia, p. Saa.
(a) Voir encore : A Maury, ï» magie et l'ailrologie, Paris, in-ia, p. 54.
LES SAINTS SUCCESSEUUS OKS DIEUX 383
(lo noms analogues avec une grande probabilité. Kilo peut également être employée à rechercher le nom du dieu ({ul fut exproprié par le saint apocryphe.
Saint Menas et Osiris Mènes : « Saint Menas avec les deux chameaux ses compagnons obligés fait songer k lloius et ses crocodiles. Il se peut fort bien, écrit le Père Delchaye, que les sculpteurs coptes se soient inspirés d'une i«;présentation aussi répandue pour créer le type populaire du grand martyr. Mais il n'est pas nécessaire pour cela de le transformer en divinité païenne et d'en faire je ne sais quel remplaçant d'Horus (i). »
Synchronisme de la fête du saini et de la fête d' Osiris, — ('.ette ressemblance entre l'image du saint et les images d'Horus (2) ne saurait suffire en effet à démontrer la thèse de M. Wiedemann (3) qui l'identifie à Horus. Recherchons donc si la fête du saint correspondrait à quelque fête de l'antique Egypte. Elle est fixée au 1 1 novembre par les Menées et le Martyrologe Hiéronymien, et bien que nous ne sachions plus exactement où s'élevaient les sanctuaires qui lui furent d'abord consacrés, nous sommes assurés qu'il en avait un à Vlexandrie. « Saint Menas, patron de l'Eçjypte chrétienne, (|ui était soldat dans une des Soci;e cohortes appelées Nunieri Rutalici, de la province Piirygi.v svllta-ria, a subi le martyre par décapitation à Gotraeum, aujourd'hui Kyoutalia, en l'an 296 de notre ère, sous l'empereur Maximien. Sa dépouille transférée à Alexandrie, fut déposée près du lac Maréotis, où au-dessus de son tombeau s'éleva ensuite sous le patriarcat de Timothée /Elurus ou Bishaïa (457-477) une église magnifique (4). » Le culte qu'on lui rendait en
(l) Légendes hagiographiques, p. 2'|0.
(ï) S. Birch, Archxologische Zeilung, i852, p. aaS, a° 5.
(3) A. Wiedemann, Die Darstellungen aiif den Eulogien des heiligen Menas Actes du VI' congrès des Orientalisles, t. IV, Leide, i885, p. i59-i64.
(4) D' NérOUtSOS-Bey, L'ancienne Alexandrie, Paris, i888, gJ ia-S»,
p. 37. — Voir aussi Dom LecleTcq dans F. Cabrol D. A. t..
V. Alexandrie, col. iii4-iii7 et plus loin oVi il signale dans les catacombes chrétiennes de Kharmouz nombre d'ampoules de saint Menas. Loc. cit., col.
cette ville eut d'ailleurs une importance considérable ( i ) . démontrée par les très nombreuses ampoules de pèlerinages, dites ampoules de saint Menas (2), qui représentent notre saint avec ses deux chauioaux.
Or, nous n'avons qu'à ouvrir l'excellent livre de M. Laia\c sur les divinités d'Alexandrie pour constater que le 1 9. novembre (17* d'Athyr) conunençaient les cérémonies lugubres de la passion d'Osiris, dites aussi lamentations d'Isis {',\). Cette antique fête égyptienne iut d'ailleurs une des plus grandes solennités isiaques du monde romain, à cette diflV-rence près qu'on semble l'avoir célébrée à Rome dès la veille j T novembre, date même de la fête de saint Menas.
Le calendrier romain porte à cette date cette mention : Les mers se Jerment. jour évidemment consacré à Isis ({ni ouvrait et fermait la saison propre à la navigation {[\).
Menas semblait donc pouvoir être substitué, non pas \ llorus, mais à son père Osiris auquel on aurait prêté son image. L'explication pour être expéditive n'en est pas moins un peu faible (5). Aussi bien, essayons d'atteindre quelque
iiaS. — Pour la légende copte de saint Menas : Abou Mina voir E. Amélineau. Les Actes des martyrs coptes, p. S8-91.
(l) Son culte s'étendait non seulement à tonte l'Afrique, mais dans tout l'occident en (jaule et en Espagne.
j) Cf Dom Leclercq dans Dom Cabrol V» .4 my>o«/ei, col. 1725-1701 StrzgO'WSki Koptische hunsl. Le Caire igoi, in-f-^ p. aa'i et ss. Tafel X\l. no 8969-8977.
I 3) G Lafaye. Les divinilcs d'Alexandrie hors de l'Eijypte, Paris, i883, in-8'', p. 12(3. — On peut consulter outre Plutarque, De Iside, ch. xxiiv.. M. BrUgSCh. Matériaux pour servir à la reconstruction du <a!endrier éiiyptien. Leipzig, 1864, in-^o, p. 8. Sur le rituel de la fête voir : Schiiler Die Mysl-rien des (Jsiri.t in Abydos unler Sestoris 111 Leipzig 190/i. - — WledemanU Mélanfjes Mirole p. 674. ss.
Ih) Lafaye, Loc, c(<.,p. 120 — La fête de l'ouverture de la nier était la fête du Vaisseau d'Isis, celle de la fermeture correspondait aux L;imentalions. Le culte d'Isis Pélagienne reçut d'ailleurs une grande extension chez les Grecs. Foucart fierh. sur Myst. iFEleusis dans Mêm. Acad. Ins. xxxt, 87.
( ')) Cette hypothèse n'est cependant pas dénuée de toute probabilité. Oa commémore au 12 novembre. (Cf : Usuard, Martyroloije éd. d'Hermann (jrefgen Cologne i5i5) un saint Horus. (Or ou Ilor) ainsi annoncé : « Sur la montagne de Neylracht t^aint Hor abbé et confesseur ». Ce saint personnage aurait été à la tête d'un monastère de Scété vers la fin du iv^ siècle. Mais je ne connais aucune représentation de ce saint copte.
antre explication dn tlonble chameau qui orne les imaj^'es du saint (i).
Des légendes du saint el du dieu. — Suivant Tillemont, « on lit dans un manuscrit que le saint, avant d'être décapité, ordonna qu'après sa mort on mit son corps sur un chameau qu'on laisserait aller oii il voudrait et qu'on enterrât son corps où le chameau s'arrêterait (2). » M. Le Blant arctrouvé ce trait dans les manuscrits latins de la légende (3). (( Le texte, dit Dom Leclercq, ne parle que d'un seul ciiameau, cependant les ampoules en représentent toujours deux, ce f[ui doit s'expliquer par l'habitude des artistes anciens d'introduire la symétrie dans leurs compositions au mépris parfois des textes dont ils s'inspiraient (4). »
fi) Cf. fig. 271 dans Dom Cabrol, Vo Alexandrie, col. Iii5-lil6.
(2) Mémoires pour servir a /7ii.s/. ecclésiastique, in-4'', 1702, t. V, p. 7.58.
(3) E. Leblant, Eludes sur les sarcopfiaijes chrétiens antiiji'.es de la ville <F Arles, Paris, 1878, in-folio, p. xii-xt.
(h) Dans Dom Cabrol, V", Ampoules d Eulogie, col. 1726. Celte hypothèse
LKS SAINTS SUCCESSEURS DUS 1>IKUX
Mais ce trait par lequel Doni Leclercq explique l'image de saint Menas est précisément un Irait de la légende osirien ne. D'après M. Maspéro : « On voit représenté à Phila;
dans un petit édifice des Antonins, un crocodile qui traverse le Nil portant sur son dos la momie du dieu ». (i) Au témoignage de Diodorc, ce temple était d'ailleurs le but d'un véritable pèlerinage national (îî). La momie de saint Menas dans ses Actes semble donc bien avoir remplacé celle d'Osiris et lecbameau, le crocodile.
Cette substitution du chameau au crocodile n'a rien d'extraordinaire. En Egypte, l'un et l'autre étaient des animaux typhoniens et représentaient le dieu méchant, adversaire d'Osiris (3). Sur certaines ampoules du saint on ne saurait d'ailleurs méconnaître des crocodiles (^).
avait déjà été émise par E. Le Blant, Aotc sar une fiolt â inscription portant l'imaçie Je sainte Menas, Paris, 1878, in -8", p. 8. Ce n'est que justice de lu citer.
(l) G. Maspéro, llist. une des peuples de l'Orient class., Paris, 1898, I, p. 335, note 3. Le même trait dit-il se retrouve dans le conte d'Onous-cI-Oudjoudet de Ouard fil Ikmàn où le crocodile mène le héros vers sa belle emprisonnée dans l'île de Philae. G. Ebers, L'Egypte, trad. Maspero Paris 188 1, t. II, p. 'ii5-4iG a montré comment cet épisode du conte Arabe a du être inspiré par le bas-relief de Philae et par la scène qu'il représente : le teinj)le s'appsUe encore Kan et l'île de (ieziret Onous-el-Oudjoud.
(a)Diodore. t. I, p. i3.
(3) Le trait du chameau ou de la chamelle indiquant l'emplacement du tombeau du saint se retrouve dans la légende d'ime foule de saints musulmans de l'Afrique du Nord. On peut en voir de nombreux exemples dans M. Basset, IW'dromah et les Traras, Paris, 1901, in-S", p. 4i. p. 71 et surtout p. 33 note a. Il cite même certains récits judéo-chrétiens où l'âne, autre animal typhonien, joue le même rôle que les précédents.
(4) A. Gayet, L'art Copie, p, lofi. M. Gayct prend à tort ces sorle»
LES SAI.NTS SICCESSEUHS DKS DIEUX 38"
Si nous ouvrons le Père Cahiei- au mol a Crocodile », nous y trouvons une série de légendes qui peuvent fournir des témoignages des diverses migrations de ce thème mythique.
Sainte Hélénus ou Hellen. abbt- jjui? évêque d'Héliopolis, dit-on, ou de Denderah, semble bien en effet se l'être approprié. On le représente chevauchant un crocodile ou le faisant mourir avec un signe de croix.
(( Les anciennes vie des Pères du désert racontent que visitant un dimanche une réunion d'ermites, il demanda pourquoi l'on n'y célébrait pas la messe. Il lui fut répondu que la communauté n'avait point de prêtre et que les eaux voisines infestées de crocodiles avaient empêché le passage du prêtre sur lequel on comptait ordinairement pour la célébration de l'office divin. L'iiom.me de Dieu s'offrit à l'aller chercher et, faisant signe à un crocodile, il se fit porter sur son dos par delà le fleuve. Le prêtre fut amené par le même véhicule , mais comme il semblait fort peu tranquille au sujet d'un tel compagnon, saint Hélénus l'en débarrassa en disant à la bête avec un signe de croix : c Ta mort vaut mieux que la perte d'âmes dont tu es cause chaque jour «, sur quoi l'animal expira (i) «.
d'ampoules pour des ampoules de saint (Icorges. On peut voir dans KinÊT (Planche J. n» 6), une pierre gravée dans laquelle le chameau sert déjà de monture à Osiris. Il la décrit ainsi : « Le Dieu soleil (0-iris) avec la tète radiée monté sur un chameau tspifiant l'est on aperçoit un autel sur lequel brûle une riamme à travers les pattes, il est précédé d'un cheval son animal sacrificiel et suivi d'un ciq attribut dn dieu jour ». The .;n'>Jf'>s and their remains, ancient und mediœval, London, 1SS7, in-î<o, p. iio.
(i' Cahier. Cirarlérisiiqiie>! des saints. 1. 277. — Voir cette légende dans
Rosvïreyde yHiP Patrum : Migne P. L-, t. LXXIII. col. 1167-H6S. On a
trouve dans le temple de Denderah une inscription interprétée par Duemichen BanarkanJe der Tempehmlagen von Dendera. etc.. Taf. XIII. 1. 16, et p. 38.) « Le crocodile qui est dans cette demeure est Set, la plume qui est sur sa tête est Osiris ». .\insi la combinaison signifie la victoire d'Osiris ;Cf. : Rei'Je ar- Mohgiqae, novembre 1866. p. 297 et ss). Il est possible écrit Dunlop que rallégorie ait été transposée. Hélénus représentant le christianisme aurait été substitué à Osiris et son histoire serait un symbole du triomphe des chrétiens sur les rites égyptiens Dunlop, History of prose fiction, edit. H. AVilson, London, iSSSr II aôo. Quoi qu'il en soit de cette hypclhèse (nous préférerions voir en Hélénus un dédoublement de Menas l'Hellène^ elle n'en est pas moins intéressante pour notre démonstration Cîmme nous le verrons plus loin.
Cette image et cette légende nous conduisent d'ailleurs à celle de saint Pacôme. « On lui attribue, en eiïet. d'avoir marché sans encombre parmi les serpents et d'avoir traversé le Nil sur le dos d'un crocodile (i). » Et, chose curieuse, dans les images de saint Pacôme, comme dans la légende do saint Hélénus, nous retrouvons une apparition d'ange. Dajis les images du premier l'envoyé céleste lui tend le livre de la règle de ses moines (2). Dans les images du second on voit le saint « tenant à la main une touffe d'herbe qu'un ange lui avait montrée après j'un long jeûne que le saint s'était imposé » (3).
Ne devine-t-on pas l'influence réciproque de toutes ces légendes et de toutes ces images et n'est-on pas porté tout naturellement à les rattacher au Irait fabuleux de la légendt' Osirienne (fx) ?
De l'origine du nom. — La date de la lète de Menas, les caractères de son image commencent à s'expliquer par ces rapprochements du saint et du dieu. Mais, son nom? On ne connaît point de dieu égyptien 'dont le nom s'en rapproche. Le nom de Menas serait-il sans analogie avec quelque épithète du divin Osiris ?
(1) Cahier, Caractéristiques des saints. I, 38o d'après saint Jérôme, De Vilis P. P., Lih. I, cap. XIX. P. L... t. LXII, col. 2/J1. Remarquon-* toutefois avec M. Ainclincau que les rédacteurs de la g;rande vie grecque publié par les BoUandisles ne connaissent pas ce trait. E. Ameiineau, Mon. pour serv. à l'Hist. de rEf/ypte, 1889, 2<^ série, in-4°, p. eu.
(2) Cahier, Caractéristique des saints, I, 3(j.
(3) Cahier, Caractéristique des saints, I, 378 d'après Rader, Bavaria Sancta. — Calles, Annales ecclesiœ jermanicw, l. I, p. 386.
(U) 11 y aurait lieu de rechercher si le saint Meléné de Menât en Auvergne ne relierait pas notre Menas cl Hélénus. On retrouve encore le jnème trait dans la légende de saint Imsah dont le nom signiKe crocodile et qui figure parmi les martyrs coptes : E. Ameiineau {Les Actes des martyrs coptes, p. ko), signale sa parenté avec la légende d'Orionet du daii[)hiD.
La rencontre des traditions antiques et des légendes coptes a dû produire en Egypte bien d'autres amalgames. Les noms des moines les plus fameux sont des noms d'origine mythologique. « Sérapion, ilorsiési, Pakhome, Visa ont une origine fort reconnaissable Sérapis, Hor-sa-Isis (Horus fils d'isis) Pa Khem(le Khcmitc le fidèle du dieu kheiiii et Bès (Besou) ». Gayet, L'art Copte, Paris, 190a, p. GO.
LES SAINTS SUrCESSEdHS DES DIEUX 38f)
Le nom du premier pharaon d'Egypte, dieu et roi, se rap- ])roche singulièrement de notre « Menas ». Menés, le fabuleux fondateur de Memphis, constructeur de la digue du Nil (i)et (lu temple de Ptah, législateur des cultes divins et spécialement de celui d'Hapis ou Scrapis (a), ne serait-il point rOsiris cherché i>
« Sous l'ancien Empire, Osiris dont Hérodote tait si souvent le nom, était dit : V Anonyme, expression qui en rapport peut être avec le nom d'Ammon. signilia plus tard le nom caché ; un personnage du moyen Empire s'appelait d'une manière analogue Aranef. .. peut être faut-il expliquer de cette sorte le nom de Mènes donné au premier roi de l'Egypte, quelqu'un, une personne quelconque, nien ; on remarquera <|ue Mènes était, suivant Manèthon, originaire du nome Thijiite l'un des principaux centres du culte Osirien » (3).
iNous avons donc le droit de supposer que ce personnage légendaire, disons divin, a dû se confondre avec Osiris. N'était-ce pas d'ailleurs la tendance générale des peuples anciens à diviniser leurs premiers rois (4), et en particulier celle des Egyptiens qui les confondirent, comme tous les morts d'ailleurs, avec l'Osiris ténébreux ou Sérapis (5). Au reste, un dernier trait va achever de nous rassurer sur la bonne direction de nos recherches.
(( Un jour que Menés chassait, ses chiens affolés on ne sait pourquoi se jetèrent sur lui pour le dévorer. II leur échappa à
(i) Wilkinson, The Egyplians, I. p. 8().
(2) G. Maspero, Hisl. Ane des peuples de l'Orient class., I, p. aSA.
(3) Lefébure. L'Importance du nom, chez les Egyptiens dans Le Sphinx, 1\ , p. 99-100. — Ce nom de Mènes pourrait bien appartenir lui-même à la tradition mythologique si nous en jugeons par ses analogues : Manou dans l'Inde Mines en Grèce (Herod IV, 45), Mânes en Syrie, Mannus en Germanie (Tacite Mœurs des Germains 2), etc.
(4) Les Israélites dont on a pu douler s'ils croyaient à l'immortalité de l'àmo semblent avoir mis leurs souverains aus rangs des dieux. La sorcière d'Lndor crie à Saùl : Je vois un Elohim iDieu) qui sort de la terre. I Sam , XWllI, i3.
<;5) Cf. le livre si démonstratif de M. A Moret, Du caractère religieux de hi rovaiilè pharaonique, Paris, 1902, in-S^. Spéc. 3" p., Le Roi dieu, p. 209 et ss.
.190 LES SAINTS SUCCESSliLRS UKS DIEUX
grand'peine et s'enfuit poursuivi par eux : arrivé au bord du lac Mœris et acculé à la grève, il allait périr quand un crocodile le chargea sur son dos et le transporta vers l'autre rive. Dans sa reconnaissance, il édifia une ville nouvelle qu'il nomma Crocodilopolis et à laquelle il désigna pour dieu le crocodile même qui l'avait sauvé, puis il érigea dans le voisinage le fameux labyrinthe et une pyramide qui lui servit de tombeau (i). »
La légende du pharaon Menés vient donc se relier à celle de saint Menas et de l'Osiris au crocodile. Il y a plus. D'après Hérodote, le Manéros. chant de deuil immémorial dans la vieille Egypte, aurait été composé par le peuple pour consoler Menés de la mort de son fils unique Manéros, mort à la fleur de l'âge (:>.).
D aucuns reportent l'origine de ce chant à Isis pleurant la mort d'Osiris (3). Le Manéros se trouve donc ainsi relié à la fois à Osiris et à Menés et a dû certainement contribuer à leur double survivance en Menas, successeur d'Osiris-Menès.
Le nom, l'image, les rites antiques se sont donc perpétués en ce pcsonnage du martyrologe chrétien ; mais si cette hypothèse semble avoir acquis quelque valeur scientifique, ce n'est qu'en nous appuyant en outre sur les données rituelles et festales.
L'image qui peut-être a suggéré la légende semble en tous cas pouvoir expliquer l'office qui fut attribué à notr(^ .saint Menas.
Analogie des fondions. — Il est habiuellement invoqu*' contre les serpents. Jacques Branche écrit dans sa Vie des Saints de l' Auvergne et du \elay :
(1) G. MaspërO. Loc. cit., p. î35. — E. Lefébure, Le Premier roi d'Egypte dans Le Sphinx III (1899) 06-07.
(a Hérodote, II, 79 et De Iside el Osiride, S 17.
(3) Les questions que ce chant soulève ont été débattues par deux égyplo-
logues BrugSCh Die Adonis klage und das Linoslied, l85:! cl Lauth, Veber den
ligyplischen Manéros dans les Sitzungsberichle de l'Acadéuiie de Munich. i894(,
P i63-iGi) cf. G. Maspéro, io. . cit., p. 28^, note 8, et Lefébure, Le
Premier roi d'Egypte, dans Le Splnn.r, III 1S99) 67-68.
LES SAtNTS SUCCESSEURS DKS OIKUX Sq [
« Bien que saint Menas, égyptien de nation, marl\risé sous TEmpereur Dioclétien ne soit pas des saints de cette province, il mérite qu'on en fasse ici quelque mention, d'autant qu'il ne reste pas d'y faire reluire sa gloire dans la paroisse de Gordièrcs en la haute Auvergne. Les serpents lui portent le même respect qu'à saint Amable de Riom, n'osant pas iaire leur demeure dans cette paroisse. Voire si l'on dit sa messe ailleurs et qu'on y sème de la terre, ces animaux touchés de respect en son endroit prennent incontinent la fuite. C'est ainsi ([n<^ M. Amagat curé et Gibrat, prestre de Cézeire et proche voisin de Gordières, me l'ont attesté (i). »
()n explique ordinairement les traits de ce genre par une traduction trop matérielle des images on des légendes dans lesquelles on représente les saints comme victorieux des serj)ents(2); mais ici le serjient f[u'on a ainsi interprété ce sont les crocodiles ou les chameaux do Menas.
Les deux amidelles. — « L'origine des pèlerinages, dit Doni Leclercq, remonte à l'antiquité profane ; un grand nombre d'amulettes et de proscvnèmes en font foi ; on se plaisait à rapporter d'une visite à Ephèseou à Delos une petite figure rappelant l'édifice ou la statue de la divinité... Les chrétiens prirent de bonne heure l'habitude de visiter les lieux sanctifiés par la présence ou par la mort de leurs saints. Ils en rapportaient différents souvenirs auxquels ils croyaient ailachée une vertu surnaturelle, mais principalement on emportait des fioles contenant l'huile des lampes qui brûlaient devant un tombeau vénéré; parfois mémo on emportait dans une ampoule non pas 1 huile cjui brûlait devant le sépulcre mais celle qui, disent les légendes, suintait de la pierre elle-même, qui renfermait le corps du saint (3) ». Cette praticjue « a donné naissance à la dévotion antique de recueillir quelques gouttes des parfums répandus sur le corps des martyrs, (le les introduire dans un récipient en forme d'ampoule et de les garder sur soi comme tenant lieu du propre corps des martyrs ; ces ampoules portent couramment le nom d'euiogies (^). »
[\" Cilé par L. Du Broc de Legange. Les saints Patrons, II, i.ôa. (î) R. P. Cahier, Caractéristiques des saints, I, 3i5.
(3) Dom Leclercq dans Dom Cabrol, Dici. d'Arclieol. et de /.//.
V'' Ampoules et Ealoipes. col. 1732.
(4) Dom Leclercq, Loc. dt. . .
lUyi LKS SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
Ne touchons-nous pas du doigt l'origine osirienne des ampoules de saint Menas ? Car il n'est pas à présumer que lu seule figure d'Horus ait eu le privilège de servir d'amulette. Le collier même que reproduit le grand ouvrage de M. Maspéro et qui porte, gravé sur chacune de ses médailles, le nom de Menés (i) était-il autre chose qu'une amulette de ce genre (2) ? Le collier amulette appelée Menât composé des mamelles et des testicules de Set, c'est-à-dire du crocodile ([ui transporta Menés, ne procurait-il pas à la fois la protection d'Osiris et d'Hathor (3) ?
Vinsi grâce à la méthode astronomique, de Menas, patron (le l'Egypte chrétienne, dont la fête est au 11 novembre, nous avons pu remonter à l'Osiris-Menès premier pharaon et patron de l'Egypte païenne dont la fête était également au II novembre (A)-
L'Epiphanie d'Harpocrate et l'Epiphanie du Christ. — Cette méthode peut rendre des services non moins signalés dans la recherche des influences divines qui contribuèrent à la formation d'une même légende.
Dans l'ancienne Egypte le retour du solstice d'hiver était l'occasion d'une longue solennité agricole et solaire dite fêle du labourage que l'on célébrait du 12 Koiak au 19 Tybi (8 décembre au i4 janvier). C'est une période d'environ .')6 jours dont 18 consacrés à Osiris le soleil qui s'en va, et
(i) Maspéro, Loc. cit., p. 235.
(2) On peut le rapprocher fies tables de dévotion étudiées par Lenormant, De labulls devolionis plumbeis Alcrandrinis, Parisiis, i8G3, in-8o.
(.^) Leféburs, Rites égyptiens, Paris 1890, in-S", p. 84.
(4) Pour bien faire saisir l'importance de cette substitution, il faudrait noter les rapports d'Osiris et de Dionysos et la correspondance des Thesmophories .grecques du 1 1 au 17 novembre avec la fête des lamentations d'Isis qui s'ctenilait précisément du 1 1 au 17 du niéiiie mois. Sur les rapports d'Osiris et de Dionysos, on peut consulter ;P. N. RoUe. Heclœrclies sur le culte de Bucchiis. Paris, 182/4, in-80, II. p. 32-107. Laf.iye, Les Divinités d'Alexandrie, i883, in 8», p. 149. — Bouché-Leclercq. La Politi(]iu- Heliijieuse de l'Iolémêv Soler el le culte de Sérapis, P., 1902, in-S», p. 9-10. — P. Foucart, Le culte de Dionysios en Attique, Paris, 1904, in-4°. p. 79 et i3y. Extrait dys Mim. de CAcâd. des J. el B. A.,\.. XXXVI.
LKS SAINTS SUCCKSSEURiS DES DIEUX SgS
i8 consacrés à Isis et llaipocrate le soleil qui \ienl el sa iii*;re, divine.
Les fêtes du soleil mourant ou fêtes du mois de khoiak (8 septembre au 26 décembre) (i) se terminaient par sept jours d'exposition de l'effigie du Dieu (2). Embaumé le 2^1 comme une momie véritable (3) on l'inhumait le 26 le lendemain du solstice d'hiNer (^1).
Les fêtes du nouveau soleil nous sont surtout connues par IHutarque « Au solstice d'hiver, écrit-il, les Egyptiens portent en procession une vache (synihole d'Isis) avec laquelle on lait sept fois le tour du temple, cette allusion à la marche du soleil annonce une recherche d'Osiris, parce que dans la saison d'hiver la déesse est désireuse d'eau et ce nombre de sept évolutions tient à ce que le soleil n'arrive du solstice d'hiver au solstice d'été que dans le septième mois ».
Cette cérémonie ne se célébrait évidemment qu'après l'inliumation du vieil Osiris, certains la fixaient au i'' Tybi (27 décembre). Mais on peut conjecturer qu'elle se renouvelait pendant sept jours du i"^ au 7 Tybi (26 décembre au 2 janvier) pour des raisons de symétrie liturgique.
Quoiqu'il en soit de cette conjecture, Plutarque nous apprend que le 7 du mois de ïybi 2 janvier) on célébrait la Yenue d'Isis et son retour de Phénicieoù elle était allée pour avoir des nouvelles d'Osiris (5).
i) V. Loret, Les féles du mois de Khoiak dans Recueil des travaiir relatifs '< la philologie et à l'archéologie égyptienne et assyrienne, \ , 86 et 98. ..(3) V. Loret, /oc cit., IV, 33.
' ''(3) V. Loret. loc di., IV, li.
{Il) « Le bélier de Mandés est une sorte de divinité panthce, regardée sur- , tout comme divinité productrice. Osiris est une de ses formes ; mais il faut se souvenir qu'Osiris est invoqué très fréquemment el surfout comme divinité des morts. C'est à Abydos qu'il réside en cette qualité et ce sont les cérémonies mystérieuses de Mendès et d'Abydos qui sont le type des cérémonies funéraires d'Osiris célébrées au mois de KLoiak dans un grand nombre de villes ». F. RobiOU, (jVi problème sur le prélude du syncrétisme gréco-^-gyptien, Paris. i885, in-8'. Ce même mois, 3o Khoiak, on célébrait la fête de l'érection du Tat, l'épine dorsale du Dieu et symbole de sa résurrection prochaine. A. Moret, Le rituel dfi culte divin journalier en Egypte, in 8", p. 7/1.
(5) Plutarque, De Iside, 5o.
Le calendrier dit de Conslanlin confirme cette indication, il porte au 2 janvier la mention dies égyptiacus. Celte même mention de « jour égyptien » se retrouve au 6 janvier! \I Tybi) et au 16 du même mois (21 Tybi). Or l'antique lète du labourage se terminait le 19 Tybi (i) ce qui confirme à deux jours près les dernières indications du calendriei ronstantinien.
Pour ]a date du 6 janvier (XI. Tybi). jour égyptien, nous n avons aucune indication précise, des cérémonies qu'on pratiquait. Cependant nous pouvons conjecturer avec une 1res grande probabilité, que c'est à ce jour que fait allusion Plutarque lorsqu'il nous dit : « \ers le solstice d'hiver Isis met au monde Harpocrate, création incomplète ébauchée récemment comme sont les germes qui vont fleurir et se développer.Aussi apporte-t-on à ce Dieu les prémices des fèves naissantes » (2).
On peut donc considérer le C janvier comme l'Epiphanie ou apparition d' Harpocrate.
Cette dernière fête explique déjà pourquoi les Orientaux célébrèrent d'abord à cette même date la naissance de Jésus. A proposdela procession isiaqucdu début de T\ bi, Plutarque fait remarquer qu à ce moment de la saison d'hiver la déesse est désireuse d'eau. Aussitôt Harpocrate apparu, reprenaient les cérémonies de la fête du labourage (3) et spécialement les rites d'arrosage sorte de baptême du blé nouveau. Chez les coptes le 6 janvier est demeuré une fête de l'eau : Udreiisis, la fête du Baptême de Jésus. Au reste avant d'être en Orient la fête de la nativité du Christ, l'Epiphanie fut surtout une fête du Baptême et de la manifestation du Messie aux Gentils (4).
(i) V. Loret, loc rit , IV. ai.
'a) Plutarque, De Iside, 65.
(3^ V. Loret loc. cit., IV. 2i.
(li) John Edw. Field. The EpipUany clans The Guardian, lo janv. i<)Of(, p. 59. — D'aprcs de récents Listonens, le baptême de Jésus aurait été pour lui la prise de conscience de son rôle de messie. A. Reville, Jésus dt A'a-
LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX Sfji
L'Epiphanie chez les Grecs a d'ailleurs conserve un caractère qui marque bien son origine isiaque.
« Dans l'Eglise grecque, dit l'abbé Bertrand, on bénit les Ionlaines, les puits et même la mer, les prêtres jettent dans toutes les eaux de petites croix de bois avant d'aller dire la messe.
« Les Arméniens font une cérémonie qu'ils appellent la bénédiction des eaux et le baptême de la croix.
« Chez les Mingréliens on se rend en procession à la rivière la plus proche. Lorsqu'on est arrivé au lieu destiné à la cérémonie, le prêtre récite quelques prières sur l'eau, jette de l'encens sur le feu, verse l'huile dans l'eau, allume cinq bougies qu'on attache à une calebasse et la met flotter sur la rivière comme une nacelle (symbole éclatant du vaisseau qui ramène Isis et Harpocrate) (i). Il met ensuite une croix dans l'eau puis asperge les assistants. Chacun s'empresse de se laver le visage dans la rivière.
« Les chrétiens de Syrie se rendent au Jourdain en mémoire du baptême de Jésus dans ce même fleuve. Là, chacun se dépouille de ses vêtements et se jette dans l'eau sans s'embarrasser de la dilTérence des sexes, pas plus que de la diversité des sectes : grecs, nestoriens, coptes, abyssins, hommes, femmes, enfants entrent pêle-mêle dans le fleuve et s'en font verser de l'eau sur la tête.
« Les Abyssins pratiquent une cérémonie analogue qui dégénère bientôt en cohue, les diacres se mettent à troubler l'eau et en jettent sur tout le monde ; la population entre dans le fleuve ou dans l'étang, on y fait baigner les chevaux, les soldats y trempent leurs armes, les malades y lavent leurs plaies ; on y purifie aussi les plats, les assiettes et les pots dont se sont servis les juifs et les mahométans (3) ».
L'origine égyptienne do cette fête de leau lendue régénératrice par le retour d'Isis et l'apparition d'ilarpocrate semble indiscutable. L'Eglise catholique commémore en ce jour non-seulement l'adoration des mages mais le baptême
:aretli, II, p. lo. — Ch. Guignebert, Manuel (THisl. anc. du ChrisUan., l\, it)()6, in-12, p. i^r).
(i) L'aiileur pense qu'il n'v aura personne pour accuser l'al)bé Bertrand de iclte remarque.
(a) DUl. des Relujions, II, 627-539. — En Orient dit Neale, on l'appelle tanlùl la fêle des lumières en raison des illuminations qu'on v pratique et tantôt la bénédiction des eaux Neale, Inlrodiicùon, p. 75.'i.
3q0 les saints successeurs des dieux
de Jésus qui, nouvel Harpocrate, sort de l'eau entièrement préparé à sa mission nouvelle et le miracle des noces de Cana ou de la transformation de l'eau en vin. « Les chrétiens d'Orient, dit l'abbé Martigny, avaient coutume d'aller au milieu de la nuit de l'Epiphanie puiser dans les fontaines de l'eau qui se conservait sans se corrompre toute une année et même jusqu'à deux ou trois ans. Saint Chrysostome (i) l'atteste spécialement des (rrecs et pour les autres saint Epiphane ». (?)
(( Ce saint évêque nous assure (3) que par un prodige fort surprenant, on voyait de son temps en divers endroits plusieurs fontaines et quelques rivières dont l'eau se changeait en vin ou en prenait le goût avec la couleur, ce jour anniversaire du miracle fait par Jésus-Christ. II proteste qu'il avait goûté lui-même du vin de l'une de ces fontaines qui était à Cibyre dans l'Asie Mincui-c et il déclare que des moines de sa connaissance avaient éprouvé la même chose d'une autre qui était dans la ville de Gérase en Arabie. Il ajoute que quelques-uns publient la même chose des eaux du Nil d'un certain endroit et que les Egyptiens en prenaient de l'eau, le jour de l'Epiphanie, et en portaient dans leurs maisons pour la conserver (/i) »,
Or, il semble bien que ce pseudo-miracle qui induisi^^ ù iixer la commémoration du miracle des noces de Cana en ce jour faisait partie du rituel de cette fête chez les païens. Des })reuves nombreuses et qui sont chaque jour mises en une meilleure lumière tendent à établir la vérité des affirmations d'Hérodote qui voyait en Bacchus-Dionysos un autre Osiris et en Isis une autre Demeter. Pline affirme que l'eau d'imc fontaine de l'île d'Andros qui jaillissait en un temple de iiacchus prenait un goiit de vin au 5 janvier (3;. Ilemarque/. la
(ij llom. II F, ad pop. Antioclie.
(2) Dict des Anliq. chrélienties, 2"^ éd., p. 3i6. En Italie, l'eau bénie, le jour tie l'Epiphanie, a clé longtemps considérée comme incorruptible et douée tic vertus magiques. Mgr Barbier de Montaut, /-e Trésor (Je la cathàlrale de Jiénévent, Arras, 187'!, in-S", p. oo-oi.
(3) Hares, LI, 3o.
(6) Baillet, Les Vies des .SV/mtv, I, 1G2.
(5) Pline, H, cL. io3.
LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX Sft-y
date. Il est évident que d'un rite antique on avait fait un miracle qui n'avait plus aucun sens, miracle auquel les chrétiens crurent devoir opposer celui que l'Evangile rapporlail de Jésus (i).
Cette commémoration nous apparaît donc comme la survivance d'un rite gréco-alexandrin, de même que notre gâteau des rois avec sa fève témoigne du double sacrifice de gâteaux et de fèves que l'on faisait alors à Isis et à son fils Harpocrate.
Isis et. sainte Geneviève. — Si ce rapprochement de l'anlique fête de la Naissance de Jésus chez les Orientaux avec la naissance d'Harpocrate implique une expropriation du dieu par le christianisme, nous allons voir que les analogies de la légende de sainte Geneviève 3 janv. avec des traits du rituel isiaque, impliquent une autre expropriation.
Nous ne pouvons aujourd'hui accepter sans hésitations l'authenticité et surtout la valeur historique de la vie de sainte Geneviève. L'étude de Max de Ring ( 2} et le travail de M. Ch. Kohler 3} ont mis en lumière bien des points inquiétants.
Sans qu'il soit besoin d'admettre la thèse de M. Bruno Krusch 4) qui reporte la rédaction de cette pièce à la iin du viu^ siècle, ce qui prouverait l'éclatante mauvaise foi du rédacteur qui affirme avoir écrit 18 ans après la mort delà sainte, c'est-à-dire vers 520, on .peut affirmer qu'elle ne présente pas de garanties historiques. Elle ne vaut même pas la vie de saint Martin par Sulpice Sévère, que notre anonyme, a plusieurs reprises, a efiTrontément plagiée (5).
(1) Il n'est pas douteux qu'Osiris ait été un dieu agraire, cf. J. Lèvy, dans Année Soriolojigue, Vil, 322, à propos de FOsirts vcgètdnt de A. Wiede-
mann.
(2) Symbolisme et légende de sainte Geneviève dans Revue d'Alsace, i865, t. XVI, p. 565-569. : . • • ■■■:'■
• (3) Ch. Kohler, Elude critique sur le texte de la vie latine de sainte Geneviève de Paris, Paris, 1881, in-S». B. de TE. des H. E. las. 48.
(i) B. Krusch, Die Falschuny der Vita Genovefa; dans Neues Archiv., t. XVIII, fasc. 1. Cf. La réponse de Mgr DuChesne, La vie de sainte Ùencviève dans Bibliothèque de FEcole des Chartes, t. LIV. iSgS, p. 209-324.
(5) Ch. Kohler, Loc. cit., p. ixiv-lxu.
M. Kohler qui admet que cette vie peut remonterau vi®(i) a rru néanmoins devoir conclure ainsi son étude.
a On a donné trop de créance à la plupart des renseignements fournis par ce texte. En dehors des indications pour lesquelles l'auteur ne pouvait avoir d'intérêt à fausser la vérité, il n'est pas permis de faire entrer dans le domaine de la certitude et par conséquent de l'histoire celles dont l'authenticité ne serait confirmée par aucun autre document. S'il est des points où la vie de sainte Geneviève soit en désaccord avec d'autres récits, il ne faudra jamais la leur préférer de prime abord, ces récits fussent-ils même d'un temps moins rapproché des événements (2). »
Seize ans auparavant, Maximilien de Jling, a\ant soumis cette légende au critère de la métliode astronomique, avait été plus radical.
V Je soupçonne le plus ancien légendaire d'avoir encore connu le svmbolisme de la Sainte en désignant le .'> janvier comme la date de sa mort, date que lEi^lise elle-même reconnaît et à la- (luelle elle a coutume de faire l'oltice de sainte Geneviève. Il est certain qu'en plaçant cette fête au commencement du mois de janvier elle a eu un autre motif que celui de désigner l'anniversaire de la mort de la sainte femme qu'on y vénère. Il est sur du moins que l'Eglise a toujours conservé aux saints dont elle lit le transport, les dates approximatives des fêtes que l'on célébrait dans l'antiquité en l'honneur des dieux ou des génies qu'ils remplacèrent (3). »
Fort de cette première remarque, il crut pouvoir rapprocher Geneviève de Janus, « le génie qui préside à la nouvelle année », et affirmer que son nom n'est que la contraction de Janua nova, la Porte nouvelle par où revient l'astre régénérateur de la nature.
(( Au-dessus de l'autel qui décore la chapelle où existe son tombeau vide, on la voit comme patronne de Paris, figurée debout, ayant à ses pieds le vaisseau des Sautas, corporation dan»
(i) Ch. Kohter, Loc. cit. p. i.iv i.v.
(2) M de Ring, loc.cii., p. ci.
(3) M. de Hing, kc. cil., p. 56j-5j9.
LES SAINTS St CC.KSSi:u:;S UKS DIEUX 3q()
laviuelle s'élisait autrefois le prévôt des marchands. Ce vaisseau i(;vint le symbole armorié de la cité. Klle tient, d'une main, la clef de la céleste porte, cette .huma nova qu'exprime son nom contracté et qu'ouvrait le dieii Janus -, de l'autre le sceptre, signe de la protection qu'elle accorde aux habitants de la ville. De même sur sesépaules on voit le bon et le mauvais génie, dont l'un préside à la porte du ciel qui représente les signes supér'eurs, et dont l'autre préside à celle qui représente les signes inférieurs, c'est-à-dire les deux principes bons et mauvais en opposition. Les mêmes circonstances physiques et religieuses qui donnèrent laissance dans la Gaule au culte de Dionysos sous le nom de Denys, plutôt qu'en Italie et dans la Grèce ont incontestablement provoqué le culte du génie qui présidait à l'entrée de la nouvelle année personnifiée sous le nom d'Anna et qui est svmboliquement la mère de la Vierge céleste.
(( L'origine de son nom Janua-nova, bientôt corrompu par le dialecte barbare d'où naquit le français fut vite oublié ; et comme il arriva pour tous les saints personnages mythiques mis en scène par le nouveau culte, ce nom finit par être regardé comme historique. Les gestes et les miracles de la sainte le furent aussi et se perpétuèrent parla tradition (i). »
.le ne voudrais point pieiidre la responsabilité d'une thèse (pii semble faire de sainte (Geneviève un personnage })urement mythique : mais étant donné le peu de valeur historique de sa vie, n*a-t-on pas le droit d'y chercher des parties mythiques !*
Tout le monde a été frappé des rapports de sainte Geneviève avec saint Siméon Slylite qui, de son désert, aurait envové ses compliments respectueux à notre parisienne. M. l'abbé ^a^bey,pou^ rendre vraisemblable cette salutation sainte, déclare fort justement qu'il existait de nombreuses rilations entre Paris et la Syrie vers la fui du v* siècle (a). Il cite à ce sujet rirégoiro de Tours (3) et affirme d'après Sal-
(«)M. de Ring, /oc. cit., p. r)65 ô6i).
(2) C. Narbey, Quel est le lexU- de lu vie authentique de sainte Geneviève, étude critique, Paris, i884, p. 25-al>.
(3) Hist. Franc, X, 2O ; VI (I, 1.
qOO LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
vicn que la plupart des villes de Gaule étaient emplies de Syriens vers la lin du v" siècle (i).
Quoiqu'il en soit de la vérité historique de l'anecdote, qui semble suspecte à M. Bruno krusch, on peut soutenir que les relations commerciales et religieuses qui expliquent les rapporis de la vie de sainte Geneviève avec celle de saint Siméon St>lite (2) nous autorisent à nous demander si la rédaction de la vie de notre sainte n'implique pas la christianisation de quelque culte oriental.
Parmi les nautœ parisiens dont sainte Geneviève devint la particulière patronne et dont le vaisseau corporatif se retrou\e dans les armes de Paris, il est infiniment probable qu'il se rencontrait nombre d'étrangers gréco-syriens et gréco-alexandrins. Comment alors n'eussent-ils pas continué de rendre im culte à l'Isis protectrice des mers ''3)?
" Isis, chez les Egyptiens, n'avait pas l'empire des mers : il était naturel qu'elle le conquit lorsqu'elle eut été adoptée par un peuple de navigateurs. Dès lors a elle gouverne le souffle salutaire de l'Océan », c'est du milieu des Ilots qu'elle apparaît au Lucius d'Apulée, sur les rivages de Kenchi'ées. Sous le vocable de Pharia ou Pelasgia elle est adorée à Corinthe (Z|) et sur la plupart des côtes où touchent les Alexandrins. On donne son nom à des bateaux marchands (5) à des vaisseaux de guerre (6), son image est quelquefois placée à la proue (7). Dans le naufi-age on implore sa protection et si l'on y échappe on expose dans ses temples comme ex-voto de petits tableaux ou est représentée la
(1) De Guberiiatione.
(2) Ch. Kohler, lor. di , p iïi\.
(3) « Isiaques étaient les bateliers, ie-^ navigateurs, les commerçants, les importateurs de blé d'Egypte. C'était par nier que le culte était venu et dans les mythes égyptiens c'était en baïque que se faisait le voyage d'outre-tombe ; de là Isis-Fortune avec le gouvernail. C'est par le fleuve que le culte a pénétré en Gaule, et en Germanie ». E. Guimet, (JompU's-Bendus de l'Académie di-s Inscriptions. iSijG. t. XXIV, p. i38.
{!>) Pausanias, II. Çorinthe V.
(ô) Ann'ili dcii Iiisl. di corr. iirch. di li., i8()5, p. SîS.
LES SAINTS SUCCESSKUUS I>F,S DIEUX 4or
calastroplie (ï). La plus grande fête de son culte est une fête maritime, celle des navires (2). Sur un grand nombre de monnaies des villes de l'Asie (3) Isis Pharia est représentée debout sur une galère tenant une voile enflée au-dessus de sa tète (4). »
On ne saurait nier aujourd'hui l'expansion du culte alexandrin en Gaule (5) et spécialement dans le bassin parisien, à Melun par exemple (6). Peut-on l'affirmer pour Paris même? La chose est controversée. M. Saloraon Reinacli a bien montré l'influence de l'art gréco-égyptien sur la sculpture gallo-romaine et identifié heureusement le Sérapis alexandrin et le Dispater gaulois {-) qui reçut dans I(î nord-est de la Gaule le nom de Succllus (8j.
La parèdre du dieu au marteau sorte de Fortune ou d'Abondance n'a pas dû échapper à l'influence de l'Isis égyptienne. Parfois elle tient une clef comme une Isis. Il me semble d'ailleurs qu'elle n'est point sans parenté avec la parèdre du dieu accroupi caractérisé par le serpent à tête de bélier, que M. S. Reinach a rapproché de Tlmbotep /égyptien (9).
Sans vouloir entrer ici dans la discussion approfondie de ces assimilations divines, rien ne nous paraît plus probable que l'existence d'un culte celtisé de l'Isis égyptienne (10)^
(i) Juven. XII, ï8.
(1) G. LafayS, Divinités d'Alexandrie, p. Siy-Sîo.
(3) Annali delV Inst., i84i, p. 347-2/18.
(4) G. Lafaye, IHsloire du culU des divinités d'Alexandrie, Paris, i883, in-8», p. 355.
(5) Lafaye, Loc. dl., p. i62-i()3, voir surtout E. Guimet, Comples-ren- '/i;s de l'Acad. des inscript., t. XXIV, (1896) p. i5j et encore E. Guimet, Les hiaqiies de la Gaule dans Revue archéologique, 1900, I, 75-86. )l est d'ailleurs certain que l'Isis ijauloise différait profondément de l'Isis Egyptienne, bien <ju'elle en dérivât. Il en est ainsi des .Sérapis et des autres dieux qui furent vraisemblablement assimilés.
^6) D.Martin, La Religion des Gaulois, II, i37-i38.
(7) D. Martin, ibid., II, i33-i37. — M. E. Revillout admet le culte d'Isi» ,\ Paris. Cf. : Revue Egyplologique, igoi, t. IX, p. 137.
(8) S. Reinach, Anliquités nationales. Bronzes figurés, Paris, s. d. gd in-S». Diffusion du style gréco-égyptien, p. 11-18; \olice sur Dispater, p. i56-i68, et encore Cultes mythes et Religions, I, 229.
(9) S. Reinach, Cultes mythes et Religions, P., 1900, I, 217-332.
(10) C'était l'opinion de Dom Martin, La Religion des Gaulois. On peut
4oa LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX
Surtout parmi ceux qui faisaient profession de marchands ou de navigateurs.
Les influences romaines n'agirent qu'après les influences syriennes et alexandrines tantôt pour les appuyer, tantôt pour les modifier et c'est ce dernier cas qui semble s'être produit au sujet du culte isiaque dans la Gaule.
La principale fête d'Isis chez les Méditerranéens tombait au 5 mars, jour de l'ouverture des mers. Apulée nous en a laissé une admirable description. Cette fête faisait suite à Rome aux fêtes de Janus, le dieu qui ouvrait l'année. Lorsque le début de l'année fut transporté aux calendes de Janvier, il y eut une sorte de dédoublement des fêtes de Janus que l'on commémora désormais en Janvier et que l'on continua d'honorer particulièrement en Mars. Un phénomène analogue se produisit d'autant plus facilement, pour le culte d'Isis, que la fête du 6 Janvier ou Venue d'Isis semble remonter bien au delà; mais elle dut en recevoir un accroissement considérable.
Or, nous avons déjà vu comment cette fête d'Isis s'était survécuc, aux dates du 2-6 janvier seulement, tandis que la seconde date finit par s'imposer universellement comme la date de l'Epiphanie chrétienne, la première ne fut conservée qu'en certains lieux où la fête ancienne s était perpétuée dans son intégrité primitive. C'est ainsi que sainte Geneviève à Paris et sainte Foy à Agen (i : m'apparaissent comme deux substitutions parallèles.
se faire une opinion grâce aux auteurs indiqués par M. Guimet dans sa noie à l'Académie des Inscriptions. Comptes ftcndus, 189G, t. XX.IV, p. i55-i56nolc. On peut y ajouter : A. J. Blauchet, Elades sur les figurines de terre cuite delà Gaule romaine. Supplément Paris, 1901, p io-i3, 65, 71-72 et pi, I, no 26. Ch. Palanque, Vestiges Egyptiens dans le sud ouest de la France, Auch, 1904, p. in-.'i». S. Reinach, La Vénus d'Alesia dans Pro Alesia, igoO,, I, p. 65, et F. Cumont, Les Religions Orientales dans le Paganisme Romain 1907, in-i2, p. 28.
(i> Sur la valeur historique de la vie de sainte Foy d'Agen, cf. L Saltet, Elude criliijue sur la Passion de sainte Foy et de sainl Caprais dans Bulletin de Lia. ecclésias. de l'Inst. catli de Toulouse, juin, 1899- L'abbé Bjuillet qui a résumé ce travail dans son grand ouvrage sur sainte Foy écrit : « Le prologue
LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX /j«)3
La substitution de sainte Geneviève à Isis peut s'expliquer par une survivance festale et par l'interprétation de quelqiuî ancienne image de la déesse. La clef que tient sainte Cicnevièvc rappelle non seulement la clefdcJanus ouvreur d'annre mais celle que l'on rencontre dans les représentations d'Isis : le vaisseau qui accompagne certaines de ses images rappelle; nécessairement le vaisseau des nauta) et le vaisseau d'Isis. Quant au cierge qu'elle tient à la main et que le légendaire explique par le souvenir d'un miracle, il évoque les illuminations qui accompagnaient l'Epiphanie d'Isis.
11 est bien évident, et c'est l'opinion du Père Cahier, que l'origine de ce cierge est légendaire (i),mais il est difficile (In voir avec lui et avec M. Mâle (2) le cierge ou la lampe des vierges sages, car sainte Geneviève n'a pas de compagnes. Le Père Cahier a très justement rapproché ce cierge de celui que portait sainte Gudule, éteint par le diable comme celui de sainte Geneviève et comme le sien rallumé par un ange. Pour nous, nous sommes persuadés qu'il a un symbolisme astronomique et saisonnier (3). C'est l'étoile d'Isis et cesl
de notre passion, par un double plagiat, s'est emparé pour la plus grande partie de celui de la passion de saint Vincent d'Agen et pour une moindre part «le relui de la passion des martyrs d'Agaune... les deux textes de la passion de saint Vincent et de la passion des martyrs d'Agaune ont été fondus et entrelaces dans le prologue de sainte Foy. Notre prologue offre encore une similitude marquée avec celui de la vie de saint Martial. Nous en trouverions peutf-être d'autres, mais il est inutile do pousser plus loin. Il en est de même pour l'épilogue, qui est calqué sur celui de la passion de saint Saturnin de 'l'oulouso, Un mss. du x" siècle nous montre saint Caprais, son compagnon de martyre, paré sans pudeur du magnifique manteau de la passion de saint Symphorien d'Autun. » A. Bouillet et L. Servières, Sainte Foy vierge et martyre. Rodez, 1900, in-f<', p. 899. Le vol des reliques de sainte Foy enlevées à Ageii par un moine de Conques se commémore au G janvier et leur arrivée dans ce
monastère le i4 janv. Bouillet et Servières, loc cit., p. I121 et
A. Bouillet, Liber miraculorum Sarwtx Fidis, Paris, 1897, in-S" p. vi.
(i) Caraclcrisliques des saints, p. 197-198.
(a) Mâle, L'art religieux au xm' siècle, p. 33i-332.
(3) Max de Ring y voyait la lutte symbolique des génies de l'hiver et du printemps. L'ange et le diable de la légende me rappellent tout particulièrement les deux dadophores du mithriacisme : Cautés et Cautopatès, « ces deux personnages, et Mithra le héros autochtone, dit M. Gumont, formaient une
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aussi le symbole du printemps promis par le soleil nouveau du 25 décembre ; mais dont les pas encore enfantins ne sont pas assurés. Cette lutte de l'ange et du diable c'est enfin la lutte de l'ange de l'hiver et de lange du printemps qui commence alors. Nous en trouvons une preuve dans le nom que les Flamands ont donné à la fremella deliquescens qui fructifie au commencement de jan^"ier : Sinte Goulds lampken. Or, sainte Gudule est honorée le 8 janvier et sainte Wiwine, dont la légende reproduit le même trait, le 17 décembre, huit jours avant le solstice d'hiver.
Si l'on accepte l'étymologie de Maximilien de Ring. Isis Janua Nova aurait donné Geneviève. En tous cas les miracles les plus populaires de notre sainte rappellent certains traits de la fête ou de la légende d'Isis.
Geneviève, en frottant d'eau qu'elle bénit avec un signe de croix, les yeux de sa mère devenue aveugle, lui rend la vue. L'eau recueillie dans la cérémonie de l'Aqiiatio ou Udreusis au 6 janvier non seulement ne se corrompait point mais avait de véritables vertus de guérison ; on en lavait les malades.
Au dire de la légende, pendant que l'on construisait l'église de Saint-Denis l'Aréopagite auquel la sainte avait une grande dévotion, les ouvriers vinrent à manquer de vin. Geneviève, après avoir prié et versé des larmes atonc/an /c^^ (lamentations d'Isis) fit le signe de la croix sur un cuvier qui se trouvait là ; à l'instant il fut rempli jusqu'au bord et il resta plein pendant tout le temps que dura la construction de la
triade, et l'on vovait dans ce triple Mithra, soit l'astre du jour dont le matin le coq annonce la venue, qui à midi passe triomphant au zénith, et le soir s'iacline languissamment vers l'horizon, soit le 8oleil qui, croissant en force, entre dans la constellation du Taureau, marque le commencement du printemps ; celui dont les ardeurs victorieuses fécondent la nature au cœur de l'été, et celui qui, déjà aQaibli, traverse le signe du scorpion et annonce le retour de l'hiver. » F. Cumont, Les mystères de .Mithra, Paris, lyoa, p. loS-iog.
LES SAINTS SUCCESSEUnS DES DIEUX
koh
l)asilique. Comment ne pas songer à la cérémonie du miracle de Racchus et à la commémoration du miracle do Cana ?
Enfin, aprrs le siège de Paris par Childéric, une lamine étant survenue, elle s'embarqua sur la Seine et revint avec onze grands bateaux chargés de blé. Ne joue-t-elle pas le rôle d'Isis-Fortune ou d'Isis-Abondance et les paroles que l'on chante en son honneur pour rappeler ce bienfait ne s'appliqueraient-elles pas encore plus exactement à Isis (i).
Facta est quasi IS'avis institoris de longe portans panein suum.
Elle est devenue comme le vaisseau d'un marchand apportant de loin son pain.
CoNCLisioN. — On contestera sans doute certains points de détails et certains rapprochements : on ne pourra pas néanmoins méconnaître, sans un évident parti pris, que l'Eglise s'est eiïorcée de déraciner les superstitions païennes en fixant aux jours des anciennes fêtes, les fêtes de ses saints. Nous pouvons donc en toute assurance nous appuyer sur les données festales synchroniques pour la recherche des confusions de saints et de dieux.
Le calendrier religieux n'est pas une simple liste des temps et des fêtes, c'est une systématisation rituelle et cyclique dos légendes essentielles à chaque culte. Le calendrier chrétien n'a pas échappé à cette loi. Il rappelle chaque année avec le souvenir de nos saints toute l'histoire de la \ ierge et du Sauveur et les légendes chrétiennes, pour s'adapter au cadre des saisons, des solstices et des équinoxes, ont d'ailleurs presque toujours subi des déformations ou des additions
(i) Lebœuf, Hisi. du diocèse de Paris, édit. de l863, I, 20. — On représenle quelques fois sainte Geneviève portant un pain dans les plis de ses vête ments. Cahier, Caractéristiques, p. Sgg, et l'Afrique chrétienne au jour de l'Epiphanie commémorait le miracle de la multiplication des pains. Cf. Martigny, Dict. des Anliq. chrét. V» Epiphanie.
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nécessaires. Elles se sont sans doute ainsi singulièrement éloignées de la vérité et de l'histoire, mais sur les ailes des génies célestes elles se sont déployées en un vol harmonieux et sublime qui égale en beauté le déploiement processionnel des panathénées.